Quatre ans après La Planète Des Singes : Suprématie, Matt Reeves nous revient derrière la caméra avec The Batman, qui voit Robert Pattinson prendre la relève de Ben Affleck dans le costume du Chevalier Noir et comprend notamment au casting Zoë Kravitz, Jeffrey Wright, Paul Dano, Andy Serkis, Colin Farrell ou encore John Turturro. Au programme, une plongée dans les ruelles d’une Gotham City devenant terrain de jeu d’un énigmatique tueur s’en prend à l’élite de de la ville…

Actuellement en pleine mue, le DCEU s’offre une parenthèse enchantée en laissant le champ libre à Matt Reeves pour livrer sa vision de l’univers du Chevalier Noir avec The Batman, une adaptation de la création de Bob Kane et Bill Finger qui – malgré ce que l’on aurait pu craindre – trouve sa raison d’être grâce à une combinaison de plusieurs facteurs, la principale étant le savoir faire du cinéaste, qui nous prouve après son expérience sur La Planète Des Singes qu’il est capable de gérer les productions à gros budget en leur conférant de la consistance de par son approche artistique, où le spectaculaire n’est pas accessoirement la norme, l’instauration d’une atmosphère comptant bien plus dans le travail immersif.

Du haut de ses plus de quatre-vingt printemps, Batman aura certes vécu d’innombrables aventures dans le monde des comics et du petit écran, tout comme sur le grand. Des sériales aux longs-métrages, qu’ils soient en live action ou d’animation, notre justicier masqué sait régulièrement déployer ses ailes sur la toiles des salles obscures – un phénomène s’intensifiant à partir de 1989 et l’œuvre de Tim Burton, qui a changé la donne. Ainsi plus de trois décennies, les itérations du personnage se sont multipliées, avec en plus de Burton, les versions de Joel Schumacher, Christopher Nolan, Bruce Timm ou encore Zack Snyder. Si la franchise a connu des hauts et de nombreux bas, le risque de tourner en rond était une question se posant légitimement. En lorgnant du côté des thrillers des années 90, Reeves se livre pour sa part à un film grunge, où l’introspection et la noirceur s’entremêlent sur l’autel de la violence, pour un résultat surprenant – dans le bon sens du terme – qui réussit l’exploit de ne pas faire ressentir au public sa durée de trois heures, en trouvant un angle pertinent pour nous montrer qu’effectivement, il y a toujours quelques chose à dire sur Bruce Wayne, son alter-ego ainsi que que l’environnement dans lequel il navigue.

Bien entendu, la redite est présente en filigrane, l’esprit de Nolan étant encore frais dans nos esprits pour que l’on ressente des connexions dans cette exploration des bas-fond et de la pègre Gothamienne mais la comparaison s’arrête ici, le traitement proposé par Matt Reeves s’articulant davantage sur le sensoriel, sa démarche étant de faire naître dans les pores de sa pellicule un sentiment de désolation, de putréfaction. Le mal qui ronge la ville et ses habitants transparaît d’un bout à l’autre du métrage, pour ce qui s’avère être une enquête poisseuse sachant diluer à bon escient la tension. En choisissant de s’orienter principalement vers le genre policier, le scénario concocté par le réalisateur avec l’aide de Peter Craig met à l’honneur les talents de fin limier de notre détective, le propulsant au cœur d’un jeu de piste macabre destiné à révéler au grand jour de sombres secrets et desseins. Celui qui plaît à se faire appeler vengeance, va alors être lui-même confronté à ce sentiment ravageur et destructeur, alors que son chemin croise celui d’Edward Nashton, Selina Kyle ou Oswald Copplepot.

Se voulant nihiliste, The Batman s’engage sur une voie des plus intéressantes, tissant lentement mais sûrement son récit afin de mieux mettre nos protagonistes face à leurs contradictions, leurs doutes et leurs peurs. Quelle est la voie à prendre pour mener à bien sa mission, parvenir à ses fins ? Une réflexion qui accapare notre héros ainsi que ses amis/ennemis, baignant tous en eaux troubles et se laissant progressivement entraîner vers le fond. Jouant lui aussi avec les limites du blockbuster tout public, Reeves suggère la violence autant que possible, ses astuces de mise en scène – entre suggestion et détournement de regard caméra – aidant à instaurer ce climat d’inconfort propre aux manigances du Riddler pour démasquer la vérité. Se dévoiler, une thématique trouvant de ce fait une résonnance particulière au fur et à mesure que le film progresse, les pions sur l’échiquier de notre ennemi adepte de devinettes et de pièges mortels servant à éclairer le spectateur – et le Chevalier Noir – sur l’étendu de ce spectre de la corruption. Un procédé permettant de se sentir concerné par l’investigation de notre enquêteur hors-pair et de ses partenaires, celle-ci finissant par être personnelle.

De cette dimension intimiste, cette virée dans l’obscurité en tire sa force, amenant à creuser la psyché de notre héros, qui a le droit à une belle évolution le long de ces trois heures – les épreuves traversées donnant lieu à une véritable introspection sur ses motivations et son regard face à un univers qu’il voit via le prisme de la souffrance. Obnubilé par ses propres démons et le poids d’un passé tragique, Bruce Wayne a cessé d’exister, ce dernier disparaissant totalement derrière le costume de Batman – un point abordé avec justesse. Plongé dans le noir, la vision de notre homme s’en voit pervertie, l’amenant ainsi à commettre des erreurs, à ne plus savoir distinguer si ses intentions sont justes. Le scénario met en exergue ce problème de dissociation et amène notre héros à se regarder en face pour rectifier sa trajectoire et mener son combat différemment. Ce que le dernier acte de The Batman, plus conformiste dans son déroulement, vient d’ailleurs appuyer judicieusement, indiquant que le chemin vers la lumière – où les ténèbres, au choix selon les personnages – peut déboucher sur de meilleurs lendemains.

Nous avons affaire ici à un justicier qui se cherche encore, ne parvenant pas à contrôler les émotions contradictoires sommeillant en lui, ce que la performance de Robert Pattinson accentue, le comédien prouvant qu’il était de taille – et de loin – pour porter la cape, électrisant l’écran avec un Wayne torturé en mode Kurt Cobain. Dans sa globalité, on peut dire que nous sommes sur un sans fautes dans la partition du casting, parfaitement dirigé par Matt Reeves. Zoë Kravitz tient la dragée haute à Battinson tandis que Jeffrey Wright campe un lieutenant Gordon des plus convaincants. Si leur présence est plus sporadique, Paul Dano et Colin Farrell savent capter l’essence de leur homologues de papier, le premier sachant distiller le malaise avec sa version du Riddler, perturbant à souhait – tandis que l’interprète de notre proto-Pingouin est méconnaissable, donnant lieu à un second-couteau savoureux. Et terminons par un autre atout de taille, la bande originale d’un Michael Giacchino inspiré, dont les notes viennent donner une épaisseur supplémentaire aux plans du réalisateur, aidant à iconiser nos oiseaux de nuit grâces à des accords détonants.

Pour son arrivée dans le genre super-héroïque, Matt Reeves ne démérite pas et remporte l’adhésion avec sa vision de l’homme chauve-souris, The Batman étant une plongée enivrante dans les eaux crasseuses de Gotham City, pour un simili-thriller à la sauce 90’s du plus bel effet. Doté d’une réalisation de qualité à la photographie somptueuse – signée Greig Fraser – ce blockbuster poisseux se révèle magnétique et l’on se laisse aisément prendre au jeu proposé par le réalisateur. Et Pattinson en Chevalier Noir ? C’est un grand oui !

© Warner Bros.

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