Deux ans et demi après s’être envolé avec succès vers Arrakis, Denis Villeneuve poursuit son exploration de l’œuvre de Frank Herbert avec Dune : Deuxième Partie, qui lui permet de retrouver Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Zendaya, Josh Brolin, Charlotte Rampling, Stellan Skarsgård, Dave Bautista, Javier Bardem pour poursuivre le périple de Paul Atréïdes sur les terres arides d’Arrakis…
Ayant pris le temps nécessaire pour éclaircir les enjeux inhérents au roman de Frank Herbert en terme de politique et de religion, Denis Villeneuve a désormais le champ libre pour s’approprier davantage la mythologie de Dune, mêlant le spectaculaire à l’intime pour mieux offrir une réflexion en miroir de la première partie de son diptyque quant à la dimension tragique de son protagoniste central. Un héros finissant par s’abandonner aux forces du destin pour assouvir sa soif de vengeance, sa soif de pouvoir.
En divisant le premier tome de la saga S-F en deux opus distincts, là où David Lynch avait tout concentré en un long-métrage, le réalisateur se distingue, confirmant ici la pertinence de ce choix créatif en matière de dramaturgie. Il était clair que pour capter de manière claire la richesse de son modèle littéraire, privilégier la minutie semblait pertinent, malgré les risques en terme de construction scénaristique (didactisme trop appuyé, rythme apathique). Si son prédécesseur usait d’artifices maladroits pour nous indiquer que la suite des événements prendraient une toute autre tournure, cette Deuxième Partie rectifie le tir maintenant que le rôle de chacun sur l’échiquier de l’Imperium est parfaitement défini, Denis Villeneuve et son co-scénariste Jon Spaiths donnant une plus grand place au développement de Paul Atréïdes et des Fremen, qui nourrit par conséquent l’analyse du fanatisme, de la manipulation de masse.
Isolé suite à la chute de sa Maison, de la mort de la plupart de ses proches, notre jeune homme se retrouve à la croisée des chemins, devant écrire la suite de son histoire soit en traçant sa propre voie ou en acceptant d’être le messie tant attendu par le peuple d’Arrakis, Lisan al-Gaib, émanant de la prophétie orchestrée par le Bene Gesserit. Croire en soi ou en un plus grand tout, qui dépasse chacun ? Telle est la question de ce second chapitre de Dune, qui nous amène doucement mais sûrement vers son dernier acte épique, où la convergence des luttes s’accompagne d’un abandon total à une destinée dont personne ne mesure les conséquences. Outre la soif de vengeance contre l’Empereur, contre la Maison Harkonnen, ce qui prime est la déconstruction de la figure héroïque, l’ascension progressive de Paul/Usul/Muad’Dib allant de pair avec le délitement de la situation géopolitique d’Arrakis mais également de l’Imperium dans sa globalité. En acceptant sa nature hors du commun, le fils de Leto Atréïdes ouvre la voie non pas à la paix mais à la guerre, ce qui est le nœud de l’intrigue, notamment en se servant de la relation unissant notre prophète à Chani, l’amour de sa vie.
Si des libertés ont été prises avec la trame du livre sur ce point précis, qui auraient pu augmenter comme il se doit l’impact émotionnel du film (ce qui est regrettable), la trajectoire de nos amants amène malgré tout à aborder la place de la religion au sein d’une quête personnelle. Que ce soit la recherche de liberté ou la volonté de mettre à terre l’oppresseur. Des dissensions apparaissent pour mettre en évidence ce mirage qu’est Lisan al-Gaib. Une thématique cruciale, traitée solidement, que ce soit dans l’écriture et dans la mise en scène, Denis Villeneuve conviant l’infiniment petit à l’infiniment grand pour mieux perdre ses personnages dans des cadres larges, grandioses, à la photographie léchée (que l’on doit à Greig Fraser) rappelant la petitesse de l’homme sur ce vaste terrain de jeu galactique.
Mais s’il multiplie les échelles de grandeur, le réalisateur n’oublie pas non plus sa direction d’acteur, essayant de donner à son casting quatre étoiles assez d’espace pour s’exprimer, en dépit de l’abondance de personnages. À ce jeu, Timothée Chalamet, Zendaya et Rebecca Ferguson s’en sortent le mieux, tandis que parmi les petits nouveaux, Austin Butler parvient à capter l’attention dans le rôle de Feyd-Rautha Harkonnen. Pour d’autres, telles que Florence Pugh et Anya Taylor-Joy, les lecteurs savent qu’elle auront une place de choix à l’avenir. De quoi préparer le terrain quant à Dune : Messiah, qui aura pour but de nous montrer les ravages de cette guerre sainte venant juste de débuter à l’écran. Et vu la teneur de ce second roman de la saga de Frank Herbert, le potentiel est là pour tenter de déstabiliser les attentes des spectateurs.
Avec Dune : Deuxième Partie, Denis Villeneuve poursuit son exploration de l’œuvre S-F fleuve de Frank Herbert en musclant son jeu en terme d’écriture et de mise en scène, proposant ainsi un blockbuster solide à l’esthétique soignée – se révélant complémentaire de son prédécesseur.
