Repéré en 2020 avec son court Stéphanie, le réalisateur belge Leonardo Van Dijl vient de passer le cap du long-métrage avec Julid se tait, sélectionné au Festival de Cannes. Un premier film comprenant au casting Tessa Van den Broeck, Koen De Bouw, Claire Bodson, Ruth Becquart, Pierre Gervais et Laurent Carin, se concentrant sur le parcours d’une jeune sportive de haut niveau confrontée à la suspension de son entraîneur pour d’obscures raisons….
Avec Julie se tait, Leonardo Van Dijl évoque avec pudeur un sujet pour le moins délicat, celui de l’emprise dans le milieu du sport, difficile à détecter vu les rapports de force inhérent à ce domaine – où la pression règne en maître sur l’autel de la performance. Un contexte servant à donner du corps au récit tissé par le cinéaste, drame tirant profit de son ambiguïté pour créer le malaise et démontrer de l’épreuve que représente la libération de la parole. Comment appréhender et saisir l’impact d’un comportement inapproprié ? La est la question centrale posée par le long-métrage, qui s’articule sur la lutte intérieure de son personnage principal, une joueuse de tennis devant faire la part des choses dans une affaire qui la dépasse.
Étoile montante du tennis évoluant dans un club prestigieux, Julie ne ménage aucunement ses efforts pour entrer dans la cour des grands. Mais alors qu’elle s’entraîne sans relâche dans le but de se professionnaliser dans sa discipline, l’adolescente subit un revers de taille. Son entraîneur Jeremy, qui pourrait la propulser vers les sommets, se voit soudainement suspendu, suite de l’ouverture d’une enquête. Et pour cause, une de ses joueuses s’est suicidée, semant le trouble quant à la relation qu’il entretenait avec elle. Est-ce le cas avec d’autres filles dont il s’occupait ? Un fil rouge dont la finalité apparaît claire comme de l’eau de roche, Leonardo Van Dijl laissant éclater la vérité au gré des silences et non-dits lourds de sens de sa protagoniste.
Ainsi, en privilégiant le hors-champ à la démonstration, que ce soit au niveau de l’écriture comme de la mise en scène, le cinéaste trouve un angle adéquat pour évoquer cette histoire d’abus, en posant un regard sans jugement sur Julie, devant poser des mots sur ce qui lui est arrivé avant de les exprimer oralement. Ce temps de réflexion avant un témoignage que l’on sait crucial instaure un climat anxiogène, alors que l’absence de son coach au-dessus de son épaule confirme la nocivité effective de ce dernier. Grâce à une intrigue rondement menée, Julie se tait marque des points, le parcours personnel de cette héroïne devant rester combative sur le terrain tout en gardant en elle un poids pour le moins lourd étant ficelé avec tact.
De tous les plans, Tessa Van den Broeck impressionne par son aisance à faire passer à l’écran les tergiversations intérieures de son alter-ego, sachant qu’il s’agit là de son premier rôle. Véritable joueuse de tennis, notre jeune première livre une performance solide sous la direction de Leonardo Van Dijl, qui tire profit de ses aptitudes physiques pour jouer sur cette notion de temps, privilégiant les plans séquences fixes afin de se rapprocher au plus près du réel, principalement en ce qui concerne la préparation physique d’un sportif de haut niveau.
Avec Julie se tait, le réalisateur belge Leonardo Van Dijl nous entraîne sur le terrain des non-dits en évoquant avec tact le défi que représente la libération de la parole, notamment dans le milieu sportif. Un premier film pertinent, à la mise en scène maitrisée.
