Évoluant au sein des studios TAT maintenant depuis quelques années, Benoît Daffis et Jean-Christian Tassy viennent d’atteindre un nouveau grade dans l’univers de l’animation, en se retrouvant aux manettes de leur premier film. Falcon Express (critique à lire ici). Porté par les voix de Damien Ferrette, Kaycie Chase, Herve Jolly, Emmanuel Garijo, Frantz Confiac ou encore Nicolas Marié, celui-ci se centre sur le périple d’une bande d’animaux coincé dans un train échappant à tout contrôle…
À l’occasion de sa sortie en salles, SeriesDeFilms s’est entretenu avec l’un des deux réalisateurs du long-métrage, Jean-Christian Tassy, qui a gentiment accepté d’évoquer les coulisses de la production de ce premier essai animé, filant à vive allure sur les rails de l’action (dans la joie et la bonne humeur). Un grand merci à lui !
SeriesDeFilms : Officiant depuis quelques années au sein des équipes techniques de TAT Productions, vous prenez du galon en vous retrouvant en tandem au poste de réalisateur. Comment vous-êtes retrouvés aux manettes de Falcon Express ? Était-ce une envie commune de travailler avant ou bien était-ce le sujet qui vous a poussé a accepter cette promotion ?
Jean-Christian Tassy : Au final, ça c’est fait assez rapidement, pour ma part je suis monteur sur tous les projets de TAT depuis 2014 et Benoit Daffis est lui auteur graphique depuis le début du studio. Avec Benoit on se connait depuis vingt-cinq ans, et on a été biberonné entre autres au cinéma d’action des années 80 90. Quand le projet « Pets on a train » aka « Falcon Express » est arrivé en chantier, il n’y avait de réalisateur et Benoit travaillait déjà sur les concepts dessinés des animaux du film mais aussi proposait pleins d’éléments narratifs nourrissant le film, comme par exemple le fait que le film se déroule à Noêl. Voyant qu’il n’y avait pas de réal sur le film, il s’est proposé. On lui a répondu que si c’était positif dans tous les cas il le ferait avec une autre personne. En discutant de celà avec lui, je lui ai proposé si réaliser ensemble lui conviendrait, sachant que Benoit avait déjà réalisé un épisode des As de la Jungle saison 3 et que c’est moi qu’il l’avait monté. Comme cette première expérience ensemble s’était passé, on s’est mis d’accord un vendredi, le lundi je posais ma candidature aux producteurs et le mardi les producteurs nous ont dit OK ! Donc à partir de ce mardi, on a travaillé comme des acharnés pendant 3 ans et demi pour réaliser ce rêve.
Avec ce mélange entre Die Hard, Speed et Piège à grande vitesse, vous filez à vive allure sur les rails de l’action, avec clins d’œils à des classiques du genre à la clé. Que représente à vos yeux cet univers particulier et quels ont été vos références justement ? On ressent à l’image un amour sincère pour le cinéma des années 80/90.
Oui tout à fait merci de l’avoir remarqué, c’est LE cinéma avec lequel nous avons grandi, autant en salle, qu’en les découvrant en VHS, et à l’époque nous n’avions pas forcement conscience de l’impact que ça aurait sur nous, Juste on regardait ces films en boucle pour notre simple plaisir et à force, on comprenait que derrière ces films il pouvait y avoir de vrais auteurs derrière. Relisez les critiques françaises de Die Hard de l’époque, personne en dehors de Starfix pouvait considérer un McTiernan comme un auteur. Et quand on est ado à l’époque, on déguste autant du Bruce Willis, que du Seagal, Van Damme, Chuck Norris sans trop se soucier qui est derrière la caméra et à force, on se fait notre petite toile d’araignée et on cultive notre cinéphilie. Donc sur Falcon Express, on a bourriné sur les références comme des gros malades mais en ayant toujours conscience de la cible première qui est celui des enfants, donc la ref pour le ref,on en voulait pas, il faut que ça plaise au public familial même s’il n’ont pas forcement la ref. On a aussi vu, revu et souvent découvert des films avec des trains sans être forcement des films d’actions. Nous avons découvert par exemple le film japonais de 1975 « Super Express 109 » qui venait de ressortir en blu-ray et comprenions qu’il s’agissait du film original de Speed qui était notre référence première avec Runaway train et Unstoppable. Cette soif de culture cinématographique que nous partageons avec Benoit nous a permis de clarifier nos intentions pour discuter avec tous les départements du Studio.
Comme démontré tout de Falcon Express, l’union fait la force face à l’adversité. Et selon-vous, en quoi est-ce un avantage de se partager la réalisation d’un film d’animation ?
