Particulièrement prolifique cette année, Guillaume Nicloux nous présente la deuxième œuvre de sa cuvée 2024, à savoir Sarah Bernhardt, la Divine qui, comme l’indique son titre rend hommage le temps d’un long-métrage à l’une des actrices les plus emblématiques de la Belle Époque. Un monstre sacré incarné à l’écran par Sandrine Kiberlain, ici accompagnée d’une joyeuse troupe formée par Laurent Lafitte, Amira Casar, Grégoire Leprince-Ringuet, Laurent Stocker, Mathilde Ollivier ou encore Arthur Mazet.
Icône du monde théâtral à l’aube du XXe siècle, dont la réputation aura rapidement dépassé les frontières de la France, Sarah Bernhardt était ce que l’on pouvait appeler un sacré numéro. Que ce soit sur les planches ou dans la vie, l’actrice débordait d’assurance et d’énergie, captivant le public mais aussi son entourage. Un talent brut combiné à un esprit frondeur, faisant de la tragédienne une personnalité remarquable et remarqué, ce que cherche à mettre en avant Guillaume Nicloux à travers Sarah Bernhardt, la Divine, qui s’éloigne quelque peu de la forme propre au biopic afin de faire éclater à l’écran la femme se cachant derrière l’artiste.
Se refusant à l’exercice de l’hagiographie, le cinéaste préfère se concentrer sur des morceaux choisis de l’existence de la vedette dont le nom était connu sur l’ensemble des cinq continents, histoire de se saisir de son essence et d’appuyer sur sa nature non-conventionnelle – détonnante pour l’époque. Usant dans un premier temps de flash-backs pour donner le ton de ce qui va suivre à l’écran, le récit retranscrit par la scénariste Nathalie Leuthreau s’oriente sur les conséquences d’une journée fatidique de la carrière de notre tête d’affiche, cristallisant tous les enjeux du film. Que ce soit son rapport à la notoriété, ses relations avec la gente masculine, et plus particulièrement sa romance contrariée avec Lucien Guitry ou son sens de l’exubérance, les différentes facettes de Sarah Bernhardt se reflètent dans cet instant clé où derrière l’effervescence propre aux festivités lui étant consacrées, apparaissent ses fragilités.
Partant du bon pied, cette plongée romanesque côté coulisses ne tient pourtant pas ses promesses, son ancrage temporel et géographique limitant la portée dramatique de l’œuvre, ce qui se révèle un comble lorsque l’on connaît la puissance de jeu de la comédienne dans ce registre. Ces moments figés où les figures illustres de la culture de la fin XIXe se succèdent (les Guitry père et fils, Edmond Rostand, Emile Zola entre autres) afin d’applaudir et de lever leur verre à leur chère Sarah finissent par devenir redondant, servant par finir d’artifice camouflant le fait que l’équipe créative n’avait pas grand chose à raconter sur celle que l’on surnommait la Voix d’Or, étoile au firmament manquant cruellement d’éclat perdue au milieu de cette représentation clinquante mais au final frustrante.
Restant de facture classique à cause d’un script tournant en rond, Sarah Bernhardt, la Divine offre malgré tout un écrin de choix pour Sandrine Kiberlain, qui s’en donne à cœur joie dans la peau de sa fantasque alter-ego, irradiant l’écran. Sur ce point, Guillaume Nicloux sait gérer sa direction d’actrice (au contraire de sa réalisation, bien trop sage vu l’artiste évoquée), ce qui aide à ne jamais réellement s’ennuyer devant ce divertissement se voulant pétillant mais perdant bien trop vite de sa superbe.
Si Sandrine Kiberlain s’en sort avec les honneurs, Sarah Bernhardt, la Divine loupe le coche quelque peu quant à son hommage au monstre sacré qu’était la tragédienne, privilégiant la futilité à la dramaturgie dans un exercice manquant de mordant.
