Deux ans après Effacer L’Historique, le tandem Benoît Delépine/Gustave Kervern revient derrière la caméra avec En Même Temps, qui comprend Vincent Macaigne, Jonathan Cohen, India Hair, Doully, Jenny Beth, Yolande Moreau, Thomas VDB ou encore François Damiens au casting et nous fait suivre les mésaventures de deux élus locaux pris dans une bien fâcheuse position…

Toujours prompts à pointer du doigt de manière sarcastique les injustices et les travers de notre société, les trublions grolandais Benoît Delépine/Gustave Kervern ne dérogent pas à leur motto avec leur nouvel ouvrage qui, comme l’indique son titre – clin d’œil au quinquennat macronien venant de s’écouler – s’attaque au microcosme politique. En résulte une œuvre militante, dézinguant un système archaïque et obsolète, désormais loin de vendre du rêve et d’apporter de l’espoir, dont l’amertume donne une saveur plutôt salée à ce qui aurait pu être un délire loufoque.

Avec En Même Temps, notre tandem se montre ainsi davantage cynique que drôle, laissant temporairement leur humour poil à gratter au placard pour mieux appuyer là ou ça fait mal – et ce malgré un concept gentiment trash qui pouvait nous amener sur un terrain glissant. Se jouant des clichés propre à la sphère médiatico-politique, souvent pernicieuse mais rarement sincère, le long-métrage s’apparente à un numéro de duettiste ayant pour fonction première de dénoncer le manège de tout ces technocrates, vendeurs de tapis ambulant s’étant perdu corps et âme sur l’autel de l’ambition personnelle. Une déconnexion qui sert d’allume-feu à une intrigue tentant de réduire en cendres les certitudes de ces garants de l’Etat, pétris dans leurs mensonges et magouilles. Pour se faire, Delépine et Kervern se reposent sur un concept bien connu, celui du buddy movie, mais y rajoute un peu de piquant en collant – littéralement – les protagonistes de cette farce acerbe.

Au cœur du récit, un vote concernant la construction d’un parc de loisirs en lieu et place d’une forêt primaire, projet porté par un maire de droite pour le moins décomplexé, prêt à user de son bagout et de son sens de la diplomatie pour amadouer les opposants à ce fameux Citizen Parc. Dans sa ligne de mire, son confrère écologiste, qu’il doit réussir à convaincre que le scrutin lui soit favorable. Hélas, ce qui devait être une sinécure pour notre élu adepte de la langue de bois, se transforme en un chemin de croix pour le moins gluant quant – au cours d’une soirée finissant par être bien arrosée – nos adversaires se retrouve à sceller leur union de la manière la plus improbable possible. Collés l’un à l’autre, grâce à l’intervention pour le moins fracassante d’une activiste féministe, les deux hommes se voient contraints de faire un bout de route ensemble. Point de départ de ce qui s’annonçait comme un nuit de folie, propice à l’absurde, mais qui va rapidement prendre une autre tournure.

Dans de beaux draps suite à cette cohabitation forcée, ces représentants de la République vont apprendre à travailler de concert pour avancer dans l’obscurité sans éveiller les soupçons et attirer la lumière sur leur cocasse situation. Un pas de deux balbutiant, amenant chacun a réévaluer ses choix aussi bien politiques que personnels, pour une épiphanie au clair de lune se faisant au gré des obstacles, des rencontres. Si l’on apprécie les apparitions de têtes connues dans cette déambulation à quatre pattes, de Yolande Moreau à Anna Mouglalis en passant par François Damiens, reconnaissons que celles-ci viennent artificiellement donner du rythme à un scénario qui patine quelque peu en milieu de parcours. Malgré leurs efforts pour mener la barque comme il se doit, Vincent Macaigne et Jonathan Cohen ne peuvent rien contre une écriture qui se révèle redondante et manque étonnement de mordant, alors que le contexte s’y prêtait aisément.

La patte de nos compères grolandais se retrouve d’ailleurs plus dans l’intrigue parallèle concernant nos ‘colle-girls’ (formé par l’attendrissant trio India Hair, Doully, Jenny Beth) et leur entrée maladroite dans l’activisme, qui aide à contrebalancer les errements de nos politiques en mode ‘cul et chemise’, laissant même à penser que se consacrer équitablement à chaque groupe aurait pu rehausser le niveau. N’en reste pas moins le sens de la mise en scène de Delépine et Kervern, qui s’amusent de leur concept en décadrant leur duo principal, une bête à deux bosses avançant péniblement dans la pénombre – tout en égrenant leur métrage de quelques gags visuels d’arrière-plan, qui pourront faire esquisser un sourire ou deux.

Si l’on adhère toujours à leur style punk, force est de constater que cette cuvée 2022 de la maison Delépine/Kervern manque quelque peu de saveur, En Même Temps se révélant une balade plutôt redondante dans cet univers impitoyable qu’est la politique, le concept de ce pas de deux collé-serré ne tenant pas la route sur la durée au niveau de l’écriture. Pas désagréable à suivre, ce programme ne remporte pas tous les suffrages, même si l’on salue le militantisme de nos cinéastes et leur sens de l’humain, qui aident à faire passer le message quant aux combats qu’il reste à mener dans cette chère démocratie. Banzaï.

© Ad Vitam

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