Le support physique, un objet indispensable dans la cinéphile de beaucoup, VHS, LaserDisc, DVD, Blu-ray puis 4k UHD ayant aidé à la découverte d’œuvres cultes ainsi que de bizarrerie en tous genres de génération en génération. Dans un contexte où la dématérialisation devient progressivement la norme (avant tout dans le domaine du jeu-vidéo), il paraît essentiel de soutenir le monde de l’édition, qui ne ménage pas ses efforts pour attirer l’œil de son public cible. Et comme peuvent le constater les lecteurs de seriesdefilms.com, la promotion du support physique fait partie intégrante du site, avec l’annonce de ressorties et de coffrets collectors. Il paraissait ainsi cohérent de poursuivre sur cette lancée en créant un nouveau rendez-vous. Paroles d’éditeurs.
Une rubrique où les acteurs de ce milieu spécifique de l’édition évoquent leur métier, leur passion. Et pour ce premier épisode, la parole a été donné à Alexandre Vanckeirsbilck, dirigeant de Roboto Films, figure émergente se spécialisant dans le cinéma asiatique et japonais. Entré dans la course il y a quelques mois de cela, ce nouvel arrivant à déjà plusieurs titres à son actif, tels que Great Jailbreak de Teruo Ishii, Shogun’s Samourai de Kinji Fukasaku, la trilogie Gamera de l’ère Heisei (pour découvrir l’ensemble des films proposés, direction son site officiel). Un entretien à retrouver ci-dessous.

SeriesDeFilms : Pour se lancer dans l’aventure de l’édition vidéo, à une époque où la dématérialisation prend de l’ampleur, est-il nécessaire d’être passionné selon vous ? Quel est d’ailleurs votre rapport au support physique et en quoi trouvez-vous qu’il est important de se battre pour sa conservation ?
Roboto Films : Mon rapport au support physique remonte à l’époque des vidéo clubs et de l’enregistrement en VHS de films qui passaient sur Canal+. J’ai eu la chance d’avoir la chaîne cryptée très tôt et à l’époque c’était une ouverture vers des choses jamais vues en termes de cinéma de genre ou asiatique.
C’est d’ailleurs amusant de faire la comparaison entre l’arrivée de Canal+ à l’époque qui devait « tuer le cinéma », tout comme la télévision avant ça, ou le streaming après.
Pour moi il est important de se battre car beaucoup de films disparaissent progressivement pour différentes raisons. Il suffit de voir ce qu’il se passe à Hong Kong et le révisionnisme qui menace chaque film. Mais cela peut aussi venir d’un manque d’intérêt : de nombreux réalisateurs n’ont pas eu la chance d’une relecture et tombent dans l’oubli alors qu’il y a tant de choses à découvrir.
Pour cela il faut bien sûr être passionné, mais aussi curieux et surtout polyvalent.
Si concevoir sa société d’édition paraît comme un rêve pour beaucoup de cinéphiles, comment êtes-vous parvenu à le rendre possible ? Quand vous est- venu l’idée de fonder Roboto Films ?
C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire et j’ai toujours été convaincu que j’étais fait pour ça. Malheureusement cela n’a pas été possible avant de nombreuses années pour différentes raisons (financières, professionnelles, familiales…) mais à l’aube de mes cinquante ans, je ne voulais pas avoir de regrets et me dire à 70 ans « quel dommage de ne pas avoir essayé ». Donc l’idée me trotte dans la tête depuis une quinzaine d’années, mais j’ai sauté dans le grand bain l’année dernière. Je suis ravi de l’aventure jusque là, j’espère que les fans de cinéma asiatique continueront à répondre présent et que Roboto sera toujours là dans quelques années.
Inaugurée cette année, Roboto Films a une particularité, sa spécialisation autour du cinéma asiatique et plus particulièrement du septième art japonais. En quoi cette catégorisation vous tenait-elle à cœur ? Quels sont les œuvres qui ont nourri votre amour pour ce cinéma ?
Pour le cinéma japonais, le point de départ a été les Sept Samuraïs. Comme pour beaucoup de monde, ça a été une sacrée claque malgré les mauvaises conditions de mon premier visionnage (un vieux dvd sur une télé 36 cm). Il y a eu ensuite toute la vague qui est arrivée en France dans les années 90 avec Kitano, Kiyoshi Kurosawa, Takashi Miike, Tsukamoto et bien d’autres. C’était une bouffée d’air incroyable après avoir baigné dans le cinéma occidental pendant des années. Tous les codes explosaient et je pense que c’est ça qui a attiré autant de monde.
Et au fur et à mesure on cherche des pépites, des réalisateurs… Pour se rendre compte que le cinéma japonais est un monde gigantesque avec des dizaines de milliers d’œuvres.
Malheureusement peu de films japonais des années 60/70 sortent chez nous, et c’est la mission de Roboto de répondre à un besoin qui était là mais auquel la réponse était timide.
Quels sont vos critères de recherches pour le développement de vos titres ? Comment s’élabore votre travail avec les ayants-droits des films que vous éditez ? Globalement, des phases préparatoires à l’arrivée du produit fini, combien de temps prend l’élaboration d’un coffret Blu-ray ? Niveau suppléments, outre des livrets, quels types de contenus voudriez-vous ajouter à vos éditions ?
Le principal critère de sélection est que le film ou le coffret doit répondre à la question « est-ce un film que je voudrais avoir dans ma collection en tant que fan ? ». C’est le premier critère. Après il y a beaucoup d’autres choses : est-ce que c’est « vendable » dans le sens où il y a un public ? Il est beaucoup trop tôt pour Roboto de se faire plaisir en sortant quelque chose qui se vendra à 300 copies, financièrement ce n’est pas possible. La qualité des masters rentre en compte mais je ne me refuserai jamais de sortir un film inédit qui n’a jamais été restauré juste parce que l’image n’est pas terrible, le film avant tout.
Généralement entre la signature du contrat et la sortie de blu ray il se passe 5/6 mois, ce qui est très court.
Pour les bonus, j’aimerais pouvoir faire interviewer des équipes de films directement au Japon, mais c’est malheureusement un peu tôt pour se permettre ce genre de choses.
J’adorerais ajouter la bande originale des films en CD dans les coffrets mais c’est un process qui est tellement long que j’ai dû abandonner à chaque fois. Je retenterais ça lorsque Roboto sera dans une période un peu plus stable… Il y a aussi des goodies (posters, photos…) qui vont arriver prochainement.
Après avoir opéré un focus sur Kinji Fukasaku ou encore avoir mis à l’honneur le kaijū ega avec la trilogie Gamera de l’ère Heisei, quels réalisateurs et quels types de films aimeriez-vous proposer au public ?
Il y a des choses que j’aimerais sortir mais qui ne sont malheureusement pas accessibles, notamment la trilogie Samuraï de Yoji Yamada. J’aimerais aller creuser un peu plus Fukasaku, il y a encore des tonnes de choses à sortir. Côté Takashi Miike, il y a quelques trucs aussi, mais difficile de trouver certains ayant droits. Il y a déjà pas mal de choses sur les rails côté Roboto, soyez patients, ça vaudra le coup. (clin d’œil)

Propos recueillis par Romain Derveaux