Six ans après Le Voyage du Prince, qu’il avait co-réalisé aux côtés de Xavier Picard, Jean-François Laguionie revient en solo derrière la caméra pour mettre en scène Slocum et moi. Un film porté par les voix d’Elias Hauter, Grégory Gadebois et Coraly Zahonero permettant au cinéaste de se raconter à travers la réminiscence d’un chapitre de son enfance, lorsque son père s’est lancé dans la construction d’un projet sortant de l’ordinaire…
Naviguant dans le monde de l’animation depuis plus de quatre décennies, Jean- François Laguionie met à profit son savoir-faire dans ce domaine de prédilection pour se raconter en images, Slocum et moi, se révélant être son projet le plus personnel en prenant le chemin de la balade mémorielle emprunte de poésie.
En revenant sur sa propre enfance avec l’aide de sa coscénariste Anik Le Ray, le réalisateur tire son chapeau à ses parents et en particulier à son père adoptif Pierre. Un taiseux ayant du mal à exprimer ses sentiments, en particulier face à son beau-fils, fendant l’armure au gré de l’avancée de son projet titanesque. À savoir la construction de la réplique du Spray, célèbre voilier sur lequel le navigateur Joshua Slocum fût le premier à faire le tour du monde en solitaire à la fin du XIXe siècle. De cette entreprise d’envergure, s’opérant dans le jardin familial, se dessine alors un récit synonyme d’ouverture à l’autre, d’ouverture au monde, amenant à un rapprochement entre deux êtres partageant plus de points communs qu’il n’y paraît, dont le goût pour l’aventure.
Servant de boussole, la figure de Slocum indique le nord quant aux intrigues prenant le large, que ce soit sur l’évocation des liens du cœur, la force inhérente au pouvoir de l’imagination ou encore l’envie de partir vers de nouveaux horizons. Avec la délicatesse qui lui est propre, Laguionie se met à la barre d’une virée nostalgique dans ce cadre suranné des années 50 retranscrit avec soin à l’écran. Grâce à une animation raffinée, où la simplicité du trait s’allie à une photographie chaleureuse, le spectateur peut se laisser guider en toute confiance par l’équipe créative sur ces flots du souvenir – propice à l’évasion pour les plus jeunes et à l’introspection pour les adultes.
À travers Slocum et moi, le cinéaste propose un voyage intime portant un regard tendre sur cet homme qui l’a élevé mais aussi sur lui-même, son alter-ego haut comme trois pommes se construisant avec sensibilité le long de cette expérience au plus près des siens, en voguant doucement mais sûrement vers les portes de l’adolescence. De quoi en apprendre davantage sur son goût pour l’art et sa propension à user de l’imaginaire pour donner du relief au réel.
D’humeur nostalgique, Jean-François Laguionie se livre avec pudeur à travers Slocum et moi, odyssée intime nous amenant sur les flots des souvenirs afin de rappeler l’importance des liens du cœur.
