[Critique] The King Of Staten Island, crise d’adulescence

Cinq ans après Crazy Amy, Judd Apatow revient au cinéma avec The King Of Staten Island, une comédie dramatique comprenant au casting Pete Davidson, Marisa Tomei, Bill Burr, Maude Apatow, Bel Powley ou encore Steve Buscemi et nous entraînant dans le quotidien de Scott, un adulescent ayant du mal à agir en adulte…

C’est un Judd Apatow inspiré que nous retrouvons avec The King Of Staten Island, le réalisateur nous livrant le film le plus mature de sa filmographie, une dramédie réussie qui doit beaucoup à l’aura de son casting et plus particulièrement de Pete Davidson.

Le long-métrage est le reflet de la vie du comédien, qui co-signe le scénario aux côtés d’Apatow et de Dave Sirus, s’inspirant d’éléments de sa propre expérience personnelle. Traitant de la difficulté de faire son deuil et d’avancer dans la vie, The King Of Staten Island privilégie l’amertume et la mélancolie à l’humour, qui est tout de même présent dans une forme plus subtile et moins vulgaire que dans la plupart des productions du réalisateur. Cette sobriété bienvenue est d’ailleurs l’occasion de ce concentrer en détails sur le portrait de Scott, personnage central de l’oeuvre, éternel adolescent vivant encore aux crochets de sa mère à 24 ans et dont les principales préoccupations sont de zoner avec ses amis et de se consacrer à sa passion du tatouage.

Un léthargie et un statu-quo qui se voient remis en question lorsque les femmes de sa vie passent à une nouvelle étape de leur existence alors que lui-même stagne. Cette immobilité laisse place à une immaturité servant de bouclier face au monde qui l’entoure, forçant notre loser à s’enfoncer dans le pathétique, une forme d’auto-destruction qui lui sert de bouclier mais qui l’éloigne progressivement de ceux qu’il aime. Les facéties de Scott et son hostilité face au changement sont ce qui font le charme de cette comédie dramatique, Pete Davidson parvenant à jongler avec les nuances et les contradictions de son pendant cinématographique, permettant ainsi de composer avec un personnage sensible avec ses failles et ses faiblesses.

S’il est très bien entouré avec des prestations solides de la part de Marisa Tomei, Bill Burr et de la présence toujours agréable de Steve Buscemi, l’acteur est sans conteste le point fort de The King Of Staten Island, réussissant à nous captiver à travers les errances de cet adulescent déstabilisé, dont les troubles émanant de la mort de son modèle de père nuisent à son ouverture aux autres. Si Judd Apatow continue de laisser sa caméra tourner un maximum l’instant présent, une habitude qui nuisait à 40 Ans : Mode D’Emploi et Crazy Amy, ici cette propension à laisser le temps défiler est bénéfique à l’atmosphère du long-métrage. Laissant la part belle à ses comédiens et mettant en lumière Staten Island, arrondissement de New-York rarement visible à l’écran, la mise en scène se veut classique, l’occasion de se laisser porter par le rythme inégal instauré, oscillant entre moments apathiques et fulgurances, un choix qui pourra en décontenancer certains mais qui se justifie. La réalisation est en effet à l’image de son personnage central, troublée et celle-ci renforce les états d’âmes de Scott, où coups de blues et légèreté se télescopent pour au final insuffler un parfum de mélancolie.

The King Of Staten Island est un grand cru de Judd Apatow, le réalisateur opérant un virage maîtrisé vers la maturité à travers cette thématique du deuil et du droit au bonheur. Porté par un Pete Davidson profondément humain et sensible, le long-métrage, qui pêche quelque peu par sa durée excessive (2h17), est une belle surprise. Réussir à faire face à ses démons et à s’ouvrir aux autres pour enfin s’épanouir et grandir, tel est le message dilué avec douceur et amertume à travers le portrait de ce grand dadet de Scott, pour un passage (tardif) à l’âge adulte juste et réussi.

© Universal Pictures

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