Il y a maintenant trois ans, Disney + s’est lancée dans la production de créations originales françaises, une tendance initiée avec Week-end Family qui aura progressivement pris de l’ampleur avec des séries telles que Parallèles, Les Amateurs, Oussekine, Tout va bien, Becoming Karl Lagerfeld et dernièrement Les enfants vont bien. Ne comptant pas relâcher ses efforts, la filiale française de la plateforme s’est associée à la BBC et TF1 pour mener à bien le remake de la sitcom Ghosts qui, après avoir fait son effet au Royaume-Uni aura su attirer la curiosité d’un nombre nombre de diffuseur sur la surface du globe.
Une mission confiée à Arthur Sanigou (Un stupéfiant Noël) et Joris Goulenok (Canis Familaris), qui revisitent ainsi le mythe de la maison hantée en compagnie d’une joyeuse troupe réunissant Camille Chamoux, Hafid Benamar, Natacha Lindinger, Fred Testot, Tiphaine Daviot, François Vincentelli, Bruno Sanches, Paul Scarfoglio, Mr Poulpe, Paul Déby ou encore Camille Combal.
Après avoir su s’exporter avec succès aux quatre coins du globe, et notamment aux États-Unis, Ghosts part à la conquête de la télévision française avec une transposition émanant d’une collaboration de renom (BBC/TF1/Disney + tout de même), bien décidée à reprendre les ingrédients phares de la série humoristique pour séduire un nouvel auditoire. Et pour s’y faire, un choix a été fait, celui de reprendre la structure du modèle anglais original, aussi bien en termes de format que d’intrigues, histoire de partir sur une base qui a fait ses preuves.
Ainsi, disposant d’un cahier des charges précis, Arthur Sanigou et Joris Goulenok suivent un chemin balisé avec une trame à dérouler sur six épisodes de trente minutes, reprenant les principales fils rouges tricotés par le collectif Them There en 2019. Une volonté de rester dans les clous qui n’empêche pas le tandem d’aposer leur patte quant à cette histoire de colocation improbable entre un couple et une bande de revenants peu à même de partager leur lieu de vie avec de nouveaux locataires – du moins en apparence.
Venant d’hériter du château de Mérudeaux, Alison et Nabil ont dans l’idée de faire de l’endroit – qui a besoin d’une bonne rénovation – un hôtel en bonne et due forme. Un projet prometteur sur le papier mais cauchemardesque pour nos occupants d’outre tombe, bien décidés à montrer de quel bois ils se chauffent. Mais si être un fantôme est une chose, être effrayant en est une autre. Soit le concept central de la sitcom, qui repose avant tout sur l’incapacité de ces morts à jouer les redoutables poltergeists. Un point démontré par les deux premiers épisodes, qui mettent en place l’élément donnant son charme à Ghosts, le fait que le personnage incarné par Camille Chamoux puisse voir ses voisins de chambrée de l’au-delà – à la suite d’un malencontreux accident. Coincée au château en raison des travaux et de l’emprunt que Nabil a contracté pendant qu’elle était dans le coma, Alison se retrouve bien obligée d’apprendre à les connaître.
Et si les connaisseurs du matériau de base ne seront que peu surpris par la trame principale, qui se cale sur la version UK, le résultat n’en reste pas moins des plus sympathiques car Arthur Sanigou et Joris Goulenok ont pu apposer leur patte sur la francisation de nos protagonistes, s’amusant avec la brochette de revenants à disposition pour donner du cachet à leur variante. Daniel est un brave chef scout. Marie-Catherine est une aristocrate bien sous tous rapports. Auguste est un poète maudit. Roland est un politicien véreux. Georges est un militaire autoritaire. Berthe est une paysanne un brin naïve. Albos est un chef gaulois érudit. François est un collabo repenti. Et Tayac est un homme préhistorique plutôt malin.
De leurs interactions, amplifiée par l’arrivée d’Alison dans leur quotidien, se crée doucement mais sûrement une simili famille dysfonctionnelle, ce qui inspire notre équipe créative, qui a donc fait le pari de miser sur des visages connus pour que l’alchimie opère le plus rapidement possible avec le public. Devant la caméra d’Arthur Sanigou, qui officie également à la réalisation, Natacha Lindinger, Fred Testot, Tiphaine Daviot, François Vincentelli, Bruno Sanches, Paul Scarfoglio, Mr Poulpe, Paul Déby et Camille Combal prennent un plaisir communicatif avec leur alter-ego fantasmagorique, ce qui aide le tandem Camille Chamoux/Hafid Benamar à jouer du décalage découlant des échanges entre vivants et morts.
Le divertissement est donc de mise avec Ghosts : Fantômes en héritage, qui se sert à bon escient de sa distribution pour que le délire tienne la route, notamment grâce à l’attachement rapide aux personnages, leurs qualités et (multiples) défauts ajoutant ce supplément d’âme nécessaire à l’efficacité de cette saison inaugurale. Maintenant que les bases sont posées et que nos auteurs ont pu s’approprier les codes du programme, se permettant de dévier d’un chouilla du script britannique dans sa dernière ligne droite, semant les graines d’une potentielle suite qui cette fois serait synonyme de davantage de liberté question écriture.
