Six ans après 21 Nuits Avec Pattie, Arnaud et Jean-Marie Larrieu font leur retour derrière l’écran avec Tralala, comédie musicale comprenant au casting Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Mélanie Thierry, Maïwenn, Bertrand Belin, Denis Lavant, Galatea Belugi ou encore Jalil Lespert, nous faisant suivre les tribulations d’un chanteur de rue de Paris à Lourdes suite à sa rencontre avec une jeune inconnue…

Avec Tralala, les frères Larrieu font leur premiers pas dans l’univers de la comédie musicale et essayent de jouer avec les codes d’un genre qu’ils ne maîtrisent pas tout à fait, ce qui se ressent à l’écran, notre duo de cinéastes tâtonnant avant de trouver la juste mélodie pour évoquer leur drame mélancolique à l’aura mystique. Des fausses notes qui paradoxalement ajoutent un certain cachet à cette œuvre qui se cherche, la sincérité de la démarche venant contrebalancer les trous d’air d’une partition inégale.

De ses imperfections, le long-métrage en tire au final sa force, ses balbutiements venant refléter les doutes et états d’âmes de la galerie de personnages mis à l’honneur au travers d’une pérégrination faisant resurgir la douce mélodie de l’amertume. Pour cette nouvelle réalisation, Arnaud et Jean-Marie Larrieu opèrent un pèlerinage sur leur terre de cœur, Lourdes, qui devient le théâtre d’une imposture alors que la quête sentimentale d’un homme l’amène à se faire passer pour quelqu’un qui ne l’ai pas. Justement, « Surtout ne soyez pas vous-même » est le leitmotiv de l’intrigue, amenant à ce quiproquo entourant le mythe du fils prodigue qui nous intéresse ici. Cette phrase, prononcée par une inconnue à Tralala, un chanteur sans le sou vivant de musique et d’eau fraîche, est l’élément déclencheur amenant notre protagoniste à rechercher cette figure angélique qui se présente à lui, à trouver cette madone aux allures de mirage.

De ce postulat somme toute classique avec la fameuse rencontre fatidique bousculant le quotidien du héros, le film bifurque au fur et à mesure vers une ode poétique et légèrement décalée, où les faux-semblants règnent en maître et ne demandent qu’à voler en éclats pour révéler la fragilité de l’être. Une trame qui se dessine alors que l’arrivée de Tralala à Lourdes se transforme en une réunion de famille impromptue, ce dernier étant confondu avec un enfant chéri du village, parti sans se retourner il y a des décennies de cela. De ce soi-disant miracle, notre vagabond va en profiter, se laissant prendre au jeu de ces retrouvailles, se connectant avec ces proches qu’il ne connaît pas mais également avec la personne dont il emprunte la vie, également artiste à ses heures perdues. Une supercherie qui va éclairer notre imposteur sur son existence de même que les personnages gravitant autour de lui, pour un séance d’introspection sous fond de confessions, le tout en chansons. Regrets des uns, secrets des autres, au travers des morceaux émaillant Tralala s’extériorisent les sentiments , avec un résultat aléatoire.

Pour mettre au point leur comédie musicale, Arnaud et Jean-Marie Larrieu se sont entourés de divers noms de la scène française, qui ont composé la majorité des titres présents à l’écran – le reste émanant d’albums déjà sortis. Se côtoient de ce fait des musiques de Philippe Katerine, Dominique A, Jeanne Cheral, Etienne Daho et Jean-Louis Pierrot mais également de Bertrand Belin et du duo Sein, qui ont une seconde casquette puisque ces trois chanteurs officient en tant qu’acteurs. Un double emploi qui réussit avant tout au premier, Belin étant l’une des bonnes surprises du long-métrage, son timbre de voix et sa fragilité venant apporter de la contenance à son personnage, un frère révélant ses failles suite à la résurgence de ce faux fils prodigue. D’ailleurs, notons que si Mathieu Amalric s’en sort plutôt bien dans le rôle principal, il se fait voler la vedette par une bonne partie de la distribution, en particulier par Josiane Balasko et Mélanie Thierry, toutes deux lumineuses que ce soit dans la peau de la mère revigorée par le retour de ‘son’ disparu ou de l’ancienne petite-amie, à qui on ne la fait pas.

Dans l’ensemble, chacun essaye de donner du cœur à l’ouvrage malgré des chansons qui ne se marient pas tout le temps à l’atmosphère voulue par les réalisateurs, l’oscillation entre premier et second degré apportant un côté kitsch qui ne fonctionnent pas selon les textes, à part durant deux moments clés, à savoir une longue séquence en boîte de nuit et un concert final où la justesse est au rendez-vous, pour un baisser de rideau tendre et amer. En revanche, concernant la réalisation, nos frères Larrieu ont été plus inspirés, lorgnant du côté d’un Jacques Demy en portant un soin particulier à l’esthétisme, photographie lumineuse et costumes éclatants venant conforter cette idée initiale de folie douce, que la patchwork de chansons et chorégraphies n’ont pas su proprement exploiter. Signalons aussi le rôle de la pandémie de COVID-19 sur la production du film, les réalisateurs choisissant de ne pas nier cette réalité, les masques étant de mise, ce qui ne gêne pas outre mesure et résonne avec certains propos de l’intrigue.

Avec Tralala, Arnaud et Jean-Marie Larrieu tentent d’apposer leur patte au genre musical avec une comédie se voulant fantaisiste et mélancolique. Si les acteurs et actrices prenant part à ce projet donnent de la voix avec vigueur et se prêtent malicieusement eu jeu, il est dommage que la partition qui leur est proposée ne soit pas des plus justes, textes et chansons n’étant pas toujours au niveau. Tâtonnant un bon moment avant de trouver un rythme qui leur convient nos réalisateurs composent avec une mélodie sympathique mais souffrant de diverses dissonances.

© Pyramide Distribution

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