[Critique] Uncle Frank, le chemin de l’acceptation

Treize ans après Pureté Volée, le scénariste Alan Ball fait son retour à la barre d’un long-métrage avec Uncle Frank, comédie dramatique comprenant au casting Paul Bettany, Sophia Lillis, Peter MacDissi, Judy Greer, Steve Zahn, Margo Martindale, Stephen Root et Lois Smith. Disponible sur Amazon Prime Video, le long-métrage nous fait suivre le parcours de Frank, professeur de littérature et de sa nièce alors qu’ils prennent la route pour assister à l’enterrement du patriarche de leur famille…

S’il a fait ses preuves à la télévision, avec notamment Six Feet Under, True Blood et Here And Now, Alan Ball a plutôt été discret au cinéma malgré ses débuts prometteurs en tant que scénariste, ayant remporté l’Oscar du Meilleur Scénario pour American Beauty. Ainsi, plus d’une décennie après Pureté Volée, le revoir aux manettes d’un film avait de quoi susciter un certain intérêt. Traitant de l’homosexualité dans l’Amérique puritaine des années 70, Uncle Frank se veut un drame sensible sur l’acceptation de soi, qui remporte l’adhésion grâce à la finesse de son écriture et l’esprit de bienveillance régnant sur les messages délivrés.

Faire son coming-out et se montrer tel que l’on est réellement est une décision que l’on aimerait simple pour tout le monde mais qui ne l’est pas en réalité. Alan Ball expose cette difficulté et le poids qui pèse sur les épaules d’une personne voulant annoncer et affirmer son homosexualité à travers un road-trip salvateur qui va permettre à son personnage éponyme d’affronter son passé et ses démons, pour mieux repartir sur de nouvelles bases. Le scénario d’Uncle Frank met en exergue le manque d’ouverture d’esprit face à la cause LGBT, en transposant son intrigue dans les années 70, à une époque où aimer quelqu’un du même sexe était encore passible d’une peine de prison dans une majorité d’Etats, un contexte pertinent pour nous montrer que – même si cela se fait à un rythme lent – les mentalités peuvent changer, un point de vue que l’on retrouve dans le parcours de nos personnages.

Construit en trois actes, le long-métrage repose sur cette notion d’ouverture d’esprit, en particulier dans la sphère familiale, nous introduisant ainsi aux Bledsoe et plus particulièrement à Beth et son oncle Frank, faisant figures d’exception au sein d’un clan conservateur. Servant de modèle à sa nièce, notre professeur de littérature va lui permettre de se trouver et de savoir ce qu’elle veut être dans la vie, tissant ainsi un lien affectif qui sert de moteur au film puisque de cette relation va se dévoiler le mystère planant autour de Frank, personnage secret aux yeux de ses proches. En s’installant à New York pour ses études, Beth va alors avoir l’occasion de voir son oncle et mentor sous un autre angle, les barrières tombant et son vrai visage se montrant enfin, pour le plus grand plaisir de son petit-ami Walid.

Une révélation qui met en lumière de manière pertinente la position délicate dans laquelle peut se trouver un couple, le mensonge devenant la norme afin de se créer une coquille et de se protéger du jugement des autres, qui peut conduire au pire. Un triste constat frontalement évoqué lorsque Uncle Frank bifurque dans sa deuxième partie vers un road-trip introspectif, servant de voyage exutoire pour notre héros éponyme, qui ressasse les drames passés à l’aube de retrouvailles familiales compliquées. Les failles se creusent, les démons reviennent et le drame s’infuse petit à petit par le biais de retours en arrière douloureux aussi bien pour Frank que pour le spectateur, qui ne peut que compatir à sa détresse et comprendre ses troubles. Si la route empruntée peut sembler classique, la justesse d’écriture d’Alan Ball permet de se laisser embarquer sur ce terrain de l’émotion et donne surtout un bel écrin à Paul Bettany pour nous démontrer son talent et l’étendue de sa palette de jeu.

En plus de former un trio attachant à la fois avec Sophia Lillis mais également avec Peter MacDissi, qui sont l’atout cœur du long-métrage, l’acteur remporte tous les suffrages dans la peau de Frank, composant avec un personnage complexe. Soufflant le chaud et le froid avec aisance et sachant faire ressentir la souffrance de son alter-ego, Paul Bettany irradie l’écran et nous bouleverse, particulièrement dans un acte final où le voile tombe et que la confrontation avec ses proches est inéluctable. Tout simplement poignant malgré une certaine naïveté quant à l’acceptation de son prochain avec une conclusion un peu fleur bleue mais cela ne porte aucunement préjudice à l’ensemble du long-métrage, qui nous invite à la tolérance. Une chaleur humaine qui se dessine donc dans le récit d’Alan Ball mais également dans sa réalisation, avec une mise en scène enlevée, invitant à la légèreté et se confrontant à une photographie en mode sépia, symbolisant le temps passé – un temps éprouvant pour son personnage central, qui s’ouvre sur un chapitre plus radieux pour lui et ses proches.

Avec Uncle Frank, Alan Ball nous propose une comédie dramatique intimiste mais surtout émouvante sur la difficulté de s’affirmer tel que l’on est. Puisant sa force de son écriture mais surtout de la partition sans faille de son trio principal, Paul Bettany en tête, le long-métrage est un plaidoyer sur la tolérance et l’acceptation de son prochain, nous montrant les dommages que peuvent provoquer le manque d’ouverture d’esprit et le conservatisme. Oncle Frank s’avère être une balade salvatrice très appréciable à suivre, délivrant un message positif et bienveillant (un peu naïf également). C’est donc un second essai cinématographique réussi pour Alan Ball.

© Amazon Prime Video

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