[Critique] Midsommar, tortueux chemin de croix

Un an après s’être fait remarquer avec Hérédité, Ari Aster est de retour derrière la caméra avec Midsommar, un conte horrifique qui comprend notamment au casting Florence Pugh, Jack Reynor, Will Poulter, William Jackson Harper, Vilhelm Blomgren et nous fait suivre un groupe d’amis en pèlerinage en Suède, pour assister à un festival estival unique dans un village isolé…

Pour son second long-métrage, Ari Aster nous transporte dans une virée mystique et traumatisante qui ne laisse pas indifférent.

Après le visionnage de Midsommar, on peut sans nul doute confirmer que le réalisateur est un talent à suivre, ce dernier laissant une empreinte marquante dans le genre horrifique. Sa patte est déjà reconnaissable, que ce soit au niveau esthétique ou scénaristique, avec une autre étude des thèmes développés dans Hérédité à savoir les traumatismes liés au cercle familial ainsi que le dogme des cultes païens.

Évitant la redite avec sa première oeuvre, Aster nous entraîne dans la nature luxuriante de la Suède, profitant de ce cadre paisible et lumineux pour mieux nous bousculer et nous déranger. Le scénario, qu’il a écrit seul, joue sur les contradictions et prend le contre-pied de nos attentes. Ainsi derrière le cadre idyllique présenté se cachent de sombres pratiques et l’harmonie régnant au sein de la communauté Hårga, au centre de Midsommar, est mise en opposition aux conflits inhérents au groupe d’amis au cœur de l’intrigue. La noirceur règne en filigrane durant la totalité du long-métrage et le malaise s’installe doucement mais sûrement pour les personnages comme pour le public.

À travers le prisme du folklore, un chemin de croix attend les principaux protagonistes, dont le voyage initiatique se transforme pour la plupart en trip cauchemardesque. Proposant avec parcimonie les séquences chocs, un processus qui permet au réalisateur de marquer plus profondément les esprits lorsque l’effroyable se produit, Midsommar est avant tout une étude des relations humaines et plus particulièrement du couple et de l’esprit communautaire. L’horreur n’est donc pas le genre qui prime au final mais plutôt le drame, qui est mis en avant via le parcours de Dani.

Incarnée par Florence Pugh, qui se démarque de ses partenaires en offrant une large palettes d’émotions et parvenant à attirer notre sympathie dès l’introduction du film, la jeune-femme est en proie au deuil et à une relation en dents de scie avec son petit-ami Christian, complètement indifférent à son égard et à ses états d’âmes, ce qu’arrive à retranscrire à l’écran, avec aisance, Jack Reynor dont la froideur sert au final le propos du métrage. D’ailleurs son individualisme, ainsi que celui de ses camarades, contraste avec l’esprit de groupe et d’appartenance inhérents aux Hårga.
Au plus bas et malgré les rituels et traditions morbides et scabreuses qui se pratiquent autour d’elle, cette expérience intense lors de ce Hälsingland est surtout l’occasion pour Dani de sortir la tête de l’eau. Cette catharsis renforce ce sentiment de malaise insufflé par Midsommar puisque c’est dans cet environnement glaçant que cette dernière trouve un refuge et nouveau point de départ.

Les exactions se déroulant durant ce solstice d’été, dérangent et permettent de se questionner sur les dogmes d’une communauté comme ici le fait de commettre des actes immoraux au nom d’un culte, pour perpétuer les us et coutumes qui les régissent et agir pour le bien de tous. Une réflexion rondement menée sur le ‘folklor horror’, qui amène à faire froid dans le dos.
Toute la force de Midsommar réside d’ailleurs dans cette envie de malmener à la fois les personnages et le spectateur, un choix artistique clairement casse-gueule puisque selon la sensibilité de chacun, le long-métrage sera soit une catastrophe soit une excellente surprise. Clairement, à la sortie de la séance, c’est notre interrogation sur l’objet filmique que nous venons de regarder qui prévaut sur une réelle appréciation de l’oeuvre. Ce point précis est très intéressant car nous avons affaire à une vraie proposition de cinéma et que l’on ai aimé ou non il faut souligner les partis-pris artistiques.

La réalisation d’Ari Aster est en ce sens maîtrisée, chaque plan étant parfaitement millimétré avec un soin particulier donné aux détails et les séquences chocs aillant un rendu saisissant, que ce soit graphique ou non. Aidé par la direction de la photographie menée par Pawel Pogorzelski, cette plongée au cœur de la nature suédoise est de toute beauté et cette image solaire et douce sert d’excellent contre-point à la perversité présente à l’écran.

Si Midsommar n’est en soit pas le choc tant annoncé, ce second long-métrage est un bad trip scénaristique et scénique, dans le bon sens du terme. Ce voyage scandinave est une descente en chute libre à la fois pour les personnages et le public et l’on ne peut rester de marbre devant le spectacle proposé. Ari Aster confirme l’essai et après Hérédité prouve que sa vision unique insuffle un vent frais dans le genre horrifique.

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