[Critique] #JeSuisLà, se reconnecter à soi-même

Cinq ans après La Famille Bélier, Eric Lartigau fait son retour derrière la caméra avec #JeSuisLà, long-métrage comprenant au casting Alain Chabat, marquant ainsi les retrouvailles entre le réalisateur et l’acteur quatorze ans après Prête-Moi Ta Main mais également Doona Bae, Ilian Bergala, Blanche Gardin, Jules Sagot, Camille Rutherford, Delphine Gleize et nous entraînant dans le quotidien de Stéphane, un restaurateur Basque qui, du jour au lendemain, décide de partir en Corée du Sud à la rencontre d’une femme connue sur les réseaux sociaux…

Avec #JeSuisLà, Eric Lartigau propose une réflexion sur la solitude et notre rapport aux nouvelles technologies, pour une comédie douce-amère qui se veut mélancolique mais, faute d’une intrigue solide, plonge le spectateur dans l’expectative.

Le scénario du film, co-écrit par ce dernier et Thomas Bidegain, part sur de bonnes pistes en s’intéressant à la crise existentielle de son personnage principal, Stéphane, un restaurateur issu du Pays Basque, qui se remet en question après avoir été trop longtemps le spectateur de sa vie plutôt que d’en être l’acteur. Présenté comme quelqu’un d’assez absent, en décalage avec le monde qu’il entoure et plus particulièrement ses enfants dont il n’a jamais été réellement proche, notre homme va reprendre goût à la vie au contact de ses échanges 2.0 avec Soo, qui vit à des milliers de kilomètres, en Corée du Sud.

Une phase d’introduction efficace, parvenant à retranscrire les états-d’âmes de Stéphane et comprendre ses soudaines envies d’ailleurs, sauf que quand ce dernier plaque tout sur un coup de tête pour partir à Séoul, ce dernier se retrouve perdu, de même que l’intrigue qui se met alors à patiner.

La majeure partie de #JeSuisLà cloue notre personnage principal au sol une fois atterri en Corée, le bloquant à l’intérieur de l’aéroport et à partir de ce moment, le scénario repose avant tout sur la mélancolie et l’interprétation d’Alain Chabat, clairement l’atout majeur du long-métrage, l’acteur réussissant à nous embarquer un minimum dans cette déambulation des plus apathiques au sein des couloirs de cet immense bâtiment. Lorgnant du côté de Lost In Translation et Le Terminal, l’intrigue s’affaire donc à appuyer sur le décalage engendré par la situation cocasse de notre expatrié, enfermé dans cet immense terrain de jeu, seul dans un lieu où fluctuent des milliers de personnes.

Si au départ ce contraste saisissant fait son effet, les errances de Stéphane et ses multiples rencontres étant sympathiques à suivre, mettant en avant les rapports humains, en tirant en longueur cette période de transit forcé, notamment avec l’ajout d’une « success-story » qui n’apporte aucune plus-value, Eric Lartigau et Thomas Bidegain affaiblissent la force de leur récit et la mélancolie laisse place à l’ennui.

Cet interminable épisode de l’aéroport est d’autant plus dommageable lorsque l’on se rend compte que le long-métrage se montre à la hauteur de son propos dans son dernier acte, quand notre personnage principal s’aventure dans Séoul et se confronte à ses choix, une introspection qui permet de le faire évoluer et voir la vie sous un autre œil, pour une conclusion touchante sur les relations, quelles soient réelles ou non, permettant de fournir une analyse pertinente sur l’utilisation des réseaux sociaux et sur les rapports à la réalité, personnifiée par l’intrigue autour de Stéphane et Soo, pointant du doigt les pièges de cette technologies 2.0.

Au niveau des acteurs, outre l’omniprésence Alain Chabat, ce que l’on retient surtout est l’apparition en filigrane de Doona Bae, figure fantasmagorique qui ajoute une aura particulière au long-métrage, même si on aurait aimé voir l’actrice plus souvent à l’écran, de même que les partitions d’Ilian Bergala et Jules Sagot, qui prennent tout leur intérêt lors de leur interactions avec Chabat durant le dernier acte.

La réalisation d’Eric Lartigau est quant à elle inspirée par son sujet et ce dernier se montre contemplatif dans sa mise en scène, perdant Alain Chabat dans de vastes décors, que ce soit les paysages du Pays-Basque ou les couloirs de l’aéroport de Séoul appuyant ainsi sur la solitude de son personnage. Au contraire, pour souligner sur l’ingérence des réseaux sociaux dans notre quotidien et dans celui de son héros, le réalisateur joue avec les effets visuels propre à leur fonctionnement, les notifications apparaissant via des fenêtres pop-up, occupant l’espace. Ainsi l’opposition entre isolation et effervescence est bien amenée à l’écran, ajoutant une atmosphère singulière au long-métrage.

Avec #JeSuisLà, Eric Lartigau s’interroge sur les relations humaines à une époque où la technologie prend le dessus sur les rapports entre les uns et les autres, proposant un long-métrage sensible sur la reconnexion avec soi-même, porté par un Alain Chabat attendrissant. Hélas, en se perdant en cours de route, le scénario empêche l’oeuvre de réellement décoller, l’ennui prenant souvent le pas sur la mélancolie, d’où une quête identitaire sympathique à suivre à défaut d’être marquante.

#JeSuisLà

© Gaumont Distribution

 

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