Pour ses premiers pas en tant que réalisateur l’animateur Mouloud Achour passe derrière la caméra aux côtés de Dominique Baumard et nous livre Les Méchants, qui comprend Roman Frayssinet, Djimo, Ludivine Sagnier, Mathieu Kassovitz, Samy Naceri, Anthony Bajon, Alban Ivanov, Marwa Loud, Kyan Khojandi ou encore Fary au casting et nous fait suivre la folle journée de Patrick et Sébastien, deux victimes d’un système médiatique peu scrupuleux…

S’il a par le passé tutoyé le monde du septième art en tant que comédien, Mouloud Achour passe à la vitesse supérieure en se retrouvant à la barre de son premier long-métrage, avec l’aide de Dominique Baumard, le tandem nous livrant avec Les Méchants une comédie qui tape à la fois sur le monde des médias et sur la superficialité d’un microcosme bourgeois complètement déconnecté de la réalité. Un vaste programme, pour une satire qui aurait pu s’avérer corrosive avec un humour poil à gratter qui dérange mais provoque les rires. Sauf que malheureusement ceux-ci sont aux abonnés absents.

Si l’idée de base semblait bonne, le principal problème quant à la qualité intrinsèque du long-métrage est qu’il se voit plombé par une écriture paresseuse qui lui porte préjudice. Mettre en lumière ce phénomène des fake news, qui gangrène toutes les instances et atteint les plus hautes sphères du pouvoir, était intéressant d’autant plus en l’évoquant via le prisme de la télévision, un milieu que l’animateur de Canal + connaît par cœur depuis des années. Hélas, malgré la pertinence d’un sujet ô combien actuel, Les Méchants se loupe sur quasiment tout ce qu’il entreprend, son scénario servant plus d’excuse à trouver de la place pour les amis de nos deux réalisateurs plutôt qu’à développer avec force la critique voulue initialement. Ainsi, par le biais d’une intrigue qui se perd plus d’une fois en cours de route, nous assistons à un défilé d’artistes de tout bord, qu’ils soient issus du monde du cinéma, de la scène, du stand-up. Un véritable film de potes, qui se veut un délire excluant le public, qui reste stoïque face au triste spectacle proposé.

A multiplier les personnages et enchaîner les caméos, le scénario se disperse et s’apparente à une série de sketches que l’on fixe grossièrement les uns au autres pour donner l’impression d’un ensemble cohérent. Une technique de bricolage qui ne fait malheureusement pas l’illusion et dessert les messages voulant être véhiculés. Les errances du tandem principal, à savoir Patrick et Sébastien (oui oui) – un parasite et un gérant de magasin geek qui n’a rien demandé à personne – peinent à convaincre et les rames sont de sorties pour qu’intervienne le moment charnière du métrage, le moment où nos gentils vont devenir malgré eux des méchants. Par des pirouettes scénaristiques faisant cohabiter hommage à Dragon Ball, arnaque à la boule de cristal et rencontre avec un rappeur fraîchement sorti de prison (Carcéral, incarné par Anthony Bajon, la seule bonne surprise du film), voilà nos deux joyeux lurons pris au piège de la machine médiatique, si prompt à s’emballer pour tout et n’importe quoi.

Entre une présentatrice aux dents longues, des intervenants incompétents ayant leur avis sur tout et une propension à enjoliver les faits pour faire de l’audimat, il y avait de quoi faire pour tirer à boulets rouges sur un système obnubilé par le sensationnel – quitte à créer des monstres. Malgré la présence de Ludivine Sagnier, Mathieu Kassovitz, Alban Ivanov ou encore Sami Naceri qui eux, semblent s’amuser à incarner ces figures immorales, difficile de se laisser convaincre, le soufflé retombant sans arrêt. Si des sourires peuvent s’esquisser timidement ci et là, cette virée cauchemardesque chez nos guignols de l’info frise l’accident industriel. S’égarant en chemin en voulant s’attaquer à d’autres thématiques histoire de taper sur le plus de monde possible, des bobos imbus de leur personne aux forces de l’ordre peu enclins à bosser, Mouloud Achour et Dominique Baumard étirent inutilement leur récit.

Au final, avec Les Méchants, nous assistons à un ovni qui aurait eu sa place justement à la télévision ou sur internet plutôt que dans une salle de cinéma, ce que la réalisation anonyme de Mouloud Achour et Dominique Baumard – digne d’un téléfilm bas de gamme – tend à confirmer. Si l’équipe s’est éclaté à monter ce projet, le résultat est malheureusement trop faible pour provoquer l’hilarité, la gêne étant souvent présente tout du long de la folle journée de Patrick et Sébastien. Pas de quoi faire tourner les serviettes.

© Le Pacte

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