Quatre ans après Ailleurs, Gints Zilbalodis effectue son retour derrière la caméra avec le film d’animation Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau qui, comme l’indique son sous-titre, se concentre sur les pérégrinations d’un félin propulsé malgré lui vers l’inconnu suite à un désastre écologique…
Comme il l’avait démontré avec son premier long, Gints Zilbalodis n’a pas son pareil pour raconter des histoires, son soin porté au minimalisme, que ce soit en termes de spatialisation et d’arches narratives, aidant à l’instauration d’un universalisme parlant au plus grand nombre. Cette formule qui avait le charme de cet essai prometteur que fût le poétique Ailleurs se voit ainsi approfondie, le réalisateur letton reprenant à son compte le fameux adage ‘Less is More’, où l’esthétique épurée se marie à un concept clair, afin de donner l’impulsion nécessaire à une expérience immersive de qualité. Et quoi de mieux que l’animation pour dépeindre au mieux les ambitions de ce dernier ?
Un genre qui sied plutôt bien à notre capitaine qui, fort de son voyage initiatique en solo, améliore son style visuel avec Flow (sous-titré en France le chat qui n’avait plus peur de l’eau), synonyme de croisière sur les flots de l’aventure où l’ambivalence inhérente à la nature, une force imprévisible capable de merveilles comme de désastres, sert de moteur à une lutte pour la survie. Quand l’heure est au déluge, se mettre à l’abri se révèle être un défi de taille, ce que souligne avec efficacité l’intrigue tissée par Zilbalodis, cette fois accompagné de Matīss Kaža et Ron Dyens à l’écriture. Un travail d’équipe à l’effet miroir puisque que ce soit devant ou derrière l’écran, la solidarité est à l’ordre du jour. En effet, le cœur du scénario imaginé à six mains réside en l’union de personnages qui d’ordinaire ne se comprennent pas, ne se parlent pas, se retrouvant à faire front commun face au danger.
En utilisant des animaux comme personnages principaux, Flow trouve l’angle idéal pour parler de ce vivre-ensemble manquant cruellement à notre monde actuel, l’odyssée traversée par notre protagoniste de chat et ses compagnons d’infortune symbolisant ce besoin de faire fi des différences quant les catastrophes naturelles frappent à nos portes. Se serrer les patounes face à l’adversité ne peut qu’amener au salut de tous, ce qu’apprend à ses dépends ce félin dont nous suivons le périple, perdant ses repères, submergé par la brusque montée des eaux qui l’amène à se dépasser physiquement et intérieurement. Si l’on dit que chat échaudé craint l’eau froide, ici le contraire est au programme, avec un héros à quatre pattes apprenant à passer outre les difficultés se mettant en travers de son chemin pour nager vers des meilleurs lendemains. Pour s’y faire, coopérer avec la faune rencontré devient la marche à suivre.
Dérivant sur un bateau aux allures d’arche (référence évidente à Noé) ce matou réticent à venir vers l’autre va parvenir à avancer pas à pas vers ses espèces inconnues à ses yeux, que ce soit un chien, un lémurien, un capybara et même un serpentaire. Des expatriés climatiques évoluant dans un environnement où la beauté est de mise malgré la dévastation en cours, amplifiant la dimension dramatique se diluant d’un bout à l’autre de cette proposition sortant des sentiers battus. La mise en scène virtuose de Gints Zilbalodis additionné au travail délicat des équipes en charge de l’animation (le réalisateur a également privilégié la coopération dans ce domaine) achèvent de faire de Flow un petit bijou, où l’émotion est de mise. Dans ces vastes décors en 3D où se devinent les vestiges d’une civilisation prise au dépourvu par la puissance destructrice de Mère Nature, on se prend rapidement d’affection pour ce bestiaire abandonné à son sort, quitte à avoir peur pour eux suite à la multitude d’épreuves se dressant face à eux.
Sur ce point, la volonté de minimalisme donne du cachet à ce sentiment d’incertitude planant au dessus de la tête des personnages, car même si aucun n’est doté de la parole, nous comprenons immédiatement les sentiments de chacun. Un parti-pris se révélant payant, l’absence de dialogues étant un atout de taille pour l’investissement du public, l’excellent travail de Gurwal Coïc-Gallas sur le son ainsi que la bande originale enivrante composée par Rihards Zalupe aidant à se laisser porter par cette traversée tout feu tout poil.
Bijou d’animation, Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau permet au réalisateur letton Gints Zilbalodis de signer une odyssée au poil où l’émerveillement est de mise et ce grâce à des parti-pris pour le moins créatifs. Du travail d’orfèvre pour un film emprunt de poésie.
