Présentée en avant-première mondiale dans le cadre du festival Séries Mania, où elle concourt dans la catégorie Panorama International, Société distincte est la prochaine création originale de la chaîne québécoise Club Illico. Imaginée par Benoit Lach et comprenant au casting Antoine Pilon, Maude Guérin, Robert Naylor, Juliette Gosselin, Antoine Desrochers ou encore Monique Spaziani, la série se centre sur la quête de vérité d’une mère et d’un fils quant à la mystérieuse disparition de l’un de leurs proches – qui aura bouleversé leur quotidien ainsi que leurs croyances…
Jusque là habitué aux fictions jeunesse, comme l’ont démontré Marc-en-Peluche ou encore Le 422, co-créé avec Philippe Grenier (toutes deux disponibles sur Canal +), Benoit Lach muscle son jeu avec sa nouvelle série, lui permettant d’élargir son champ d’action en concoctant un drame aux frontières du réelles où derrière les mystères et écrans de fumée propre à son intrigue centrale se cachent une réflexion sur la solitude, sur la culpabilité.
Comme le souligne ses deux premiers épisodes dévoilés en exclusivité à Séries Mania, Société distincte flirte avec les genres afin d’épaissir les contours d’une affaire de disparition, semant des graines destinées à emmener le spectateur et ses personnages à s’interroger sur la nature exacte de cette tragédie. Comment rester rationnel lorsque l’on est confronté à un événement que l’on ne peut expliquer ? Telle est le nœud du show, qui ammène progressivement son récit sur le terrain du fantastique.
Comme dirait un certain Fox Mulder, la vérité est ailleurs, une assertion à laquelle croient deux de nos protagonistes, à savoir Marc et sa mère Micheline, marqués à jamais par le rapt de Gabriel, un frère, un fils. Un traumatisme servant de point de départ à l’enquête que nous suivons, Benoit Lach exposant avec sensibilité les principaux enjeux devant accaparer notre attention, privilégiant l’intime au spectaculaire. Donnant rapidement le ton quant à la place donnée à la dimension fantastique de son récit, présente en filigrane sans jamais occulter le drame humain, qui prime dans ces deux premiers chapitres.
Ainsi l’insousciance de sa séquence introductive symbole d’un passé radieux, se terminant sans crier gare dans les larmes et la détresse laisse place à un présent emplit de mélancolie pour tous ceux personnellement touchés par cette tragédie. En premier lieu Marc et sa génitrice, dont la relation a été bouleversée à tout jamais, ces derniers consacrant leur quotidien à la résolution de cette disparition, pouvant dépassant les limites de notre imagination. Travaillant dans le domaine de l’ufologie, notre adulte cumule les preuves de l’existence de formes de vies extraterrestres en recueillant indices et témoignages, suivant ainsi une piste pouvant l’amener à lever le voile sur l’enlèvement de Gabriel.
Un fil rouge se dévoilant à bon rythme, les éléments se mettant en place doucement mais sûrement, laissant d’amorce à une mythologie plus vaste qu’il n’y paraît. À voir où mèneront les huit prochains épisodes, les bases étant solidement posées. Quoiqu’il en soit, outre ces éléments lorgnant vers la S-F, ce qui donne du cachet à Société distincte est le soin porté à l’aspect dramatique propre à cette histoire de disparition, notamment l’impact émotionnel d’un tel choc. Sur ce point, Benoit Lach croque finement ses personnages, qui sont pour la plupart des âmes en peine à commencer par Micheline et Marc, chacun étant rongé par le remord, la rancœur.
Ce qui est appuyé par la performance nuancée d’Antoine Pilon et de Maude Guérin, qui savent à travers une intonation, un regard faire transparaître la détresse de leur personnage. N’oublions pas non plus la prestation de Robert Naylor qui, dans la peau de Julien – ancien meilleur ami de Marc ressurgissant du jour au lendemain dans son quotidien – sait véhiculer les doutes et questionnements de son alter-ego, transformé par ricochet par ce malheur. Ajoutons à cela une réalisation inspirée de la part de notre showrunner, sachant instaurer un climat à la fois intimiste et alerte, alors que ses intrigues gagnent en épaisseur. De quoi nous intriguer quant à la suite des évènements.
