Trois ans après Top Gun : Maverick, Joseph Kosinski effectue son retour derrière la caméra avec F1, qui comprend au casting Brad Pitt, Javier Bardem, Kerry Condon, Tobias Menzies, Sarah Niles, Kim Bodnia, Samson Kay ou encore Damson Idris. Soit une plongée côté paddock au cœur du monde rutilant de la Formule 1, s’articulant autour de la trajectoire d’un ancien crack de la discipline rappelé sur les circuits…
Ayant précédemment tutoyé les sommets du box office avec Top Gun : Maverick, qui marquait ses retrouvailles avec Tom Cruise, Joseph Kosinski retourne sur le plancher des vaches pour un nouveau projet d’envergure, à savoir une immersion grandeur nature dans le milieu de la Formule 1 – au plus près des pilotes. Disposant d’un confortable budget, le cinéaste a ainsi eu les coudées franches pour poser sa caméra sur les plus beaux circuits du monde afin de donner du corps à son blockbuster motorisé, qui sent bon l’asphalte mais également la naphtaline. Car avec F1, le spectateur prend le départ d’une production bien huilée (la patte Jerry Bruckheimer se fait sentir) digne des années 90 en termes de cahier des charges avec une réalisation léchée tentant de gommer les errances d’un scénario convenu et s’étirant plus que de raison.
Ce qui en fait un descendant direct de Jours de Tonnerre, qualitativement parlant, l’amour du sport et de vitesse se faisant ressentir à chaque plan même si l’écriture ne suit pas la cadence de la mise en scène. Ici, le script d’Ehren Kruger nous fait suivre un pilote dont la carrière dans la discipline fût brisée en un coup de volant, alors qu’il était au firmament. Sonny Hayes. Un passé difficile à avaler, se rappelant à lui par l’intervention de son ancien camarade de jeu, Rubén Cervantes, qui a une proposition en or à lui faire. L’aider à remonter le niveau de son écurie, aux portes de la revente suite à de médiocres résultats, en grimpant dans le second bolide que cette dernière a à disposition – aux côtés de leur jeune prodige Joshua Pearce. Soit le point de départ d’une opération de sauvetage à vitesse grand V, où les Formule 1 tout comme les egos se toisent sur l’autel de la compétition.
Au gré des Grands Prix, les balbutiement de la team APXGP servent de moteur à un fil directeur dont on connaît la finalité, une remontada vers le trio de tête du classement – s’opérant dans la sueur. Que ce soit sur la route où dans les paddocks, l’effervescence est de mise, la victoire ne se jouant qu’à un coup d’accélérateur. Mais pour franchir la ligne d’arrivée, pilotes, mécanos, directeurs techniques doivent travailler de concert, l’unité primant sur la rivalité. Un message martelé d’un bout à l’autre du métrage, alors que le style propre à chaque pilier de l’écurie devient progressivement une force, amenant l’horizon à s’éclaircir malgré les couacs. Si nous savions ce à quoi nous attendre en terme de trajectoire, le but de F1 étant avant tout d’en prendre plein les mirettes en étant sur le siège passager aux côtés de nos as du volant, l’écriture pataude de Kruger met un coup de frein à l’efficacité de ce divertissement vrombissant.
Parmi les décisions douteuses, la mise en place d’une romance inutile entre Hayes et la directrice technique Kate McKenna (la bromance unissant Sonny et Rubén suffisait largement) ou encore les multiples sorties de pistes destinés à augmenter d’un cran la dramaturgie du script – qui finissent par devenir redondantes. En voulant s’étaler sur deux heures trente, le film s’étiole et l’énergie des débuts laisse place à un ennui poli, en dépit des efforts opérés devant et derrière la caméra. Car si Brad Pitt n’a pas besoin de faire grand chose niveau jeu (Javier Bardem et Kerry Condon sont mieux lotis), en ce qui concerne la réalisation Joseph Kosinski ne chôme pas. S’il n’arrive pas à renouer avec la grandiloquence des séquences aériennes de Top Gun : Maverick, le cinéaste parvient tout de même à proposer un joli panorama des Grands Prix traversés, de Silverstone à Yas Marina en passant par Spa-Francorchamps, en proposant des courses pour le moins immersives aidant le spectateur à ressentir la puissance des Formule 1, lancés à tombeau ouvert sur le goudron. De quoi aider le blockbuster à gagner des points.
Avec F1, Joseph Kosinski se retrouve au volant d’une grosse production ayant le goût de l’asphalte, tentant de réhausser le niveau d’un script à la mécanique mal huilée grâce à une mise en scène immersive et inspirée.
