Sept mois après le triomphe de Deadpool & Wolverine au box office, Marvel Studios se rappelle au bon souvenir de son public avec son nouveau chapitre, Captain America : Brave New World. Mis en scène par Julius Onah, le long-métrage voit Anthony Mackie prendre le haut de l’affiche dans la peau du célèbre porte-bannière étoilé et être entouré de Danny Ramirez, Shira Haas, Carl Lumby, Giancarlo Esposito, Tim Blake Nelson ou encore d’un certain Harrison Ford. Un casting se retrouvant plongés au sein d’un thriller politique, Sam Wilson ayant à nouveau affaire à Thaddeus Ross, devenu Président des États-Unis…
Ayant connu quelques turbulences depuis son lancement, notamment au cinéma, la Phase 5 de l’Univers Cinématographique Marvel tente de se stabiliser mais à force de chasser plusieurs lièvres à la fois, difficile d’y parvenir, les équipes créatives étant complètement paumées avec tous les changements s’opérant en haut-lieu. Captain America : New World Order en est d’ailleurs une énième preuve puisqu’en dépit de ses efforts, Julius Onah se retrouve aux manettes d’une production fourre-tout, se devant de remettre sur le devant de la scène de multiples fils rouges oubliés depuis bien longtemps, portant ainsi préjudice à cette vitrine pour Sam Wilson.
Ici, la politique de Marvel Studios quant au partage entre cinéma et télévision montre ses limites car pour que le plus grand nombre soit impliqué au cœur de cet imbroglio politique servant d’intrigue, la redite est de mise. Ainsi, ce passage de bouclier entre Steve Rogers et Sam Wilson sous le titre de Captain America se poursuit alors que les événements survenus dans la série Falcon et Le Soldat de l’Hiver servaient à aborder les doutes de notre protagoniste quant à ce rôle symbolique et de sa relation avec les forces gouvernementales. Un point davantage creusé par les scénaristes, qui cherchent à légitimer plus fermement Anthony Mackie dans cette nouvelle position de leader, en le confrontant à nul autre que le Président des États-Unis, qui n’est pas un inconnu à ses yeux. Le spectre de Civil War plane (entre autres opus du MCU) au dessus de cette confrontation entre deux personnages, entre deux idées quant à la place des super-héros dans ce bas-monde puisque l’implacable Thaddeus Ross est de retour dans la partie, lui aussi dans un costume qu’il n’avais jusque là jamais porté.
Le Général devenu chef d’État prend ici une place prépondérante, sa prise de fonction de même que sa volonté de devenir un meilleur homme faisant office de ligne rouge dans le script concocté par le trio Malcolm Spellman, Dalan Musson et Matthew Orton, le complot dans lequel ce dernier est mêlé évoquant l’aspect thriller qui faisait le charme de Captain America : Le Soldat de l’Hiver. Mais à force de piocher à droite et à gauche, nos scénaristes ne font que raccrocher les wagons quant à divers sujets précédemment esquissés (le rôle d’Isaiah Bradley, figure de la série Falcon… – l’émergence du Leader, se voulant un rappel à L’Incroyable Hulk ou encore les conséquences inhérentes à la présence du Céleste Tiamut survenu dans Les Éternels) et vous faites obtenez un long-métrage ayant des difficultés à trouver son centre de gravité. Conscient que ces atermoiements nuisent à la qualité globale de Brave New World, qui concrètement n’est pas aussi vain que The Marvels ou bordélique comme Ant-Man et la Guêpe : Quantumania mais peine à prendre son envol, les grands pontes de Marvel Studios (Kevin Feige donc) ont joué leur atour majeur dès sa promotion. La carte Red Hulk, qui aurait dû rester caché dans la manche de la firme car son apparition se voulait le point culminant de la machination géo-politique au cœur des enjeux, l’alter-ego colérique de Ross pimentant l’ultime acte du long-métrage. Hélas, avec une surprise qui n’en est pas une, le spectateur ne fait qu’attendre cette supposée révélation, car sachant déjà comment les pièces vont s’emboîter.
Reste alors la performance de la distribution, ce quatrième opus de Captain America pouvant compter sur Anthony Mackie et son acolyte Danny Ramirez pour apporter un petit plus dans le capital sympathie du tandem Sam Wilson/Joaquin Torres (le nouveau Falcon). Pour les épauler, Carl Lumby n’est pas de trop, son personnage d’Isaiah aidant à instaurer un minimum d’impact émotionnel pour nos héros. Mais le véritable MVP de cette production s’avère être Harrison Ford, notre vétéran prenant son rôle au sérieux et prend le relais de William Hurt de manière convaincante dans la peau de Thaddeus Ross. Côté réalisation, en dépit d’un combat final tombant à plat visuellement parlant à cause des reshoots effectués qui se voient aisément à l’œil nu, Julius Onah s’en tire également avec les honneurs, tentant de donner du rythme à un scénario balbutiant – notamment en termes d’action. De quoi aider Brave New World à ne pas se retrouver en fin de classement au sein du MCU, ce qui est déjà ça de pris.
Avec Captain America : Brave New World, Julius Onah se retrouve aux manettes d’un thriller politique pour le moins fourre-tout, le réalisateur ayant du mal à trouver sa voie face au cahier des charges en constante évolution du MCU.
