[Critique] Dark Waters, David contre Goliath

Plus de deux ans après Le Musée Des Merveilles, Todd Haynes est de retour à la réalisation avec Dark Waters, un drame comprenant au casting, Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Victor Garber et Bill Pullman, retraçant l’investigation de l’avocat Robert Bilott sur une possible affaire du pollution due à un puissant groupe chimique…

Avec Dark Waters, Todd Haynes nous plonge dans une investigation digne d’un thriller, nous glaçant le sang quant aux pratiques peu scrupuleuses de grandes succursales se pensant au-dessus des lois et sacrifiant la biodiversité sur l’autel du profit.
Basé sur des faits réels, s’inspirant de l’article « The Lawyer Who Became DuPont’s Worst Nightmare » écrit par Nathaniel Rich pour le New-York Times en 2016, le long-métrage s’évertue à nous montrer comment un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques va faire volte-face et se retourner contre ceux qu’il protège habituellement alors qu’il déterre ce qui pourrait ressembler à un scandale sanitaire de la plus haute importance.

S’il est classique dans sa forme, Dark Waters fait mouche au niveau du fond, le scénario de Matthew Carnahan et Mario Correa parvenant à nous impliquer dans le combat acharné de Robert Bilott, incarné par un Mark Ruffalo convaincant, ce dernier, comme nous ouvrant les yeux sur les risques que sont prêts à faire encourir des entreprises sur la santé publique, au mépris des réglementations et des lois.
Venant dans une bourgade de Virginie-Occidentale pour rencontrer un fermier faisant appel à ses services, ce dernier va constater que l’exploitation de son plaignant est en proie à une forme de pollution ravageant ses bêtes, sauf que ce cas n’est que l’arbre qui cache la forêt…

L’effarement est au rendez-vous de la première partie du film, où nous découvrons au fur et à mesure de l’enquête rondement menée de Bilott que DuPont de Nemours, l’entreprise suspectée de déverser ses rejets toxiques a sciemment mis en danger la vie de la population ainsi que celles de ses employés depuis des décennies, preuves accablantes et répugnantes à l’appui, renforçant le dégoût du spectateur face à de tels agissement et à une telle impunité. Surtout, les révélations sur le Teflon, polymère présent dans bon nombre d’ustensiles de cuisine et de revêtements, qui est au cœur des enjeux, font réellement réfléchir sur notre mise en danger au quotidien par les industriels.

De cette mise en lumière d’un scandale sanitaire à grande échelle, Dark Waters se concentre par la suite sur cette lutte déloyale, ce David contre Goliath moderne, entre les deux partis et pointe du doigt les nombreuses difficultés liés à ce genre d’affaire, en matière de justice. Ce dossier DuPont est chronophage et la deuxième partie du long-métrage pointe avec amertume les ravages de ce temps qui passe, entre la vie des victimes mise en attente et celle de Robert Bilott mise entre parenthèses, tous n’attendant que la sortie de ce long tunnel et le verdict de ce procès hors-normes. Tous payent à des échelles différentes le prix de cette bataille, qui aura tant coûté aux victimes au contraire de la société coupable de ces agissements, qui se relèvera de ces accusations malgré les pertes colossales engendrées.

Concernant le casting, aux côtés de Mark Ruffalo, qui porte avec brio le film sur ses épaules, notons la présence remarquée parmi les secondes rôles d’Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Camp, Victor Garber et Bill Pullman, qui apportent tous une plus-value non négligeable.

Quant à la réalisation, si Todd Haynes privilégie l’authenticité pour être au plus près de la réalité, ce qui est un choix compréhensible, sa mise en scène est plus effacée qu’à l’accoutumée, ce qui est quelque peu dommageable même si cela laisse plus de place à sa direction d’acteur, qui est maîtrisé. Soulignons la photographie terne d’Edward Lachman, qui ajoute un certain cachet à cet aspect documentaire, ce teint grisâtre symbolisant bien l’ambivalence de l’intrigue et les eaux troubles dans lesquelles elle nous entraîne.

Avec Dark Waters, Todd Haynes livre un drame politiquement engagé qui ne laissera personne indifférent, critiquant avec justesse le capitalisme et ses méfaits sur l’environnement et la santé publique. Ce film d’investigation est captivant mais surtout glaçant, provoquant la colère, d’autant plus lorsque l’on sait que cette histoire est malheureusement réelle. Un pamphlet nécessaire sur les dérives de notre société consumériste où le profit règne en maître.

DarkWaters

© Participant & Killer Films

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