Un an et demi après Sage-Homme, Jennifer Devoldère retrouve son poste de réalisatrice avec Le Panache, adaptation du seul-en-scène de Nicolas Devort intitulé Dans la peau de Cyrano. Comprenant au casting Joachim Arseguel, José Garcia, Aure Atika, Tom Meusnier, Eva-Rose Pacaud ou encore Neige De Maistre, le long-métrage suit le parcours de Colin, jeune bègue appréhendant son entrée dans un nouvel établissement scolaire…
En acceptant de réaliser la transposition de Dans la Peau de Cyrano pour le compte de SND, Jennifer Devoldère s’approprie un écrin lui permettant de poursuivre sa réflexion sur l’inclusion dans un univers codifié, troquant le domaine médical pour l’éducation nationale pour appuyer son propos quant à la difficulté de sortir des sentiers battus, quant à l’épreuve que représente l’inclusion.
Pour s’y faire la réalisatrice revisite le texte de Nicolas Devort en compagnie de sa co-scénariste Cécile Sellam afin d’initier un récit collégial, où l’apprentissage de Cyrano de Bergerac sert de mise en abîme sur la liberté offerte par l’art, aidant parfois à se trouver soi-même. Une volonté d’affranchissement par le théâtre, cruciale à l’intrigue, qui ne se cache pas de prendre Le Cercle des Poètes Disparus pour modèle pour structurer son récit. Une référence prenant forme à travers la figure de monsieur Devarseau, enseignant fraîchement muté dont les méthodes dénotent au sein de la communauté éducative où il exerce. En l’occurrence un lycée privé catholique, n’appréciant guère que l’on sorte du cadre pré-établi par la direction.
De quoi faire souffler un semblant de vent de fraîcheur dans un environnement strict, pour le plus grand plaisir des élèves, en particulier Colin, jeune bègue, tentant de trouver ses mots en montant sur les planches. Au contact de ses nouveaux camarades et de ce professeur voulant tirer le meilleur de son auditoire, notre protagoniste trouve la force de s’ouvrir aux autres, de se révéler progressivement sur scène mais également au sein de son foyer. Un fil rouge aidant à proposer en parallèle un focus sur le mal-être adolescent, un âge ingrat – d’autant plus lorsque l’on sort de la norme. Ce point est d’ailleurs appuyé par le parcours de Max qui, à cause d’une relation tendue avec son père, ne peut s’assumer tel qu’il est. Des thématiques importantes évoquées avec bienveillance, Jennifer Devoldère privilégiant les bons sentiments à la dramaturgie pure, histoire de ne pas plomber son film, qui suit un chemin tout tracé.
Promouvant des messages positifs quant à l’ouverture d’esprit, Le Panache se veut une petite bulle de douceur. Mais malgré le capital sympathie de son casting, que ce soit Joachim Arseguel et Tom Meusnier ou José Garcia, qui sait se mettre en retrait pour mieux laisser la jeune génération occuper l’espace, cette comédie dramatique ne sort que timidement du lot parmi les productions du genre. La faute à ce classicisme dont est emprunt la mise en scène, qui certes laisse la part belle à s distribution mais n’élève aucunement les enjeux du script. Ironiquement, en dépit de cette envie de déborder gentiment du cadre, le long-métrage reste dans les clous – manquant quelque peu de ce fameux panache propre à Cyrano. Ce qui n’empêche pas de passer un agréable moment en salles, avant que l’effet ne s’estompe rapidement une fois sorti du cinéma.
Avec Le Panache, Jennifer Devoldère se met au service d’un divertissement prônant la bienveillance et la tolérance, livrant une comédie dramatique où l’appropriation des mots d’Edmond Rostand aide à trouver sa voix. Le tout avec simplicité, ce qui est à la fois la qualité et le défaut de cette quatrième réalisation.
