Quatre ans après un quatrième volet synonyme de parenthèse hivernale, Les Tuche repart à l’assaut des salles obscures avec une nouvelle aventure, cette fois mise en scène par Jean-Paul Rouve. Pouvant toujours compter sur la présence du comédien, Isabelle Nanty, Claire Nadeau, Théo Fernandez, Sarah Stern et Pierre Lottin, ce cinquième film – sobrement titré God Save The Tuche – se charge d’emmener Jeff, Cathy et leur petite famille en Angleterre le temps d’un séjour so British…
Au départ petite comédie sans prétention, Les Tuche aura su devenir une franchise incontournable de la comédie française, et ce grâce à une diffusion couronnée de succès sur TF1. Le point de départ inopiné d’une saga à part entière, Olivier Baroux ayant pu mettre en boîte pas moins de trois suites consacrées à la famille la plus barrée du septième art hexagonal, qui ont su attirer un socle de fidèles en salles – la palme revenant au troisième opus, Liberté, Égalité, Fraternituche, qui a été découvert par 5 687 200 spectateurs en 2018. Mais si le public reste au rendez-vous, n’y a t-il pas un moment où les pitreries de Jeff et les siens ne feront plus rire personne ? Une épée de Damoclès planant au dessus de toute marque porteuse, accentuant la difficulté de s’arrêter au bon moment – d’autant plus lorsque la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Car malgré l’abattage de notre distribution, dont le plaisir de jouer ces innénnarrables personnages reste intact, force est de constater que niveau écriture, les oscillations sont de tailles concernant les moments potaches et la qualité des blagues, qui forment rarement un tout cohérent depuis l’épisode I, qui avait su trouver un relatif équilibre entre son intrigue et son humour. Passé un pèlerinage à Monaco, un road-trip au Pays de l’Oncle Sam, un passage éclair à l’Elysée et des retrouvailles familiales durant les fêtes de Noël, quel avenir attend nos amateurs des patates de la terre, toujours prompts à aller se mucher là où il ne faut pas ?
Si Les Tuche 4 apportait une preuve supplémentaire quant à la flemmardise de l’équipe créative, celle-ci se reposant davantage sur ses lauriers – et surtout ses comédiens – pour faire avancer le shmilblik, cette fois l’heure est au changement. Du moins derrière la caméra. Présent depuis les débuts, Olivier Baroux n’a pas rempilé à la réalisation, s’éclipsant aux côtés du producteur Richard Grandpierre au termes de négociations mouvementées avec Pathé quant à la direction à prendre. Des différends artistiques et financiers amenant par la force des choses Jean-Paul Rouve à prendre le relais de son comparse et de tenter d’apporter un semblant de sang neuf à la saga. Ce qui n’est pas une tâche aisée, surtout lorsque l’on arrive au cinquième long-métrage. Comment se renouveler ? Faut-il se démarquer question mise en scène ou modifier un chouilla une formule qui a ses adeptes ? Ou faut-il arrêter de se triturer les méninges et de se laisser porter par les flots du délire made in Tuche ?
Avouons-le, hormis l’œuvre originelle, la plus cohérente dans le fond comme dans la forme, les frasques de Jeff et sa fratrie ont souvent manqué de sel (à part sur les frites), nous n’étions pas réellement fans des choix scénaristiques opérés ensuite, les vannes redondantes prenant le pas sur une réelle volonté de creuser en profondeur la satire sociale esquissée en premier lieu – à l’image d’une présidence Tuche se la jouant petit bras. Comprenant au fil du temps que l’idée était de capitaliser sur les maladresses de nos protagonistes plutôt que sur une recherche d’évolution, c’est sans conviction que l’auteur de ces lignes est parti à la découverte de ce God Save The Tuche, se voulant un voyage outre-Manche sans prise de tête. Ayant esquivé le couronnement de Charles III au profit d’un match capital pour Bouzolles, Jeff va pouvoir se faire pardonner aux yeux de sa Cathy en la suivant elle et les enfants, en partance pour l’Angleterre pour amener Jiji à un stage de football. L’occasion rêvée de s’essayer aux us et coutumes du pays mais surtout de partir à la rencontre de la famille royale, le temps d’une visite à Balmorale. De quoi mêler nos riches prolos à l’aristocratie britannique, qui ne sait pas encore à quelle sauce elle va être mangée.
Un séjour qui voit ainsi nos frétillants poissons être sortis de l’eau pour mieux semer la pagaille chez leurs hôtes et dérider des têtes couronnées. Soit une chanson que l’on connaît bien, les Tuche sachant défier à leur la manière l’ordre établi pour faire régner la joie et la bonne humeur. Des punks de la rigolade, trouvant ici de quoi satisfaire leur soif de bêtises, la régression étant leur mot d’ordre. Et si la redite est parfois présente (les incompréhensions dues à la langue étant déjà à l’ordre du deuxième chapitre) force est de constater que l’absence d’Olivier Baroux et Richard Grandpierre change quand même la donne. Un minimum certes, ce qui est déjà ça de pris. En récupérant la casquette de capitaine, Jean-Paul Rouve augmente d’un cran le curseur de la folie douce, se remémorant ses années passées aux côtés des Robins des Bois (ce que renforce la présence d’Elise Larnicol au casting, dans la peau de la Reine Camilla) avec une approche un tantinet plus déjantée avec à la clé plus de digressions, plus de second degré, plus de références culturelles.
Entre deux numéros de clowns de Jeff et de son aîné, le fameux Daddy Tuche qui ici se la joue Yvette Horner avec entrain, se multiplient les clins d’œils à la pop culture, de Harry Potter en passant par E.T. tout en convoquant l’esprit de Paddington et de Jack L’Éventreur (oui, oui). N’oublions pas non plus la recréation de la pochette d’Abbey Road des Beatles et les intermèdes musicaux orchestrés par un vrai-faux Elton John. En s’éloignant de la réalité et en resserrant leur intrigue avec une succession de sketchs histoire d’éviter les ventres mous, Nessim Chikhaoui, Julien Hervé, Philippe Mechelen et Rouve, qui ont joint leur efforts au scénario, parviennent à redorer le blason des Tuche, rendant this trip to England entertaining. En clair, pour faire court (nous avons beaucoup disserté pour pas grand chose il est vrai), God Save The Tuche c’est souvent con mais c’est plutôt bon. Qui l’eût cru ?
Avec God Save The Tuche, Jean-Paul Rouve passe sur le siège conducteur pour piloter un véhicule qui aura bien roulé mais à encore un peu d’essence dans le réservoir, donnant lieu à un cinquième opus synonyme d’anarchy in the U.K..
