Quelques mois après la diffusion d’Une amie dévouée, la plateforme Max continue de tracer son sillon dans le domaine de la fiction made in France avec Le Sens des Choses. Soit l’adaptation très libre de Vivre avec nos morts – roman autobiographique de Delphine Horvilleur – supervisée par le tandem Noé Debré/Benjamin Charbit et comprenant Elsa Guedj, Eric Elmosnino, Manu Payet, Noémie Lvovsky, Solal Bouloudnine, Anouk Grinberg, Suzy Bemba ou encore Lionel Dray au casting. Au programme, l’apprentissage par l’expérience de Léa, qui vient de devenir une femme rabbin, ce qui est rare au sein de la communauté juive…
Après avoir co-signé les scripts de la série Zorro portée par Jean Dujardin, Noé Debré et Benjamin Charbit poursuivent leur pas de deux dans l’univers du streaming, puisant dans le quotidien de Delphine Horvilleur le matériel nécessaire à leur volonté d’évoquer la question de la foi. Officiant en tant que femme rabbin, cette dernière s’est confiée sur son rôle dans un ouvrage sensible, Vivre avec nos morts, un petit traité de consolation revenant avant tout sur la manière délicate de transmuer le décès d’un proche en une leçon de vie pour ceux qui restent. Soit une base solide, mais pour le moins dramatique, laissant de ce fait craindre une série où le pathos serait de mise.
S’était sans connaître le style de notre tandem de showrunners, qui aiment ajouter une dose de folie douce dans leurs projets. D’où l’idée d’élargir les horizons de l’objet littéraire qui leur a tapé dans l’œil et de revenir de manière plus générale sur la figure du rabbin et ses implications au sein de la communauté juive, le tout sous l’aval de Horvilleur, présente en clin d’œil dans la diégèse du show. Entre douceur et amertume, Le Sens des Choses prend de ce fait le pas d’une réflexion sur cette fameuse notion du doute, qui habite tout à chacun au quotidien et prend une valeur particulière lorsque l’on sert de guide spirituel. Comment apporter des réponses sur des éléments tantôt concrets, tantôt métaphysique, lorsque soi-même on s’interroge sur sa place en ce bas-monde ?
Soit le cœur de la série, qui se consacre aux premiers pas de Léa dans la synagogue de son Strasbourg natal, devant se faire au regard de son entourage, des fidèles et de ses pairs tout en cherchant à s’affirmer dans cette nouvelle fonction qui est la sienne. Une évolution que l’on suit au gré des huit épisodes de cette dramédie, notre protagoniste s’impliquant à bras le corps pour trouver les réponses dans le labyrinthe de petites et de grandes questions de la vie des gens qui viennent la consulter. De quoi permettre à l’équipe créative d’évoquer le deuil et la préparation des rites funéraires (notamment en fin de saison) mais d’élargir l’éventail de problématiques auxquelles peut être confronté un tel chef religieux, devant ses positionner sur la circoncision, la bar-mitsva, le mariage ou encore la question de l’intégrisme. Des sujets prêtant au débat, ce qui est l’angle privilégié à chaque fois, le tout avec une nuance bienvenue.
En évitant les écueils quant à la pratique du culte, invitant à la réflexion à travers les prises de position de son personnage principal, Le Sens des Choses gagne progressivement en intérêt, son juste équilibre en termes d’écriture l’aidant à marquer des points. En particulier lors d’un épisode où une rencontre œcuménique se transforme en discussion tendue sur les différents courants du judaïsme entre Léa et un confrère – dont la relation ne cesse de muer d’un bout à l’autre de la série. Mais outre des scénarios gagnant en qualité passé un petit tour de chauffe, ce qui fait le charme de cette nouvelle création française de Max s’avère être sa distribution, à commencer par Elsa Guedj, impeccable dans la peau de Léa, l’actrice sachant osciller entre fragilité et assurance pour mieux laisser transparaître les hésitations de son alter-ego.
À ses côtés, Eric Elmosnino, Manu Payet, Noémie Lvovsky, Solal Bouloudnine ne déméritent pas, leur capital sympathie aidant le téléspectateur à s’investir à leur trajectoire personnelle quand des seconds couteaux comme Anouk Grimberg ou Lionel Abelanski apportent une touche d’émotion bienvenue à l’ensemble.
