Trois ans après Les nouveaux amants, Carine Tardieu effectue son retour à la réalisation avec L’attachement, l’adaptation du roman L’intimité d’Alice Ferney comprenant Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Vimala Pons, Raphaël Quenard, César Botti ou encore Catherine Mouchet au casting et se concentrant sur le quotidien de Sandra, une quinquagénaire farouchement indépendante, se retrouvant à partager soudainement l’intimité de son voisin de palier…
Avec la délicatesse qui la caractérise, Carine Tardieu trouve avec L’intimité d’Alice Ferney un écrin idéal pour proposer une chronique de la vie ordinaire, s’articulant sur ce chassé-croisé sentimental que représente l’établissement de liens entre les gens en ce bas-monde, connectant des cœurs parfois isolés, parfois meurtris. Ou quand le contact humain aide à l’épanouissement personnel, à l’instauration d’une complicité avec son prochain.
Alors qu’il aurait été aisé de se laisser aller au pathos face aux coups durs que nous offre (parfois avec un certain sadisme) le destin, la réalisatrice et ses co-scénaristes Raphaële Moussafir et Agnès Feuvre préfèrent prendre de la distance quant à la dramaturgie inhérente au matériel littéraire à leur disposition. Un choix créatif se révélant pertinent dans la mesure où cela aide à l’accentuation de cet esprit balbutiant propre aux va-et-viens du quotidien, où l’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Soit le moteur de l’intrigue, qui se concentre sur les hésitations intimes d’une libraire renfermée sur elle-même, apprenant à se débarrasser de sa carapace au gré de sa cohabitation avec son voisin, un veuf complètement paumé depuis la disparition de l’être aimé, ne sachant pas comment se débrouiller seul avec ses deux enfants – dont un nouveau-né.
Éjectant rapidement la carte de la tragédie pour mieux se concentrer sur la reconstruction de soi-même, L’attachement trace tranquillement sa route vers un chemin davantage ensoleillé qu’obscur, son cœur résidant dans ces relations se tissant entre Sandra, Alex et les siens, apprenant progressivement à se jauger, à se connaître, notre protagoniste devenant le pilier d’une famille en voie de recomposition, s’élargissant selon le bon vouloir du scénario – qui lui s’étire sur les deux premières années de l’existence de la jeune Lucille. De quoi constater l’évolution de ce rapprochement entre les membres de cette cellule se créant devant les yeux du spectateur. Si l’on devine parfaitement où veut nous mener Carine Tardieu, ce qui pénalise quelque peu l’efficacité du long-métrage (qui d’ailleurs tente de faire diversion dans son avant-dernier acte avec le rôle donné au personnage de Vimala Pons), suivre ces tranches de vie filmés sur le vif ne s’avère pas désagréable à suivre, grâce à la partition de la distribution.
À commencer par Valeria Bruni Tedesch qui, comme son alter-ego, se veut la figure de proue de ce drame en proposant un jeu tout en pudeur, la quête intime de Sandra passant par palier, ce qu’elle parvient à retranscrire finement. À ses côtés, Pio Marmaï ne s’en sort pas trop mal, même s’il faut avouer que les atermoiements intérieur de son personnage de père complètement paumé n’évitent pas la redite. Heureusement, les jeunes acteurs incarnant les deux enfants au centre de tous les enjeux ainsi que les seconds-rôles, dont l’inénarrable Raphaël Quenard et la touchante Catherine Mouchet aident à donner du corps à cette idée de famille dysfonctionnelle, ne partageant parfois pas le même sang mais se choisissant pour avancer ensemble vers l’horizon. La direction de Carine Tardieu se veut donc un point fort, ce travail quant à la distance qu’elle porte à son récit de même que l’esprit de cohésion dans lequel baigne ses actrices et acteurs donnant du cachet à L’attachement, une sympathique proposition nous rappelant qu’il faut cueillir le jour sans se soucier du lendemain. Carpe diem.
Avec L’attachement, Carine Tardieu porte un regard délicat sur cette épreuve délicate qu’est le deuil en livrant un drame évitant le piège du mélo pour évoquer la force propre à ces liens qui nous unissent.
