[Critique] Les Éblouis, sortir de l’endoctrinement

L’actrice Sarah Suco (Discount, Les Invisibles, Place Publique) passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage, Les Éblouis, qui réunit au casting Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca, Céleste Brunnquell ou encore Spencer Bogaert, pour nous raconter le basculement d’une famille dans une société charismatique…

Pour son premier film, Sarah Suco signe une oeuvre touchante sur la question des dérives sectaires et de ses conséquences sur ses membres et leurs proches.
S’inspirant de son propre vécu, la réalisatrice centre le scénario du long-métrage, qu’elle a co-écrit avec Nicolas Silhol, sur la cellule familiale et la progressive fracture entre enfants et parents au fur et à mesure que ces derniers se radicalisent dans leur foi.

Nous suivons ainsi les Lourmel, qui vont faire la connaissance d’une communauté religieuse et vont progressivement s’y intégrer au point de les rejoindre et vivre en autarcie avec les fidèles. De cette nouvelle vie vont surgir des changements dans le quotidien du clan, les trois enfants devant modifier certaines habitudes et tous se retrouvant de manière insidieuse coupés du monde extérieur.  Le point positif de cette intrigue est qu’il exclut tout manichéisme, se voulant subtil dans son approche de l’embrigadement, le tout se faisant d’un point de vue immersif,  à travers le regard de la jeunesse, symbole de l’innocence. Le spectateur se rend compte, en même que Camille, l’aînée de la fratrie, que l’environnement dans lequel elle et ses proches s’immiscent n’est pas si bienveillant. 

Ce choix d’aborder ce sujet sous cet angle est ce qui fait la force du film puisque les enfants pâtissent de l’aveuglement croissant des parents. Si eux trouvent une raison de s’épanouir dans leur foi, ce qui est surtout le cas de la mère, Christine, qui s’accomplit au sein de la communauté, leur progéniture doit malheureusement faire des concessions. Entre la coupure s’accentuant avec le monde extérieur et la dérive de certains agissements et rituels, nous sommes mis face à leur situation, sans filtres mais toujours avec pudeur, même quand des actes impensables sont commis. Tout passe par le prisme de Camille, renforçant ainsi notre affect pour les personnages en rapport aux épreuves subies.

Tout n’est pas noir ou blanc, la vie en communauté ayant tout de même des bons côtés comme on le voit à l’écran, ou la solidarité est présente et la bonne humeur palpable, avec petits et grands jouant ensemble. Sarah Suco et son co-scénariste ne sont pas dans la dénonciation pure et simple, ce qui rend Les Éblouis plus nuancé qu’il n’y paraît.

De la sidération inhérente à cet endoctrinement, où l’on voit la force de conviction de certains pour manipuler des gens en mal-êtres pour les avoir sous leur coupe, conférence une atmosphère malsaine au métrage, une nuance de douceur est apporté via l’envie d’émancipation de Camille. Jeune-fille devenant adolescente, celle-ci doit composer entre les préoccupations de sa génération, où les premier émois font leur apparition, et mes problèmes propres à sa vie privée. Devenant par la force des choses la figure maternelle de la fratrie, nous assistons à un passage à l’âge adulte qui se démarque de part cet ancrage au sein de la société charismatique.

Ce qui ressort avant tout de ces deux intrigues est Céleste Brunnquell, l’actrice étant la révélation du film, dans la peau de cette enfant se voyant dans l’obligation de devenir une seconde mère pour ses frères, de devenir une femme et de s’envoler de ses propres ailes pour se protéger elle et ses cadets, le tout avec sensibilité. Dans sa globalité, la distribution est le second point fort de l’oeuvre, entre la fragilité de Camille Cottin dans la peau de cette mère dépressive trouvant refuge dans la foi ou encore le calme et la bénignité propre à Jean-Pierre Darroussin, qui est ici utilisée à bon escient, pour mieux nous déranger dans la soutane du Berger.

La mise en scène de Sarah Suco parvient à instaurer ce climat doux et amer, la réalisatrice mettant sa caméra au service de l’intrigue, restant ainsi en retrait pour permettre aux comédiens de pleinement s’exprimer, témoignant d’une bonne direction d’acteurs. Un choix qui permet d’accentuer l’impact émotionnel.

Pour son premier long-métrage, Sarah Suco traite d’un sujet difficile et ne laisse pas indifférent avec cette histoire d’embrigadement sectaire et ses conséquences sur la cellule familiale, qui fait son effet grâce à son scénario non-manichéen et à son casting, Céleste Brunnquell en tête qui est bluffante pour ses débuts à l’écran. 

LesEblouis

© Pyramide Distribution

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