Six ans après André Téchiné, l’insoumis, documentaire produit pour la chaîne Arte, Thierry Klifa effectue son retour derrière la caméra avec Les Rois de la Piste, long-métrage lui permettant de revenir dans le monde du septième art. Comprenant au casting Fanny Ardant, Mathieu Kassovitz, Laetitia Dosch, Nicolas Duvauchelle, Ben Attal ou encore Michel Vuillermoz, celui-ci se concentre sur le parcours d’une famille ayant l’arnaque gravée dans son ADN…
Passés huit ans d’absence au cinéma, Thierry Klifa revient à la réalisation avec Les Rois de la Piste, une comédie lui permettant de proposer un divertissement léger et sans prise de tête, reposant sur l’alchimie de sa distribution, embarquée dans un jeu de dupes un brin barré. Et pour cause, ce nouvel ouvrage s’articule sur les tribulations des Zimmerman, une fratrie ayant fait de l’arnaque sa spécialité et ce de génération en génération, donnant ainsi le ton quant à la volonté du cinéaste de s’engager sur un terrain inédit, privilégiant pour une fois la fantaisie au drame.
Une envie de propager des ondes positives, dans une atmosphère gentiment foutraque, transparaissant dans le script co-écrit par le réalisateur et Benoît Graffin – qui mettent sur pied une intrigue rocambolesque sur l’art de la magouille, en se consacrant à des protagonistes faisant figure de loosers magnifiques. Des criminels ne manquant ni de défauts ni de coeur, menées par Rachel, une mère et grand-mère malicieuse, toujours prompte à mener les siens dans les mauvais coups, quitte à ce que cela tourne mal. Ce que souligne efficacement le scénario dès ses premières minutes, nous préparant à l’embrouille à niveaux multiples qui attend le spectateur par la suite.
Devant se relever d’un casse foireux les ayant divisés et remettre la main sur un larcin attirant les convoitises, à savoir un tableau dont ils ignoraient la grande valeur – La Musicienne de Tamara de Lempicka – nos cambrioleurs du dimanche doivent réapprendre à travailler de concert comme au bon vieux temps et à éviter les pièges se mettant en travers de leur chemin. Et il y en a un paquet, notre matriarche, ses enfants Sam et Jérémie ainsi que son petit-fils ayant leur lot de problèmes personnels à régler, souvent liés à cette famille dysfonctionnelle dans laquelle ils ont évolué. Ajoutez à cela la présence d’un tandem d’enquêteurs faisant de l’art leur affaire, bien décidés à leur coller aux basques pour retrouver cette fameuse toile en employant le subterfuge du loup dans la bergerie et vous faites face à un joyeux bordel sous le doux soleil du Cotentin.
Les multiples fils rouges tirés par Thierry Klifa et son co-scénariste s’entremêlent et s’entortillent parfois les uns aux autres, mais contre toute attente ce vaudeville grandeur nature parvient à tirer profit de ce sens de l’anarchie, conférant une âme à cette partie de poker menteur où les retournements de situations sont de mise. C’est d’ailleurs le soin portée aux thématiques familiales, chères au réalisateur, qui aident Les Rois de la Piste à prendre un peu de hauteur, les liens unissant les Zimmerman servant de moteur à l’intrigue générale, les relations de notre quatuor principal – tantôt fraternelles tantôt conflictuelles – venant pimenter la recherche de ce butin hors de prix.
Grâce à la partition inspirée de l’intégralité de la distribution, que ce soit une Fanny Ardant en ersatz fantasque de Ma Dalton, un Mathieu Kassovitz en mode Droopy, un Laetitia Dosch impeccable en reine de la malice ou encore un Nicolas Duvauchelle jouant avec finesse sa carte sensible, il est aisé de se laisser prendre au jeu et de suivre le déroulement de cette entourloupe qui – en dépit de quelques facilités en fin de parcours – réussi sa mission première. Nous divertir.
Avec Les Rois de la Piste, Thierry Klifa change de registre et embarque le public dans une comédie policière au rythme enlevé où l’art de la magouille est érigée en maître pour mieux nourrir un jeu de dupes tout en légèreté.
