Deux ans après Beau is Afraid, Ari Aster vient d’effectuer son retour derrière la caméra avec Eddington, drame caustique porté par Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone, Austin Butler, Deirdre O’Connell, Micheal Ward ou encore Amélie Hoeferle, nous entraînant au cœur d’une bourgade du pays de l’Oncle Sam, en proie à la division à l’approche des élections locales…
Après avoir semé la confusion dans l’esprit de son public avec l’iconoclaste odyssée intime qu’était Beau is Afraid, Ari Aster continue d’apposer sa patte particulière sur le septième art, se décidant à lorgner du côté de la satire avec sa quatrième réalisation, Eddington. L’occasion de prendre le pouls d’une Amérique au bord de la rupture, en compagnie d’une troupe de comédiens de prestige.
Depuis le thriller horrifique Hérédité, sorti en 2018, notre homme n’aura eu de cesse d’élargir progressivement ses horizons, musclant son jeu avec Midsommar avant de changer totalement de registre pour les besoins de Beau is Afraid. Dans cette optique de renouvellement, le réalisateur s’essaye cette fois à un dézinguage en règle du pays de l’Oncle Sam, où le rêve américain prend d’année en année les contours d’un cauchemar éveillé, où la division règne. Une fracture dont se sert le cinéaste pour dresser un portrait peu flatteur d’un pays n’étant plus que l’ombre de lui-même en grossissant (plus ou moins) le trait en termes d’écriture.
Nous replongeant au cœur de la pandémie de COVID-19, Eddington s’emploie ainsi à semer les graines du chaos par le biais d’un duel au soleil entre deux personnalités de la petite ville du Nouveau-Mexique (donnant son titre au film) le maire sortant Ted Garcia et le shérif Joe Cross. Des figures d’autorité ne se comprenant plus et s’affrontant publiquement alors que la population se laisse gangréner par la paranoïa ambiante inhérente à la propagation galopante du virus qui finira par mettre à l’arrêt le monde entier en 2020. Un terreau fertile pour exacerber les tensions et plonger les habitants de cette bourgade dans l’anarchie, à la fois dans les urnes mais aussi dans les rues. Tel un pompier pyromane, Ari Aster s’amuse avec un bidon d’essence avant d’allumer la mèche provoquant un incendie incontrôlable, histoire qu’à la fin, il ne reste qu’une terre brûlée.
Hélas, ce dernier multiplie les lignes de fuite, voulant taper large dans sa critique d’une nation à couteaux tirées, cognant tour à tour sur la politique, le militantisme ainsi que le complotisme, sans trouver un réel équilibre dans ses coups – du moins durant une bonne moitié de ses deux heures trente de durée. C’est en s’enfonçant dans l’obscurité et en se laissant aller à la violence, qu’Eddington trouve son rythme, avec un nihilisme lui seyant plutôt bien, prenant corps à travers un règlement de compte à O.K. Corral post-moderne, symbolisant la décadence des États-Unis, toujours prompt à sortir l’artillerie lourde pour marquer des points. Dommage alors d’avoir attendu tant de temps avant que le long-métrage devienne cet objet acerbe explosif, le potentiel était là pour réellement marquer les esprits.
Reste alors une mise en scène se servant des codes du western pour donner du corps à une intrigue fourre-tout, de même qu’une direction d’acteurs maitrisée, comme en témoigne la prestation de Joaquin Phoenix sachant appréhender les nuances de son personnage, tantôt désespéré tantôt ridicule, sans en faire trop. Notre tête d’affiche est bien entouré mais, outre Pedro Pascal et Deirdre O’Connell, le reste de la distribution a des difficultés à tirer son épingle du jeu – la faute à la densité du script d’Aster. Preuve en est, le peu de place laissé à des pros tels qu’Emma Stone et Austin Butler, à la limite de la figuration. Un autre point regrettable.
Amer, Ari Aster livre avec Eddington une satire bien sentie sur une Amérique ravagée par le virus de la division, même si celle-ci manque de souffle en dépit de l’abattage de sa distribution- en particulier Joaquin Phoenix.
