[Critique] Marvin Ou La Belle Éducation, histoire d’une renaissance

Un peu plus d’un an après Les Innocentes, Anne Fontaine est de retour avec un nouveau long-métrage, Marvin Ou La Belle Éducation, qui s’inspire du roman d’Edouard Louis En Finir Avec Eddy Bellegueule mais qui précisons-le n’en est pas une adaptation. La réalisatrice s’est entourée de ses comédiens fétiches comme Charles Berling et Isabelle Huppert mais également de Grégory Gadebois, Catherine Salée, Vincent Macaigne, Catherine Mouchet et enfin Finnegan Oldfield et Jules Porier, qui se partagent le rôle-titre, celui de Marvin Bijou.

La vie de ce jeune-homme est le centre du long-métrage et nous suivons son parcours de sa jeunesse dans les Vosges à sa carrière de comédien à Paris, pour mieux comprendre les épreuves qu’il a dû endurer à cause de ses préférences sexuelles.

Avec Marvin Ou La Belle Éducation, Anne Fontaine signe un film touchant, parfois dur, qui doit avant tout son efficacité à ses acteurs, Finnegan Oldfield et Jules Porier en tête, excellents dans leur prestation du personnage central, ce jeune Marvin Bijou, dont la jeunesse n’a été qu’une succession d’épreuves, d’humiliation et qui partira pour se construire une nouvelle vie et renaître.

Le scénario du long-métrage se distingue très rapidement de son matériel d’origine, le roman d’Edouard Louis, qui se concentrait sur la jeunesse et l’adolescence d’Eddy Bellegueule (son réel patronyme). Ici Anne Fontaine décide de nous raconter deux histoires parallèles, la jeunesse de Marvin dans les Vosges et sa nouvelle vie à l’âge adulte à Paris. Comme il le dit lui-même durant le film, c’est l’histoire d’un mauvais départ. Venant d’une famille modeste et étant victimisé à l’école car catalogué homosexuel par ses camarades, il se servira de ces douloureuses épreuves comme d’une force à l’âge adulte, pour s’élever et exorciser ses démons. Nous assistons à une renaissance, Marvin Bijou laissant place à un jeune artiste à qui la vie ouvre les bras. L’art, à travers le spectre du théâtre justement, va être pour lui un exutoire, l’amenant à s’accepter, de devenir enfin l’homme qu’il veut être. Cette (re)construction se fera au gré de rencontres qui l’amèneront à créer une oeuvre lui permettant de se livrer, de se confier et de s’accomplir. Les deux trajectoires de Marvin dans le long-métrage se réunissent au final, l’espoir du jeune homme et de l’adulte étant l’aube d’un jour nouveau, d’une nouvelle vie, plus heureuse.

Ce choix scénaristique plombe malheureusement de temps à autres le rythme, le film aurait peut-être gagné à être un peu plus court mais en tout cas Anne Fontaine fait mouche en dressant une histoire émouvante. Nous sommes dès les premières minutes en pleine empathie pour le jeune Marvin qui vit un calvaire entre sa famille digne d’un épisode de Confessions Intimes et ses camarades, tous ayant de sacrés préjugés sur l’homosexualité et préférant victimiser le garçon plutôt que d’essayer de le comprendre. Un récit qui, on le déplore, arrive encore dans la réalité à une époque où nous devrions être ouvert d’esprit et s’accepter. C’est la force de Marvin Ou La Belle Éducation, le destin d’une personne brimée qui va surmonter les épreuves de la vie pour se révéler et devenir ce qu’il a toujours souhaité être.

Mais l’atout majeur du long-métrage est sans aucun doute son casting et si Grégory Gadebois, Vincent Macaigne, Charles Berling, Catherine Mouchet sont justes, comme à leur habitude, qu’Isabelle Huppert joue Isabelle Huppert comme jamais, les vraies révélations sont Jules Porier et Finnegan Oldfield (qui était déjà épatant dans Les Cowboys). Les deux acteurs sont en parfaite osmose et le parfait miroir de l’autre, dans leur rôle de Marvin. Ils parviennent à nous émouvoir en restant dans une finesse de jeu bienvenue. Un grand rôle pour deux excellents comédiens.

Au niveau de la réalisation d’Anne Fontaine on apprécie certaines trouvailles comme les séquences où Marvin écrit sur sa vie permettant des paroles face caméra et des recherches visuelles. On aime également le retranscription de l’univers théâtral, la réalisatrice connaissant bien ce milieu et ayant mis en scène plusieurs pièces on ressent son expérience.

Avec Marvin Ou La Belle Éducation, Anne Fontaine nous livre un film à la fois sensible et dur servi par une troupe d’acteurs investis, portrait touchant d’un jeune homme à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Sa renaissance métaphorique l’aidant à se retourner sur son passé et de tracer son propre chemin. Non exempt de défauts, le long-métrage vaut avant tout pour les prestations de Jules Porier et Finnegan Oldfield.

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