[Critique] Doctor Sleep, les fantômes du passé

Dix ans après sa publication, Doctor Sleep, la suite officielle de Shining écrite par Stephen King se voit adapter au cinéma. La réalisateur Mike Flanagan (The MirrorThe Haunting Of Hill House) prend ainsi les rênes de cet univers fantasmagorique, trente-neuf ans après le film de Stanley Kubrick et, entouré d’Ewan McGregor, Rebecca Ferguson ou encore Kyliegh Curran, nous dévoile ce qu’il advient de Danny Torrance après les événements tragiques survenus dans sa jeunesse au sein de l’hôtel Overlook…

C’est sur un terrain très glissant que s’est engagé Mike Flanagan avec Doctor Sleep, qui doit puiser dans l’oeuvre de Stephen King et de Stanley Kubrick pour réussir cette suite de Shining.
Comme vous le savez sûrement, la version littéraire et cinématographique de ce prédécesseur diffèrent sur plusieurs points et pour mieux saisir les enjeux de Doctor Sleep, le réalisateur a tenu à concilier les amateurs des deux versions pour concevoir ce nouvel opus.

Alors que la crainte dominait quant à la découverte de ce projet, au final force est de constater que Mike Flanagan a réussi son pari, nous concoctant un long-métrage lugubre où se côtoient les fantômes du passé.
Véritable film d’atmosphère, prenant le temps de poser son intrigue pour mieux distiller son aspect fantastique, Doctor Sleep est avant tout un lent parcours vers la rédemption et l’acceptation de soi, symbolisé par le destin de Danny Torrance.

Parvenant à faire un compromis entre la vision de King et de Kubrick, Flanagan se réapproprie la mythologie propre au don de medium que possède le garçon désormais devenu adulte et nous la révèle sous un nouveau jour en alliant la psychologie au surnaturel, pour un résultat qui aurait pu facilement basculer dans le ridicule mais qui ne l’est pas, grâce à la patte du scénariste/réalisateur. Ainsi, le shining se mystifie, sa puissance se dévoile et ses propriétés extraordinaires influent sur la vie et la mort. Cet aspect paranormal, dilué progressivement pour mieux nous immerger et nous convaincre d’y croire, renforce l’aura du film, en particulier lorsque le jeu du chat et de la souris commence avec le Noeud Vrai, groupe sectaire se nourrissant de la ‘vapeur’ des possesseurs de ce pouvoir de medium pour vivre éternellement.

Mais avant de basculer dans le fantastique et l’horreur, le scénario de Doctor Sleep privilégie dans sa première heure l’intime, préférant se concentrer sur le sort de Danny depuis la tragédie de l’Overlook, le tout à un rythme apathique, ce qui pourra en décontenancer plus d’un mais cette introspection ajoute de l’épaisseur au film et établi le lien avec le premier volet, n’oubliant pas de remettre sur le devant de la scène l’alcoolisme prédominant dans la famille Torrance, comme souligné dans le film de Kubrick et appuyé dans le livre de King. Ce long chemin vers la lumière permet ainsi au personnage de se relever, de faire la paix avec les fantômes de son enfance et d’utiliser son don à des fins altruistes. Un parcours que l’on suit avec attention grâce à l’excellente prestation d’Ewan McGregor, tout en nuances, qui parvient à provoquer l’empathie du spectateur pour son protagoniste et son combat intérieur.

Si l’introspection règne en maître, Mike Flanagan n’en oublie pas l’horreur ni le fantastique et ces deux éléments s’invitent de manière constante avec l’intégration de la jeune Abra (campée par Kyliegh Curran, qui tient la dragée haute face à ses partenaires et impressionne) au sein de l’intrigue, associant ainsi les trajectoires de Danny et du Noeud Vrai. La mort rôde est le réalisateur sait instaurer ce climat malsain, renforcé par les agissements de ce clan amateur de shining et par le jeu de Rebecca Ferguson, qui s’amuse malicieusement dans la peau de Rose, la meneuse de cette tribu ‘vampirique’. Venir à bout de ces ennemis va devenir le mot d’ordre du long-métrage et de cette confrontation le rythme va graduellement s’intensifier, avec son lot de rebondissements et surtout un acte final qui va rendre hommage à Stanley Kubrick avec un retour dans un lieu culte de cet univers, qui se démarque totalement du roman éponyme pour le coup, le tout sans virer dans le fan service pur et dur, pour un résultat satisfaisant.

Inspiré par le scénario qu’il a écrit, Mike Flanagan soigne sa mise en scène et appose son empreinte sur l’oeuvre de ses deux modèles, tout en s’imprégnant de l’austérité et du classicisme de Kubrick pour un rendu s’approchant de celui du maître, notamment dans sa reconstitution de l’hôtel Overlook et en puisant dans l’aspect folklorique de King, entre clins d’œil à ses oeuvres et mise en avant du fantastique. D’ailleurs si sa caméra est au plus près de ses personnages, celle-ci prend son envol lorsque le shining entre en jeu et Flanagan profite de cet élément surnaturel pour bousculer son environnement et ses décors, avec bon nombre d’idées visuelles à la clé (les projections astrales de Rose par exemple) en résultant une réalisation fort appréciable, aidant à la mise en place de cette atmosphère surnaturelle.

Alors que la prudence était de mise face à la découverte de cette suite de Shining, Doctor Sleep se révèle être une belle surprise et ne dénature ni l’oeuvre de Stanley Kubrick ni celle de Stephen King. De ce projet risqué, Mike Flanagan en ressort gagnant, imposant sa patte sur cette histoire mystique où se mêlent les morts et les vivants que ce soit au niveau de l’écriture que de la mise en scène. Porté par un casting solide, Doctor Sleep nous plonge dans un ténébreux conte macabre à l’atmosphère pesante, d’où le long-métrage tire son charme. 

 

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