Six ans après Prendre soin, Bertrand Hagenmüller effectue son retour derrière la caméra avec Les esprits libres, documentaire suivant le déroulement d’une expérience thérapeutique sortant de l’ordinaire, où patients atteints de la maladie d’Alzheimer et soignants se rejoignent sur l’autel de la création artistique…
Initiés en 2019, les travaux du sociologue/réalisateur Bertrand Hagenmüller sur cette maladie neurodégénérative qu’est Alzheimer (sujets de Prendre soin puis de Première Ligne) trouvent leur conclusion à travers un documentaire synonyme d’exercice de style, où le fil ténu entre réalité et fiction se brouille dans un but pédagogique, l’art prenant une valeur thérapeutique le temps d’une expérience sortant des sentiers battus.
Avec ce regard délicat qu’est le sien, le cinéaste embarque sa caméra pour prendre la route en direction du Finistère, afin de suivre les résidents d’un EHPAD et leurs soignants dans un manoir non médicalisé – devenant à la fois lieu de vie mais aussi de création. En effet, ce petit monde s’est retrouvé pour prendre part à un projet expérimental, donnant la part belle à la communion, à l’ouverture d’esprit : écrire une pièce de théâtre, histoire de redevenir le temps de trois actes l’acteur de sa vie. Une initiative scientifique où l’humain prend une place prépondérante, l’idée étant de faire tomber les barrières de chacun, les rôles d’aidant et de patient devenant secondaire sur la scène s’offrant à tous.
Sachant se partager entre moments de partages, instants d’émotion – sans jamais tomber dans le pathos pur et simple – et pauses poétiques (à l’image de la séquence musicale sur La Javanaise, moment de grâce symbolisant cette symbiose entre nos différentes générations) pour nous montrer l’envers du décor quant à cette escapade bretonne, qui se veut un bon bol d’air frais. Si l’on aurait aimé en savoir plus sur les réels aboutissants scientifique quant à ce projet hors-cadre médical, on comprend aisément que la démarche de Bertrand Hagenmüller est de se concentrer sur l’émotion plutôt que la démonstration, les réactions de nos pensionnaires en dehors des murs faisant office de preuve quant au besoin de repenser la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Au contact de l’autre, sans artifices, sans médicaments, des progrès peuvent poindre pour ces âmes vagabondes qui, le temps de cet atelier créatif hors des murs de l’EHPAD, revivent. Il ne fait aucun doute que ́e théâtre et ses dérivés artistiques – dont la danse – semblent faire leur petit effet sur ces esprits libres, qui savent se montrer tantôt touchants tantôt pétillants aussi bien sur scène que côté coulisses. De quoi apporter des preuves en béton quant au bien fondé de telles initiatives, salvatrices pour les patients comme pour les aidants, redonnant du sens à leur quotidien.
Avec Les esprits libres, Bertrand Hagenmüller porte un regard délicat sur le quotidien des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et des soignants, qui redeviennent acteurs de leur vie à travers un atelier créatif aux vertus thérapeutiques.
