[Critique] Sparring, mise en lumière d’un boxeur de l’ombre

Après un premier court-métrage, Mortels, réalisé en 2000, l’acteur Samuel Jouy passe au long avec Sparring. Pour ce passage derrière la caméra, il s’est notamment entouré de Mathieu Kassovitz, d’Olivia Merilahti et de Souleymane M’Baye, ancien boxeur professionnel, ce qui est un choix logique car le film nous parle de ce sport et de l’envers du décor puisque nous suivons le personnage de Steve Landry, un boxeur de plus de 40 ans qui, avant de raccrocher les gants, va devenir le sparring-partner d’un grand champion, Tarek M’Barek.

Samuel Jouy signe un film touchant, qui s’éloigne de ce que l’on voit d’habitude dans le genre, qui doit beaucoup à son casting.

Sparring est un hommage aux outsiders, aux passionnés, ceux qui continuent de se relever malgré les défaites. Nous ne nous concentrons pas sur l’ascension d’un (futur) champion et c’est ce qui donne toute sa force au long-métrage. Steve Landry est un battant, qui a perdu beaucoup de combats (33 défaites pour 13 victoires) mais qui ne lâche rien. La boxe est sa passion mais il se contente de petits matchs de gala. Ce qui est le plus important pour lui est sa vie de famille. Il ne vit pas dans le grand luxe, essaye de joindre les deux bouts avec sa femme pour permettre à cette dernière ainsi qu’à ses enfants d’avoir un quotidien convenable. L’aspect familial est le coeur du film grâce à la relation père/fille qui sert de moteur à l’intrigue. Si Steve devient sparring-partner, c’est pour permettre à son aînée, Aurore de pouvoir vivre également sa passion.

Un film sur la boxe qui ne montre pas de grand match, c’est le parti-pris du long-métrage et cela ajoute un certain charme. Certes on nous en annonce un, celui de Tarek M’Barek, mais ce qui importe c’est de voir les coulisses d’un tel événement, comment ce dernier se prépare physiquement et mentalement. C’est là qu’entre en jeu la notion de sparring avec Steve qui entre dans cet univers. En clair avec d’autres, il va aider à l’entrainement du champion pour l’aider à s’améliorer. On peut grossièrement dire qu’ils servent de punching-ball. C’est un fait rare de voir cet aspect du monde de la boxe et c’est donc très bien vu de se concentrer sur ce point. Notre empathie pour le personnage de Mathieu Kassovitz ne cessera de grandir car vu son âge et son niveau, il va prendre cher et quand on sait qu’il fait cela par amour pour sa famille, on ne peut le trouver que touchant. Son humilité face à une situation qui peut se révéler déshonorante rend l’homme grandement attachant.

Autre point fort du scénario, le contraste entre Steve et Tarek, qui sont deux facettes totalement opposées du même sport. Pour ce dernier, fort est de constater que même s’il est un boxeur très populaire, la solitude régit son existence. Il s’entraîne s’en relâche, étudie ses concurrents, il a peu de temps pour construire sa vie privée, ce qui est tout le contraire de Steve qui a su ériger un cocon familial. Même au niveau des caractères nous avons une personnalité qui paraît imbu de lui-même alors qu’en face il y a un homme on ne peut plus simple, modeste, assez effacé. Leur rencontre va permettre aux deux hommes de se juger et de cultiver leurs différences, Steve passant de simple accessoire d’entraînement à un conseiller pour M’Barek. Ensemble ils vont se stimuler. Est ce que cela portera ses fruits pour le match décisif de ce dernier ? Et cela permettra t-il à Steve de terminer sa carrière sur une victoire ? Samuel Jouy nous laisse être notre propre juge pour l’une de ces deux réponses car le plus important n’est pas la finalité mais le parcours pour en arriver là.

Au niveau du jeu d’acteur, Mathieu Kassovitz porte Sparring à bout de bras, donne de sa personne en prenant réellement les coups. Il livre une partition tout en sobriété et sincérité en interprétant ce père aimant prêt à se sacrifier physiquement pour sa fille, pour sa famille. D’ailleurs celle-ci, jouée par Billie Blain forme avec lui un duo attendrissant. Pour leur première incursion sur le grand écran, Olivia Merilahti (chanteuse de The Dø et compositrice de la bande originale) et Souleymane M’Baye (ancien boxeur) ne s’en sortent pas si mal face à un Kassovitz inspiré.

La réalisation de Samuel Jouy est intimiste et renforce l’aspect d’introspection qui entoure le film. De temps à autre il bouleverse le schéma établi avec cette violence issue des combats de boxe, cela contrastant avec la douceur du reste du métrage.

Samuel Jouy remporte son premier combat sur le ring du septième art avec Sparring qui est un film profondément humain où la boxe est dévoilée sous un nouveau jour, où l’homme prime sur la compétition. Un hommage aux ouvriers de l’ombre, qui sont légions dans la profession alors qu’ils sont essentiels. Une belle mise en lumière à ces outsiders. Et un rôle en or pour Mathieu Kassovitz qui donne de lui-même pour mieux nous surprendre dans la peau de ce boxeur au grand coeur.

sparring

 

 

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