Cinq ans après Une vie secrète, Aitor Arregi et Jon Garaño effectuent leur retour derrière la caméra avec Marco, l’énigme d’une vie, porté par Eduard Fernández, Nathalie Poza et Chani Martín. Soit un film se concentrant sur la trajectoire d’Enric Marco, syndicaliste catalan ayant braqué les projecteurs sur lui en se déclarant survivant des camps nazis – un fait tragique, se révélant être une supercherie des plus douteuses…
Scandale ayant secoué l’Espagne il y a deux décennies, l’affaire Enric Marco se présente sous un jour nouveau sous la houlette d’Aitor Arregi et Jon Garaño qui, après avoir échoué à mettre un point final à leur documentaire s’articulant sur ce sujet, revienne à la charge sous le prisme de la fiction. Avec la rigueur qu’on leur connaît, ce que démontrait leur précédent film commun (Une vie secrète), notre tandem tentent de comprendre les rouages de la psyché d’un homme pétri de contradictions, dont les élucubrations ont mis à mal son combat pour une cause noble. En résulte un drame déroulant précautionneusement son argumentaire quant à la posture d’un imposteur ayant bâti sa réputation autour d’un mensonge éhonté, pensant passer entre les gouttes de la vérité sur l’autel de l’Histoire.
Menant un travail exemplaire à la tête de l’association des victimes espagnoles de l’Holocauste, aidant à une reconnaissance de ces déportés oubliés par les grandes instances du pays, Enric faisait figure de porte-voix engagé et charismatique pour ses concitoyens ayant connu l’horreur, dont la parole ne pouvait être remise en doute. Du moins à première vue. Car derrière son bagout, ce personnage sûr de lui, parlant avec le cœur, cache un secret – son existence étant marqué du sceau de la duplicité. En s’inventant une existence tragique, ce dernier joue avec le jeu, cette façade fabriquée de toutes pièces pouvant s’effondrer à tout moment. D’où une question centrale : Pourquoi avoir pris de telles libertés avec sa propre histoire ? Une incompréhension servant de moteur à Marco, l’énigme d’une vie, qui dès le départ sème la graine du doute quant à la véracité du passé de notre protagoniste à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, en particulier sa présence dans le camp de Flossenbürg.
Un élément déterminant, étant la clé de voûte du script écrit par Jon Garaño, qui laisse transparaître que quelque chose ne tient pas dans sa version, avant d’évoquer les trouvailles de l’historien Benito Bermejo, un expert dans son domaine, brisant avec fracas cette illusion créée par Marco. Une mise au jour permettant de s’interroger sur les motivations de celui-ci, sur sa volonté de se faire passer pour ce héros qu’il n’était pas. Enric Marco est un véritable personnage, un roublard sachant manipuler son auditoire, ce qu’ont parfaitement compris les réalisateurs du film, qui jouent de son ambivalence pour avancer leurs pions dans cette quête de démystification. Garaño et Arregi donnent ainsi la part belle à leur direction d’acteurs, confiant à Eduard Fernández un rôle de premier ordre, où il faut jouer de nuances pour exprimer l’ambiguïté de cet affabulateur hors-pair pris la main dans le sac. Ce qui donne lieu à une performance remarquée, Fernández portant le métrage sur ses épaules, étant de toutes les scènes (il a justement été récompensé du Goya du Meilleur Acteur pour sa performance).
Si l’on pourra regretter un rythme atone, impactant la dramaturgie de l’intrigue, la reconstitution de cette imposture peu banale n’en reste pas moins dépeinte de manière précise et limpide, renforçant l’incrédulité du public quant aux tenants et aboutissants de cette spirale mensongère, indignant l’opinion publique et secouant la sphère médiatique.
Avec Marco, l’énigme d’une vie, Aitor Arregi et Jon Garaño tissent un drame où devoir de mémoire et quête de vérité ne font qu’un, aidant à retracer avec précision la mise au jour d’un imposteur se jouant de l’Histoire pour prendre la lumière.
