Cinq ans après Mine de Rien le comédien Mathias Mlekuz (vu entre autres dans Deux Jours à tuer, Plan de table ou encore la série Nicolas Le Floch) repasse derrière la caméra pour un second long-métrage intitulé À bicyclette !, comédie dramatique portée où ce dernier – accompagné de Philippe Rebbot – s’engage dans une périple en deux roues de la France à la Tunisie…
Après avoir posé ses caméras dans la région des Hauts-de-France pour les besoins de la comédie Mine de Rien, synonyme de premier passage derrière la caméra, Mathias Mlekuz se réessaye à l’exercice de la réalisation avec un projet pour le moins personnel, s’embarquant cette fois dans une odyssée intime au format hybride l’amenant à sillonner les routes l’Atlantique à la mer Noire.
Prenant dans un premier temps le pas du documentaire, avant de s’affranchir de toutes règles pour mieux se laisser porter par le vent de l’improvisation, À bicyclette ! évoque avec pudeur une tragédie ayant touché ce dernier, la mort de son fils. Pour saluer sa mémoire, l’acteur monte en selle afin d’effectuer le même voyage qu’avait entrepris son cher Youri, qui s’étirait de La Rochelle à Istanbul, avant son décès et ce en compagnie de son chien mais également de son ami de toujours Philippe Rebbot. Un moyen de se rapprocher de cet être aimé qui n’est plus, en suivant son sillon, en partageant une expérience commune (les photos que ce dernier avait pris font office de repères). Soit un postulat sensible, augmentant la dimension dramatique de l’œuvre, d’autant plus lorsque nous la découvrons sans connaître la réalité derrière cette démarche, ce qui à de quoi laisser pantois. Partager sa peine au public est une épreuve en soi, d’autant plus lorsque la mort d’un proche est abordé.
S’immergeant corps et âme dans ce projet, Mathias Mlekuz livre ainsi une balade mémorielle synonyme d’ode à la vie, dans tout ce qu’elle a de contradictoire. S’écrivant au gré des étapes de l’expédition de notre tandem, dont le tour d’Europe se révèle complètement bordélique, ce drame traite de l’impossibilité de faire son deuil avec délicatesse en privilégiant la bonhomie à la déprime – car il fait toujours beau au-dessus des nuages n’est-ce-pas. Se partageant entre moments de complicité mais également de conflits (les engueulades sont aussi de la partie), le périple entamé par le réalisateur et son compère nous rappelle l’importance de l’amitié, d’avoir quelqu’un sur lequel on peut se reposer, se confier. La relation unissant les deux hommes sert de moteur au long-métrage, leur spontanéité insufflant ce souffle de joie faisant office de contre poids à la dimension de cet hommage.
On rit devant les frasques de ces clowns tristes, qui n’oublient pas de faire régner la bonne humeur tant qu’ils le peuvent, tout en se laissant envahir par la tristesse devant l’évocation de Youri, dont le souvenir se fait prégnant d’un bout à l’autre de cette aventure humaine qu’est À bicyclette !.
Avec son second long-métrage, Mathias Mlekuz nous entraîne sur les routes du souvenir avec un objet filmique joyeusement foutraque mais incroyablement humain, nous prenant par les sentiments en évoquant la perte d’un proche. De quoi offrir une belle leçon sur la résilience.
