Deux ans après Rumba la Vie, Franck Dubosc reprend du service derrière la caméra pour mettre en scène Un Ours dans le Jura, présenté en avant-première lors de la vingt-cinquième édition de l’Arras Film Festival. Partageant l’affiche avec Laure Calamy, Benoît Poelvoorde, Joséphine de Meaux ou encore Kim Higelin, l’acteur/réalisateur signe avec ce troisième film une plongée en eaux troubles, s’articulant sur les déboires d’un couple se retrouvant avec deux cadavres et un magot sur les bras…
Si en tant que comédien il a ses admirateurs tout comme ses détracteurs, en tant que cinéaste Franck Dubosc commence à créer la différence, réussissant progressivement à élargir ses horizons. Comme esquissé dans Rumba la Vie, son précédent essai, notre humoriste fendille l’armure derrière laquelle il s’est si souvent caché sur grand écran, entamant ainsi le chapitre le plus intriguant de sa carrière. Ce que vient confirmer Un Ours dans le Jura, un troisième réalisation permettant à ce dernier de jouer la carte de la comédie noire, le tout dans un style anglo-saxon se rapprochant de celui des frères Coen.
Ce qui donne lieu à un polar polaire caustique, no dénué d’une note d’humanisme, s’amusant à distiller le doux parfum de la corruption au sein d’un petit village (trop) tranquille. Ou quand un malencontreux accident débouche sur une escalade de choix douteux pour une galerie de personnages, au cœur de sables mouvants. Croiser un ours dans le Jura, cela relève de l’improbable n’est-ce pas. Et pourtant au détour d’un virage Michel, gérant d’une sapinière, tombe nez à nez avec ce prédateur. Ce qui marque le début des emmerdes, car en évitant l’accident, le conducteur sème malencontreusement la mort. Se retrouvant avec deux cadavres et un sac rempli de billets sur les bras, notre homme se retrouve acculé. Et sur les conseils de sa femme, les choses ne vont pas s’arranger, loin de là.
Comment faire disparaître des cadavres trop encombrant ? Là et toute la question pour notre couple à la dérive, se retrouvant à avancer à nouveau main dans la main pour faire face à l’adversité. Et aux suspicions de leur entourage, car tout le monde le sait dans les petits patelins, difficile de garder un secret, surtout de cet acabit. Si tout part de Michel et Cathy, cet imbroglio impacte également les forces de l’ordre locales, peu habituée à être inquiétée dans ce trou perdu. La bonne idée du script, co-écrit par le cinéaste et Sarah Kaminsky se veut de confronter son microcosme à la criminalité et au spectre de la convoitise, l’argent pouvant faire tourner toutes les têtes. De quoi pimenter Un Ours dans le Jura, qui prend des routes sinueuses avec une bonne tenue de route, du moins jusqu’à son ultime tournant – où l’envie de proposer un dernier coup d’éclat avant le générique se révèle maladroit.
Ce qui ne nuit pas à la qualité générale de ce troisième long-métrage, qui ne manque ni de sel, ni d’humour, ni de cœur. Sur ce point précis, apprécions le soin porté à l’écriture des personnages, Franck Dubosc voulant à tout prix donner du contenu à ses camarades de jeu, en particulier Laure Calamy avec qu’il forme un duo complémentaire, mais surtout Benoît Poelvoorde, qui incarne un gendarme touchant – une boussole morale tentant de faire du mieux qu’il peut pour indiquer le nord pour ses proches. Comme dit plus haut, c’est avec cette patte humaniste que l’acteur/réalisateur fait la différence, comme on a pu le constater dans Tout le monde debout et Rumba la Vie.
Un Ours dans le Jura permet à Franck Dubosc d’élargir ses horizons, l’acteur/réalisateur se retrouvant aux manettes d’un polar ne manquant ni d’humour (noir) ni de mordant, pour un résultat des plus plaisants.
