[Critique] Color Out Of Space, le spectre de la dégénérescence

Sept ans après le documentaire L’Autre Monde, le réalisateur Richard Stanley est de retour derrière la caméra pour Color Out Of Space, l’adaptation de la nouvelle La Couleur Tombée Du Ciel de H.P. Lovecraft réunissant au casting Nicolas Cage, Madeleine Arthur, Joely Richardson, Elliot Knight, Brendan Meyer, Q’Orianka Kilcher ou encore Tommy Chong et nous plongeant dans l’horreur vécue par une famille à la suite de la chute d’une météorite dans leur propriété familiale…

Pour son retour à la fiction, Richard Stanley renoue avec son genre fétiche à savoir le cinéma fantastique et propose avec Colour Out Of Space, un hommage à l’œuvre de Lovecraft qui, s’il respire l’amour du réalisateur pour l’écrivain, pâtit de son côté grandiloquent.

En effet, l’enthousiasme de Stanley quant à cette adaptation de La Couleur Tombée Du Ciel ne fait aucun doute et si ce dernier procède à quelques changements au niveau de son intrigue, la transposition à notre époque actuelle oblige, l’atmosphère de la nouvelle originelle est présente. Ainsi, le doux parfum de l’horreur se fait progressivement sentir alors qu’une mystérieuse météorite s’écrase – sous une lueur hors du commun – dans le jardin de la propriété des Gardner, un événement annonciateur de grand malheur. Sauf que ce virage vers l’effroi va mettre un temps fou à s’opérer, la faute à une période d’exposition trop longue, certes nécessaire pour nous introduire à chaque membre de la famille et aux problématiques qui leur exploseront finalement au visage mais nous avons du mal à nous investir dans leur histoire, plombée par un rythme apathique et surtout des dialogues peu inspirés.

Sous l’apparent bonheur de cette tribu dysfonctionnelle se cache un mal-être, que ce soit la maladie de la mère ou l’envie de s’émanciper des enfants, des enjeux humains qui vont s’aggraver alors que nous basculons dans le surnaturel et l’épouvante, un procédé scénaristique voulant créer de l’empathie avec ces personnages sauf que la sauce ne prend pas et cela n’est pas uniquement dû à l’écriture mais également à la direction d’acteurs. Difficile de compatir et de se sentir impliqué dans cette spirale infernale quand on ne croit pas à ce que l’on voit à l’écran, niveau jeu.

Si Madeleine Arthur, Joely Richardson, Elliot Knight, Brendan Meyer et Tommy Chong tentent de s’impliquer un minimum et campent des figures quelque peu clichées, la palme revenant aux adolescents se voulant étranges et au hippie du coin, Nicolas Cage offre quant à lui une performance complètement hallucinée, particulièrement lorsque l’horreur est au rendez-vous. Gesticulant dans tous les sens et constamment en sur-jeu, l’acteur fait office d’ovni dans ce long-métrage et l’on ne sait pas si l’on a trouvé cette prestation grotesque ou non. Il faut le voir pour le croire.

La direction d’acteurs n’est clairement pas ce qui motive Richard Stanley, le réalisateur prenant avant tout plaisir à nous plonger dans un spectacle macabre en prenant soin de respecter la mythologie lovecraftienne. Tout ce qui approche de l’horreur et du fantastique fait son effet, témoignant de l’amour de notre homme pour ces genres et entre rituels, présence malfaisante ainsi que, cerise sur le gâteau, des créatures tentaculaires et visuellement affreuses à base de fusions corporelles, le dégoût est palpable de même que le malaise. De ce point de vue là, rien à redire, le mal qui ronge petit à petit la famille Gardner et l’environnement aux alentours offre un spectacle peu ragoûtant. De même, cette métaphore de la décadence de notre société et du rôle insignifiant de l’être humain face à l’immensité du cosmos rejoignent parfaitement les thématiques propres à Lovecraft.

Notons également la mise en scène de ce dernier, qui prend un malin plaisir à raconter à travers ses plans ce que l’on ne peut montrer à savoir ce danger inhérent à la météorite. Si l’on peut regretter que le budget ne suivent pas tout le temps, Stanley s’en sort avec les honneurs en privilégiant un certain esthétisme. En s’amusant avec le spectre des couleurs, le metteur en scène met un point d’orgue à insuffler une aura particulière à son long-métrage via sa photographie, un choix permettant de donner un certain cachet à l’ensemble, nous perdant entre réalité et cauchemar et aidant notamment à l’efficacité de certains effets-spéciaux (on pense à la transformation des fameux alpagas).

Si l’on ne peut nier l’énergie et l’enthousiasme de Richard Stanley face à ce projet, difficile de se laisser embarquer dans ce délire fantastico-horrifique qu’est Colour Out Of Space, la faute à un scénario en dents-de-scie et des acteurs en roue libre – mention particulière pour Nicolas Cage. S’il n’est pas exempt de défauts, reconnaissons tout de même que cet exercice de style halluciné fait office d’ovni parmi les propositions actuelles et en ce sens, cela est rafraîchissant.

©  Koch Films

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