Avec Benoit on est vraiment complémentaire, lui comme Dessinateur et moi comme Monteur, on s’est divisé en deux avec Benoit qui a géré toute la direction artistique du film comme le look des animaux, mais aussi le look du train et des différents décors et moi qui a géré la narration et le rythme du film. Mais on avait chacun notre mot à dire sur les parties de l’autre. On s’est rapidement mis d’accord sur les axes formels et sur le mode de mise en scène qu’on voulait adopter comme par exemple le fait qu’on voulait faire ressentir que le film pouvait être filmé par un vrai Chef Opérateur, donc pas de franchissement de matière, pas de mouvement de caméra impossible à faire sous prétexte qu’on fait de la 3D. Ce film devait aussi réfléter nos 25 ans d’amitié avec Benoit, donc l’amitié des personnages face à l’adversité d’un train fou devait transpirer à l’écran et je pense que cette sincérité se ressent dans le film.
Se déroulant principalement en huis-clos, le long-métrage se veut pourtant aérien dans sa mise en scène, se partageant entre séquences rocambolesques et moments de bravoure. Avez-vous dû vous triturer les méninges pour retranscrire visuellement les multiples trajectoires du script de David Alaux, Éric et Jean-François Tosti ? Y a t-il eu des passages difficiles à animer ?
De mémoire le mot qui revenait souvent décrire notre mise en scène, c’était « l’élégance ». Je me rappelle de nous en train dire, « Fais moi juste un petit travelling avant élégant », ou bien « Oula le train qui pénétre dans les rochers , c’est pas très élégant ». Mais oui le plus gros défi du film, c’était de ne pas ennuyer le spectateur dans un faux huit clos qui pourrait devenir anxiogène. C’est pourquoi on a proposé l’idée de mettre en lumière des axes secondaires comme les journalistes et la relation avec Lisa la maitresse de la petite Maguy. Et puis des fois on voulait que ça pète carrement un cable comme la séquence avec Le canard du Sud Ouest qui se prend pour un super Héros avec Léo la tortue et Momo le poisson. Je pense aussi d’ailleurs que la séquence de combat entre Falcon et Hans avec la musique de L’hymne à la joie nous définit assez bien, on commence sur un Beethowen orchestrale très classique mettant en valeur des chorégraphies très Jackie Chan puis nos compositeurs – Le Feste Antonacci -accélère le rythme de la neuvième symphonie et sortent leurs guitares électriques et la batterie et on passe en mode pétage de plomb avec un hommage à John Woo avec Falcon qui tire des PEZ sur le méchant.
Bizarrement je ne me souviens pas que ce soit les séquences d’actions qui nous ont donné le plus du fil à retordre techniquement mais plutôt des moments faussement simples où les principaux PETS étaitent tous à l’écran et ça, ça pouvait faire facilement planté les machines mais je tiens à dire qu’aucun aniamteur n’a « RAGE QUIT » sur ce film 😉 L’un des plans qui nous a posé le plus de problème, c’est l’arrivée du train dans sa première gare, un long plan découpé initialement en trois parties puis remis en plan séquence, un vrai enfer pour nos équipes mais au final le plan est classe.
Depuis le succès des As de la Jungle, force est de constater que vous muscler votre jeu dans le milieu du septième art, ce qu’aura notamment prouvé les excellents résultats de Pattie et la colère de Poséïdon (863 012 entrées au box office). À votre avis, quels sont les ingrédients qui font le sel des productions TAT et attire progressivement le public en salles ?
On pense que TAT est en train de devenir une véritable marque pour les spectateurs cinéma, ils associent maintenant beaucoup + que les As de la Jungle, c’est TAT, c’est français, et que la qualité est au rendez vous, qu’ils passeront un super moment avec ou sans leurs enfants. D’ailleurs pour ce film, on a revendiqué encore plus notre culture Toulousaine en mettant en valeur la culture du collectif et de l’ovalie (clin d’œil). Donc oui, cette marque leur permet de cartonner autant sur le territoire français que sur l’international. D’ailleurs le film va bénéficier d’une vraie sortie américaine le 17 octobre, on croise les doigts !
Passé ce galop en tandem derrière la caméra, quels sont vos objectifs pour l’avenir ? Vous êtes-vous attelés au développement de nouveaux projets commun ou bien avez-vous d’autres envies chacun de votre côté ?
Evidemment, on aimerait bien sur remettre le couvert, car ce film nous a autant permis de nous épanouir artistiquement que nous former pleinement comme réalisateurs de films d’animations, et personnellement je ne me vois pas réaliser un film d’animations sans Benoit. On a évidemment une idée d’une suite pour Falcon Express qui pourrait se passer cette fois dans un Avion et si jamais ce volet 2 se concrétise, la logique sera : 2 fois plus d’Action, 2 fois plus d’Humour et 2 fois plus de COIN COIN ! ! !
Propos recueillis par Romain Derveaux