[Critique] Bohemian Rhapsody, Killer Queen

Groupe de rock britannique ayant marqué l’histoire de la musique et dont les mélodies résonnent encore de nos jours, Queen a le droit à son biopic, intitulé Bohemian Rhapsody réalisé par Bryan Singer avec au casting Rami Malek, Lucie Boynton, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander, Allen Leech ou encore Mike Myers. Nous voilà donc propulsés en 1970, date à laquelle Freddie Mercury s’est associé à Bryan May et Roger Taylor soit le début d’une grande aventure musicale.

Avec Bohemian Rhapsody, Bryan Singer s’attelle à condenser ce qui a fait de Queen sa légende en un long-métrage de deux heures.

Nous voici donc embarqué dans un passage en revue des grandes étapes du groupe sur plusieurs décennies, de sa formation en 1970 au fameux concert du Live-Aid en 1985 avec comme fil conducteur Freddie Mercury que l’on suit de la première à la dernière image du long-métrage.

Entendre les titres de Queen à l’écran, que ce soit de manière diégétique et extradiégétique est un plaisir pour les amateurs du groupe de même que la découverte, en substance, de la genèse de certaines de leurs chansons cultes dont Bohemian Rhapsody, We Will Rock You ou encore Another One Bites The Dust.

Se centrer sur la trajectoire de Freddie Mercury en parallèle de celle de la formation musicale est un point essentiel tant ce dernier en est son âme et son coeur. Personnage emblématique à la vie sulfureuse, nos craintes de voir le film balayer d’un revers de la main son homosexualité et ses frasques ont été en partie infondées.
Nous assistons à l’émancipation de Farrokh Bulsara, qui devient progressivement Freddie Mercury, s’épanouissant alors que Queen entre dans la cour des grands en devenant un groupe à la renommée grandissante. Niveau sentimental, le long-métrage se centre avant tout sur sa relation particulière avec Mary Austin, qu’il considérait comme la femme de sa vie et dont il est toujours resté proche. Son attirance pour le sexe opposé n’est pas gommé malgré tout mais on peut regretter qu’elle soit mise en retrait, de même que l’exubérance de l’artiste avec des soirées hors-normes qui a le droit à deux séquences bien trop sages.

Par contre, en privilégiant la psychologie de Freddie dans la deuxième partie de Bohemian Rhapsody, le film gagne en profondeur mais au profit de choix scénaristiques douteux. En effet, si sa peur de la solitude est bien représentée, donnant lieu à de belles séquences, renforçant l’empathie du spectateur, sa descente aux enfers dérange quant au fait que ce parti-pris est en contradiction avec la réalité.

C’est lors de la rupture entre le chanteur et les autres membres de son groupe que l’on sent que Bryan May et Roger Taylor ont participé à la production. Freddie Mercury y est donc représenté comme celui qui brise Queen en préférant s’isoler pour composer ses propres albums solo, laissant ses camarades sur le carreau. Un effet dramatique conçu pour nous lancer dans la dernière partie de l’intrigue où le leader se retrouve seul, abandonné, devant finalement faire son mea culpa et accepter les conséquences de sa vie dissolue, à savoir le virus du sida, pour se réunir avec ses amis et faire renaître Queen de ses cendres lors du fameux concert du Live-Aid.  Cet aspect précis du scénario, écrit par Anthony McCarten, a dérangé l’amateur du groupe que je suis.

La réalité a été modifiée et le film étant un biopic beaucoup penseront que ces événements se sont produits et que Freddie Mercury a lâchement abandonné ses partenaires sauf que cela est faux. Tout d’abord Bryan May ainsi que Roger Taylor ont également fait des carrières solos mais en plus Queen ne s’est jamais vraiment séparé puisqu’en 1985, les musiciens venaient de terminer une tournée après avoir sorti l’album The Works l’année précédente. De même qu’au niveau anachronisme, Mercury n’apprend pas être atteint du sida quelques temps avant Live-Aid mais deux ans plus tard. Ces contre-vérités sont malvenues mais ne gâchent pas totalement le spectacle grâce au jeu d’un acteur en particulier.

Le casting de Bohemian Rhapsody surprend, en particulier le quatuor principal, par sa ressemblance aux membres de Queen. Glilym Lee et Ben Hardy sont d’excellents sosies de Bryan May et Roger Taylor mais celui qui est réellement sous le feu des projecteurs est Rami Malek, qui nous bluffe dans sa prestation de Freddie Mercury. Outre l’apparence, l’acteur a su capter les manières du chanteur et se dandine comme ce dernier sur scène mais il ne se contente pas d’un simple travail d’imitation puisqu’il se permet, en plus d’un jeu misant sur l’exubérance, de montrer une part de fragilité à son personnage et lui ajoute de la profondeur, en particulier dans la deuxième partie du film. Rami Malek est l’attraction principale de ce biopic et fait le show, éclipsant ses partenaires. Lucy Boynton arrive tout de même à se démarquer en insufflant une dose de sensibilité de par la puissance émotionnelle de la relation Freddie/Mary, essentielle dans la vie de l’homme.

La réalisation de Bryan Singer, aidé de Dexter Fletcher, malheureusement non crédité, ne rend pas hommage à Queen et à la folie ambiante des époques traversées et se contente d’être consensuelle alors que l’énergie de Mercury aurait pu être renforcée par une mise en scène bien plus nerveuse et inspirée. Notons tout de même quelques séquences visuellement bien pensées ainsi qu’un dernier acte précis dans sa reconstitution du Live-Aid et de la prestation du groupe, vous pourrez le constater en regardant la captation du concert original, facilement trouvable en ligne pour les plus curieux.

Bohemian Rhapsody nous offre deux heures de spectacle avec l’un des plus grands groupes de rock britannique et si l’on sort de cette représentation avec le sourire, grâce aux morceaux cultes de Queen et à la prestation très remarquée de Rami Malek, force est de constater que le biopic est bien trop lisse et aurait mérité plus de folie pour mieux marquer les esprits. Saluons tout de même cet hommage à Freddie Mercury, personnage fantasque et complexe qui aura marqué l’histoire de la musique avec ses comparses. 

 

 

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