Récompensé de la mention spéciale du jury jeunesse Génération Kplus lors de la précédente édition de la Berlinale ainsi que du prix des collégiens Cannes Écrans Junior au dernier Festival de Cannes, Young Hearts se présente finalement au public français. Première réalisation d’Anthony Schatteman, ce long-métrage porté par Lou Goossens, Marius De Saeger et Geert Van Rampelberg se centre sur le parcours intime d’un jeune adolescent, troublé par l’arrivée d’un nouveau voisin de la même tranche d’âge que lui dans son quotidien…
À l’image de son comparse Lukas Dhont, qui lui a été d’un grand soutien sur cette première expérience, Anthony Shatteman fait de la question de l’identité son cheval de bataille, puisant dans ses souvenirs de jeunesse pour donner du corps à Young Hearts, une bluette adolescente abordant avec délicatesse cette période de l’existence synonyme de tumulte intérieur mais surtout d’affirmation de soi.
Trouver sa place dans ce bas monde, en voilà une situation délicate pour la plupart d’entre nous. S’épanouir et tracer sa route dans une société marqué par les codes et les diktats peut s’avérer être une épreuve de force pour n’importe qui se cherchant, s’interrogeant sur sa propre nature. Ce qui est ici le cas d’Elias, quatorze ans, coulant des jours heureux au milieu d’une famille aimante dans son petit village de Flandre, tout en découvrant l’amour avec sa petite amie. Du moins c’est ce qu’il pensait, ses convictions s’ébranlant doucement mais sûrement lorsque s’installe à côté de chez lui Alexander, garçon du même âge que lui venu de Bruxelles. Une arrivée synonyme de chambardement pour notre protagoniste, la relation se tissant avec ce voisin dépassant progressivement le stade de l’amitié, à son plus grand étonnement.
De quoi initier un voyage émotionnel initiatique, le réalisateur – qui officie également au scénario – évoquant la quête intérieure d’Elias à travers le prisme de la bienveillance, entourant son récit d’une aura lumineuse, ni le drame ni le jugement venant altérer la trajectoire de notre tandem principal. Le cœur de Young Hearts réside dans cette volonté de raconter ces émois avec pudeur, sans atermoiements, Anthony Shatteman baignant ses chérubins d’une lumière chaleureuse, leur appréhension de leur attirance s’effectuant de manière humaniste. Ainsi, ce qui compte n’est pas le regard des autres mais sa vision propre quant à l’identité.
Il est ainsi aisé de croire en la relation liant les deux jeunes hommes et ce grâce à une écriture soignée, soulignant avec tact de leur affection commune, de part leurs paroles, leurs gestes délicats. Ajoutez à cela une excellente direction d’acteurs, les performances de Lou Goossens et Marius De Saeger aidant au capital sympathie du spectateur pour nos tourtereaux en devenir, celui-ci étant investi dans cette romance adolescente. En particulier lorsque Elias ne sait plus comment réagir face à la réalité de ses sentiments pour Alexander – ses balbutiements renforçant la pertinence du long-métrage quant à cette thématique du coming out, qui s’accompagne de la crainte d’être rejeté. Ce qui n’est pas le cas ici, la compréhension et le soutien de la cellule familiale jouant un rôle clé dans l’aspect solaire inhérent à Young Hearts, une petite bulle de douceur pleine de bons sentiments.
