Sept ans après Contre mon cœur, Teresa Villaverde vient d’effectuer son retour derrière la caméra avec Justa, long-métrage comprenant Madalena Cunha, Betty Faria, Ricardo Vidal, Alexandre Batista ou encore Filomena Cautela au casting et se concentrant le parcours de victimes d’incendies meurtriers – devant se faire violence pour avancer dans leur quotidien…
Continuant de se consacrer à des figures marginales, Teresa Villaverde dresse le portrait de ces hommes et femmes mis au ban de la société à la suite d’un accident de la vie, ces laissés pour compte marqués par les traumatismes. Quand la tragédie frappe à sa porte, comment réussir à se relever ? Tel est l’élément central de la réflexion de la cinéaste, qui prend appui sur des faits réels pour tisser un drame empli de délicatesse sur la notion de résilience.
À l’origine de cette œuvre sensorielle, où les silences de même que les gestes aident à mettre des mots sur des maux dont on ne peut mesurer l’impact, une réalité. En 2017, une série d’incendies spectaculaires auront bouleversé le Portugal et plus précisément la région forestière de Leiria, complètement ravagée par les flammes. Justa se veut le récit (fictif) de personnes personnellement impactés par ce cataclysme, qui n’aura laissé qu’un champ de ruines et de cendres. Au milieu de ces terres dévastés, nous suivons ainsi la trajectoire de plusieurs victimes, en quête de reconstruction. Que ce soit notre héroïne éponyme – jeune fille vivant désormais seule avec son père grand brulé – une veuve devenue aveugle ou un adolescent orphelin, nos protagonistes sont des âmes en peine, éprouvés par cette catastrophe naturelle qui leur aura tout pris il y a des mois de cela.
Adoptant une approche naturaliste, Teresa Villaverde laisse le temps au temps, avec une caméra restant au plus près de nos rescapés, afin de mieux capter leurs conflits intérieurs. Et donc de comprendre leur difficulté à panser leurs plaies béantes, à s’ouvrir aux autres, par le biais d’un regard, d’une main tendue. Fonctionnant à l’économie de dialogues, ce qui rend les rares moments de confessions émotionnellement chargés, Justa prend le pas d’une déambulation à travers un épais brouillard, symbolisant cette douleur incommensurable crevant le cœur de nos victimes – qui ne pourront voir la lueur du jour qu’en se confrontant aux fantômes de ce passé si présent.
Comme le souligne son scénario dans sa dernière ligne droite, c’est en partageant sa souffrance que l’on peut espérer retrouver un semblant d’équilibre dans son quotidien, à l’image des relations se tissant entre la vénérable Elsa avec le père de Justa mais également avec Simão, ce garçon sans aucun repères. Un esprit de fraternité conférant une aura sensible au film, qui sait toucher le public avec simplicité, en se reposant sur son sens du cadre et la partition de sa distribution.
Avec Justa, Teresa Villaverde tisse un drame sensoriel sur la résilience, portant son regard tendre sur des personnages brisés – devant apprendre à se reconstruire dans ce champ de ruines qu’est leur vie.
