Cinq ans après Crash Test Aglaé, Eric Gravel est de retour derrière la caméra avec À Plein Temps. Comprenant au casting Laure Calamy, Anne Suarez, Geneviève Mnich, Cyril Gueï, Lucie Gallo, Agathe Dronne, Nolan Arizmendi ou encore Sasha Lemaître Cremaschi, le long-métrage se centre sur le parcours de Julie, qui se démène seule pour élever ses deux enfants à la campagne et garder son travail dans un palace parisien…

Si elle a débuté via le prisme de la comédie dramatique pour les besoins de Crash Test Aglaé, l’exploration du monde du travail entrepris par Eric Gravel se poursuit sur une tonalité plus acerbe, À Plein Temps prenant l’angle du thriller social pour pointer du doigt les nombreuses dérives propres à un système où l’humain n’est qu’une variable sur l’échelle de la productivité – le tout pour une course contre le temps sur le fil du rasoir.

Métro, boulot, dodo, une expression résumant le quotidien de bon nombre de gens ici-bas, qui passent le plus clair de leur journée à naviguer exclusivement dans le cadre professionnel, avec pour conséquence de créer un certain déséquilibre avec la sphère privée. D’autant plus dans une société où le capitalisme a pour principal effet de privilégier le rendement, quitte à sacrifier quelques principes élémentaires pour augmenter la cadence, multiplier les profits. Pour appuyer ce constat peu glorieux, le réalisateur, qui officie également à l’écriture, met en marche active une machinerie implacable synonyme de spirale infernale dont il est difficile de s’extirper une fois englué dedans. En résulte un long-métrage sachant savamment concilier la forme et le fond, pour une déambulation à corps perdu dans un engrenage tournant fou. Celui de l’emploi. Au sein d’un marché concurrentiel, la pression va de pair avec les tâches à accomplir, de quoi créer un climat délétère.

En arguant que cette lessiveuse géante essore les gens jusqu’à la moelle, Eric Gravel s’attèle à une démonstration nette et sans bavure, en proposant un exercice immersif où l’on ne quitte pas des yeux le personnage de Julie, devant jongler entre ses rôles de mère et de première femme de chambre dans un grand hôtel parisien. Constamment acculée par ses les problèmes inhérents à ces deux jobs à plein temps, auxquels viennent se greffer des éléments perturbateurs connexes – entre grève des transports et soucis financiers – notre protagoniste principal navigue sur un flux tendu, le moindre petit accroc pouvant enrayer son organisation et l’amener sur une pente glissante. C’est donc sur un rythme effréné que le cinéaste fait progressivement perdre pied à son héroïne, qui ne peut que subir la pression venant l’assaillir de toute part et tenter d’y faire face que coûte que coûte.

Ce sens de l’urgence est ce qui donne sa spécificité à ce drame des temps modernes, où tout va trop vite tout le temps, les instants de répit n’étant que de courte durée. Constamment en mouvement, la caméra du réalisateur ajoute un cachet supplémentaire à l’efficacité de l’intrigue, accentuant cette problématique d’aliénation au travail. Pour la personnifier, l’excellente Laure Calamy qui, une fois de plus crève l’écran et porte sur ses épaules le film, l’actrice parvenant à transmettre la large palette d’émotions de Julie qui, d’un regard, d’un geste, d’une parole, paraît toujours sur le point de vriller, de se laisser consumer par cette existence à cent à l’heure. Une performance électrique pour une démonstration menée avec brio quant aux effets néfastes d’une société marchant parfois sur la tête.

Avec À Plein Temps, Eric Gravel relate sans fioritures des dérives d’un monde complètement désaxé, ne sachant plus tourner rond, en prenant le cas de figure du monde du travail, où la pression peut rapidement nuire à l’équilibre psychologique de chacun. Un constat amer qui s’établit à travers un drame social aux allures de thriller, qui vise droit au but en privilégiant intrigue resserré et rythme soutenu – un matériel servant à nourrir une critique bien sentie d’une société accélérant bien trop vite sur l’autoroute de la déshumanisation. Clair et limpide.

© Haut et Court

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