Acteur et auteur, Amine Adjina rajoute une corde à son arc en s’essayant à la réalisation avec La petite cuisine de Mehdi, une comédie portée par Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbass, Malika Zerrouki, Birane Ba, Laurent Stocker et Gustave Kervern. Au menu des réjouissances, la spirale dans laquelle se retrouve un cuisinier sur le grill face à la pression familiale…
Alors qu’il est parvenu à trouver sa voie sur les planches, Amine Adjina s’attelle à une nouvelle expérience en s’immergeant dans le monde du septième art avec un objectif en tête : revêtir la toque de réalisateur afin de concocter un premier film synonyme de hors-d’œuvre léger en bouche – laissant apparaître la patte d’un cinéaste désireux d’allier les arômes provenant de diverses cultures pour mieux donner du goût à sa filmographie.
Vous l’aurez compris avec cette utilisation du champ lexical culinaire, ici il est question de mélange des saveurs sur l’autel de la comédie, alors que l’on suit la tentative maladroite d’un protagoniste pour concilier vie privée et professionnelle, quitte à s’enfoncer dans le mensonge. Alors que tout lui sourit, se préparant notamment à obtenir les clés de son propre restaurant aux côtés de sa compagne, ce roi des fourneaux qu’est Mehdi se retrouve dans une position délicate. Il doit en effet assumer la personne qu’il est aux yeux de ses proches et de sa belle-famille en devenir, ce qui n’est pas une mince affaire. Car s’il joue le rôle du fils algérien parfait devant sa mère Fatima, ce dernier lui cache sa relation avec Léa ainsi que sa passion pour la gastronomie française. De quoi l’amener à inventer tout et n’importe quoi (dont une ‘maman’ de substitution) pour que la supercherie ne s’effondre pas tel un soufflé.
Du désespoir de son personnage central, La petite cuisine de Mehdi puise son inspiration, le scénario mijoté par Amine Adjina prenant appui sur les codes du vaudeville afin de corser une recette quelque peu désuète – puisque l’on devine aisément l’aboutissement de cette mascarade à la sauce épicée. Ainsi, en l’absence de réelle surprise quant à la conclusion du long-métrage, le cinéaste s’amuse des quiproquos parsemant la carte de son menu pour que le spectateur en ait pour son argent. Et sur ce point, il est vrai que l’on se laisse aisément divertir, en particulier grâce au capital sympathie se dégageant de ses personnages – bourrés de défauts mais profondément humains.
Sur ce point, si Younès Boucif se veut la révélation de cette comédie se décantant à feu doux, sachant retranscrire les hésitations de son alter-ego, la véritable pépite de cette première réalisation est sans conteste Hiam Abbass. Dans la peau de Souhila, mère de remplacement préférant suivre son instinct que le script de son faux-fils, l’actrice s’en donne à cœur joie et instille une atmosphère bon enfant au film – à l’image de l’enivrante séquence de danse improvisée dans un TGV, symbole de cette joie de vivre et de ce multiculturalisme prônés par Amine Adjina. Une direction d’acteurs aux petits oignons, donnant du corps à ce premier essai des plus sympathiques, qui ne manque pas de cœur.
Avec La petite cuisine de Mehdi, Amine Adjina signe un premier film pétillant, se reposant sur le capital sympathie de sa distribution – en particulier Younès Boucif et Hiam Abbass – pour pimenter un script dont on devine rapidement les contours.
