Sept ans après mis en scène L’Empereur, Luc Jacquet effectue son retour derrière la caméra avec Voyage au Pôle Sud, documentaire lui permettant de fouler à nouveau le pied sur une contrée qu’il connaît dans les moindres recoins, à savoir l’Antarctique.
Porté par sa passion de la faune et la flore, Luc Jacquet a su trouver une caisse de résonnance de taille pour mettre en lumière son travail de biologiste, le septième art. S’il s’est essayé par une fois à la fiction, c’est bel et bien dans le domaine du documentaire que le cinéaste s’est illustré et ce dès son premier long en bonne et due forme, La marche de l’Empereur, qui fût auréolé d’un Oscar en 2006. Une œuvre donnant le la de sa filmographie, qui s’articule avant tout sur les merveilles de mère nature, méritant d’être préservées.
Grand défenseur de la cause animale et environnementale, notre homme aura mis un point d’honneur à démontrer du rôle clé de la biodiversité pour le bon fonctionnement de la planète et ne déroge pas à la règle avec son dernier ouvrage en date, Voyage au Pôle Sud, une odyssée contemplative rappelant à juste titre de la magnificence mais aussi de la fragilité de ce paradis blanc qu’est l’Antarctique. Un territoire réputé hostile mais s’avérant hospitalier pour Luc Jacquet, qui l’a exploré de long en large, étudié pour ses recherches et cela depuis trois décennies, que ce soit pour le CNRS ou le cinéma, comme les spectateurs auront pu le constater à travers La Glace et le Ciel ou encore L’Empereur.
Un attachement pour ce continent austral se retrouvant au cœur du long-métrage, celui-ci se centrant sur la psyché du réalisateur, qui se raconte et extériorise ses pensées sur son environnement et sur lui-même au gré de son périple. Démarrant en pleine Patagonie, l’expédition ici menée suit le chemin des massifs de la Terre de Feu pour mieux nous mener en Antarctique via le détroit de Magellan, à bord du Charcot, un navire sachant briser la glace . Le tout dans un atmosphère feutrée, le temps paraissant s’arrêter alors que la voix suave de notre capitaine de bord se pose sur des images sublimes, tournées en noir et blanc. De quoi renforcer l’intériorité du récit narré, l’immensité des paysages traversés remettant en perspective les interrogations de Luc Jacquet qui, exceptionnellement vole la vedette aux manchots et aux lions de mer.
Certes ce parti-pris pourra déconcerter ceux qui venaient voir ces animaux dans leur habitat naturel, ces derniers n’étant plus au premier plan, mais dans l’absolu ce changement d’angle à son intérêt. Celui d’amener le réalisateur à se retourner sur son propre travail, à se questionner sur la nature de l’Homme et alerter sur le danger du changement climatique, transformant inéluctablement les conditions de vie. Une réflexion apportant une nouvelle pierre à sa filmographie, approfondissant ce grand chapitre consacré à ce fameux Pôle Sud.
Avec Voyage au Pôle Sud, Luc Jacquet reprend le chemin de l’Antarctique afin de mettre en images une odyssée contemplative où la beauté formelle de la nature sauvage se heurte à ses interrogations quant au monde qui l’entoure. Soit son film le plus personnel.
