[Critique] Le Bonheur Des Uns…, petites vacheries entre amis

Huit ans après Comme Un Chef, l’acteur/réalisateur Daniel Cohen est de retour devant et derrière la caméra avec Le Bonheur Des Uns…, une comédie réunissant au casting Bérénice Béjo, Vincent Cassel, Florence Foresti, François Damiens et nous faisant suivre deux couples d’amis dont les liens vont être mis à l’épreuve lorsque l’écriture d’un roman entre en jeu…

Avec Le Bonheur Des Uns…, Daniel Cohen signe une comédie maladroite sur l’amitié et la créativité artistique qui ne doit son salut qu’à son ton acerbe, donnant lieu à un bûcher des vanités faisant doucement sourire.

A l’origine une pièce de théâtre, intitulée L’Île Flottante, transformée en long-métrage avant même d’être montée, Le Bonheur Des Uns… se centre sur deux couples, Léa, Marc, Karine, Francis dont les relations vont progressivement se détériorer alors que l’art va s’immiscer entre eux. Le scénario écrit par Daniel Cohen pêche par son manque de subtilité quant à son traitement, se traduisant par une introduction poussive nous montrant à quel point les personnages que nous allons suivre seront caricaturaux. Ce qui ne loupe pas, particulièrement concernant les protagonistes incarnés par Vincent Cassel et Florence Foresti, dont la fermeture d’esprit et le narcissisme finissent par lasser.

Au cœur de l’intrigue du film et des crispations des uns et des autres, l’envie d’écrire de la discrète Léa, une passion se concrétisant avec la parution de son roman. Alors que le succès va petit à petit taper à sa porte, en mode conte de fée moderne – clichés à l’appui – la jalousie va s’inviter dans la vie de son entourage. Suivant un cahier des charges attendu, Le Bonheurs Des Uns… s’évertue donc à mettre en opposition l’ascension vers la gloire de notre écrivaine en devenir et la plongée vers le ressentiment de son compagnon et de ses amis. Lorsque le mâle alpha Marc voit son autorité naturelle remise en question et que sa meilleure amie Karine voit son aura diminuée, l’amour et l’amitié laissent ainsi la place à l’amertume mais surtout à une certaine forme de cruauté, entre compétition et chantage affectif.

Un bal des hypocrites se met ainsi en place et il faut le reconnaître, ces petites vacheries auxquelles nous assistons font le sel du film, le malaise provoqué par ce manque effectif de soutien et cette aigreur grandissante pimentant ce voyage en terrain balisé. Daniel Cohen aurait gagné à se lâcher totalement et à être plus acerbe, ce qui aurait rendu Le Bonheur Des Uns… plus divertissant et mordant. Si cette critique de l’égoïsme à ses bons comme ses mauvais moments, la question de l’épanouissement à travers l’art se voit quant à elle reléguée au second plan, se contentant d’être mis en scène via des vignettes humoristiques se moquant du personnage de François Damiens, servant avant tout de caution comique, un rôle qu’il parvient à rendre attachant.

D’ailleurs, ce dernier et Bérénice Béjo sont les deux points forts du long-métrage, leur capital sympathie aidant à nous investir un minimum dans cette histoire et offrant un bon contrepoids à Vincent Cassel et Florence Foresti, qui sont en mode mineur, n’apportant pas de nuances à leur protagoniste respectif, hautement antipathiques. Cette dissension pénalise l’alchimie du quatuor et empêche l’ensemble de réellement décoller, un effet renforcé par la mise en scène malheureusement lisse et consensuelle du réalisateur. Cette absence d’homogénéité, fait que la mayonnaise (ou plutôt en l’occurrence ici l’île flottante) ne prend pas, manquant quelque peu de saveur.

Avec Le Bonheur Des Uns…, Daniel Cohen nous montre les ravages de la jalousie dans l’enceinte du couple et de la sphère amicale, pour une comédie qui peine à trouver son rythme, ne sachant pas sur quel pied danser. Tantôt gentillet, tantôt acerbe, le film ne parvient pas à révéler son potentiel à cause de cette incertitude quant au ton à aborder. Au final, la demi-mesure instaurée pénalise les sujets abordés et en résulte ce bûcher des vanités un peu fade, qui aurait gagné à se montrer plus caustique pour attirer l’attention. A voir ne serait-ce qu’une fois, pour son casting, en particulier Bérénice Béjo et François Damiens.

© SND

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