Six ans après Le Labyrinthe : Le Remède Mortel, Wes Ball s’immisce dans un nouvel univers de science-fiction, à savoir La Planète des Singes, ayant été choisi par la 20th Century Studios pour mettre en scène le nouvel opus de la franchise, sous-titré Le Nouveau Royaume. Comprenant Owen Teague, Freya Allan, Peter Macon, Lydia Peckham, Kevin Durand ou encore William H. Macy, celui-ci s’ancre plusieurs générations après le règne de César, alors que les singes ont définitivement pris le pouvoir sur Terre…
Rares sont les franchises ayant le temps de se reposer avant de repartir à la conquête des salles obscures, d’autant plus à l’époque actuelle où Hollywood préfère la frénésie à l’accalmie – quitte à user le public. Fort heureusement, malgré le rachat de la 20th Century Fox par The Walt Disney Company, La Planète des Singes a eu le temps nécessaire pour appréhender l’après Matt Reeves, qui aura mis tout le monde d’accord avec son diptyque L’Affrontement/Suprématie – confortant les producteurs du bien fondé de ce choix créatif du reboot, permettant d’élargir comme il se doit la mythologie initiée par Pierre Boulle dans son roman avant sa transposition à l’écran. Mais maintenant que les raisons ayant mené à l’effondrement de la société puis à l’avènement des primates, le tout à travers le parcours de César, reste t-il beaucoup de choses à dire avant que ne s’enclenche la trame de l’œuvre originale et du long-métrage qui en a découlé ?
Une question taraudant l’esprit de l’équipe créative, en particulier Josh Friedman, Rick Jaffa, Amanda Silver et Patrick Aison, déterminés à ne pas ternir l’héritage de la précédente trilogie, qui posait des bases des plus solides pour une hypothétique suite – désormais devenue réalité. Dans cette optique, la trame de ce Nouveau Royaume se veut la transposition de ces réflexions en interne, interrogeant ses personnages et les spectateurs sur ce patrimoine qui fût laissé entre leurs mains, ainsi que sur sa teneur. En ancrant cette ère trois siècles après la conclusion de Suprématie, notre quatuor de scénaristes trouve un angle pertinent pour évoquer cette problématique de la transmission, en mettant en avant ce risque qu’est la compromission des idées, pouvant s’altérer avec le temps. En premier lieu, le fameux ‘singes.fort.ensemble’, motto de César, qui perd de sa valeur dans un monde où la loi du plus fort règne et ce même parmi nos primates, qui reste proche de l’humain en se déchirant sur l’autel du pouvoir, de la conquête.
En se concentrant sur les dissensions parmi les clans simiens, le script ici développé donne de ce fait du corps à nos nouveaux protagonistes, à commencer par Noa, clé de voûte du long-métrage, son chemin de croix personnel amenant à expliciter les enjeux propre à cette ère transitoire – mettant de côté le temps d’une odyssée le conflit central de la saga entre nos mammifères et l’espèce humaine. Semant subrepticement les graines qui germeront d’ici les prochains opus, notamment via la trajectoire de Mae (Freya Allan), Le Nouveau Royaume prend dans un premier temps le pari de poser son récit, privilégiant quelques coups d’éclats ci-et-là pour nourrir une certaine dramaturgie. De quoi se distinguer de l’atmosphère tragique qui avait fait le sel du diptyque de Matt Reeves, ce qui amène logiquement à une moindre puissance émotionnelle. Il est certain que la situation s’envenimera par la suite donc cet aspect plus intimiste se révèle une force.
D’ailleurs, c’est lorsqu’il se rappelle qu’il est un blockbuster, et que l’action doit être de la partie, que ce chapitre de La Planète des Singes rentre dans le rang, enchaînant dans son dernier acte les moments de bravoure, avec explosions et scènes spectaculaire à la clé. Ce qui diminue l’impact de la menace que représente le némésis du film, Proximus César, malgré la prestation convaincante de Kevin Durand. D’ailleurs, d’une manière générale, la distribution s’en sort haut la main avec la performance capture, à l’image d’Owen Teague qui, s’il n’a pas encore l’aisance d’un Andy Serkis, s’en tire avec les honneurs dans la peau de Noa, un leader en devenir dont la perte d’innocence amène à une conception plus nuancée de l’environnement qui l’entoure. Un héros dont l’évolution sera intrigante à suivre.
Autre progression qu’il est appréciable à observer, celle des effets spéciaux, le travail de la Wetā étant une fois de plus exceptionnel, se mariant à merveille avec la mise en scène inspirée de Wes Ball, qui privilégie la photographie naturelle pour plonger ses personnages dans des décors qui font preuve d’un grand réalisme, donnant du cachet à cet univers post-apocalyptique dans lequel se déroule désormais La Planète des Singes.
Reprenant le flambeau de Matt Reeves, Wes Ball rassure en prenant fermement ses marques au sein de l’univers La Planète des Singes et livrant avec Le Nouveau Royaume une odyssée simiesque visuellement maîtrisée.
