[Critique] Enola Holmes, (en)quête d’affranchissement

Après s’être illustré dans la série Fleabag, le réalisateur Harry Bradbeer signe son premier long-métrage avec Enola Holmes, adaptation de la saga littéraire de Nancy Springer Les Enquêtes D’Enola Holmes avec au casting Mille Bobby Brown, Sam Claflin, Henry Cavill, Louis Partridge, Fiona Shaw et Helena Bonham-Carter, nous faisant suivre les aventures de la cadette de la fratrie Holmes, qui doit résoudre le mystère de la disparition de sa mère…

Avec Enola Holmes, Harry Bradbeer s’accapare de la série littéraire de Nancy Springer pour en livrer un adaptation pétillante et résolument féministe, qui fonctionne grâce à l’énergie insufflée par son casting et sa réalisation enlevée.

Le scénario du long-métrage, écrit par Jack Thorne, reprend globalement l’intrigue concoctée par l’autrice et nous plonge donc dans le quotidien de la benjamine de la fratrie Holmes, pour une quête d’affranchissement qui passe par une enquête personnelle. Elevée par sa mère, qui lui a inculqué des valeurs progressistes, cette chère Enola va du jour au lendemain se retrouver livrée à elle-même quant cette dernière s’évapore sans aucune explication, mis à part un mystérieux cadeau. Commence alors pour notre détective en herbe un voyage initiatique qui va s’avérer formateur et salvateur, ses recherches l’amenant à effectuer sa toute première investigation, impliquant un jeune Lord épris de liberté, et à découvrir ce vaste monde qui s’offre à elle.

Si l’on apprécie le décalage émanant du caractère indomptable de notre héroïne face aux normes de son époque, refusant de se conforter aux us et coutumes du Londres Victorien dans lequel elle navigue, permettant ainsi de porter un regard féministe bienvenue quant à la misogynie propre à cette période – qui égratigne également Sherlock et Mycroft Holmes – on peut toute fois regretter que les énigmes qui s’offrent à la fois à Enola mais également au spectateur se révèlent fragiles scénaristiquement parlant. Jack Thorne ainsi que Nancy Springer ne sont pas Sir Arthur Conan Doyle et cela se ressent au niveau des tenants et aboutissants des deux enquêtes qui nous accaparent ici.

Mêlant la petite à la grand Histoire, la disparition de maman Holmes ainsi que le complot autour du Lord Tawkesbury est l’occasion d’évoquer les mouvement des suffragettes mais également du vote de ce qui semble être le the Third Reform Act de 1884 si l’on se fie à l’ancrage temporel du long-métrage (qui donnera lieu plus de vingt ans après au droit de votes des femmes en Angleterre) sauf que tout cela ne sera jamais véritablement poussé, ce qui pénalise le dernier acte du film où tous les fils conducteurs se rejoignent, pour une conclusion en demi-teinte. Pour combler ces lacunes, l’accent est mis sur les interactions entre le public et le personnage principal, le spectateur devenant témoin des actes et surtout des pensées d’Enola, un point de vue permettant d’instaurer une complicité entre les deux partis, ce qui fonctionne ici grâce à la (sur)utilisation du quatrième mur, principe permettant à cette dernière de nous parler directement, une digression servant de diversion et insufflant une énergie positive à l’ensemble puisqu’au final, ce qui importe est son odyssée rocambolesque dans un univers qu’elle ne connaît pas.

Les tribulations de notre espiègle détective en devenir se suivent sans déplaisir grâce à la performance de Millie Bobby Brown qui trouve en Enola Holmes le parfait écrin pour sa carrière cinématographique et irradie l’écran de sa présence. L’actrice est clairement le point fort du film et porte sans problèmes celui-ci sur ses épaules, sa bonhommie et son jeu enthousiaste en étant le principal moteur. Une prestation enjouée qui éclipse tous ses partenaires, particulièrement ceux de la gente masculine (même Henry Cavill, oui, oui), prouvant que la comédienne a su trouver le bon projet pour montrer l’étendu de sa palette. Concernant les seconds rôles, on aurait tout de même aimé que Helena Bonham-Carter soit plus présente, étant une fois de plus impeccable dans la peau de la matriarche Holmes avec ce qu’il faut de grain de folie.

Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, Harry Bradbeer ne démérite pas et se concentre à nous offrir un divertissement rythmé, aidant à apprécier les deux heures du métrage. Répétant une formule qui a fait l’une des particularités de Fleabag et brisant de manière régulière le quatrième mur, le metteur en scène s’amuse avec le spectateur et créé une connivence avec le public. Cette technique ainsi que les nombreux effets de mise en scènes établissent une cadence effrénée et infusent un esprit bon enfant à ce récit initiatique. En un mot, efficace.

Avec Enola Holmes, Harry Bradbeer propose une sympathique adaptation de la saga littéraire éponyme de Nancy Springer, dont le charme repose essentiellement sur l’entrain de Millie Bobby Brown et le dynamisme de sa réalisation, qui aident à en faire un film familial agréable à découvrir.

© Netflix

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