Cinq ans après s’être attelé à la mise en scène de l’adaptation live de Dumbo pour Disney, Tim Burton se retourne sur son propre passé, invitant Michael Keaton, Winona Ryder et Catherine O’Hara à revenir s’amuser à ses côtés dans Beetlejuice Beetlejuice. Soit la suite de son film culte de 1988, faisant ressurgir d’outre tombe notre facétieux démon pour mieux se rappeler au souvenir de la famille Deetz et ce en compagnie de petits nouveaux tels que Jenna Ortega, Justin Theroux, Willem Dafoe, Arthur Conti ou Monica Bellucci…
D’humeur nostalgique, Tim Burton ressuscite l’univers fantasmagorique de Beetlejuice, faisant sortir l’espiègle démon de sa boîte trente-six ans après son premier tour de passe-passe sur grand écran. Mais à une période où il semble avoir perdu son mojo, ce retour vers le passé sonne t-il comme un aveu de faiblesse pour notre cinéaste ?
Produire des suites tardives se révèle toujours êtes un exercice à double tranchant, l’inquiétude était donc au rendez-vous mais en dépit de ses errements scénaristiques, force est de constater qu’avec ce Beetlejuice Beetlejuice, nous nous retrouvons face à un délire burtonien pur jus en termes de direction artistique. Passé en mode automatique depuis au moins une décennie, le réalisateur britannique semble sorti de sa torpeur et s’amuse à nouveau derrière la caméra. Un enthousiasme se reflétant à l’image, la distribution du film s’amusant à prendre part à ce second volet se partageant entre le monde des vivants et l’au-delà, pour le meilleur et pour le pire.
Car le problème du long-métrage réside en son script, qui prend un sacré retard à l’allumage avant de s’engouffrer dans le chaos, Alfred Gough et Miles Millar, qui poursuivent leur collaboration avec Tim Burton après la série Mercredi, tentant maladroitement de jongler avec un trop gros nombre de personnages sans savoir comment les placer sur l’échiquier. Si se reconnecter avec la famille Deetz était essentiel, trouver un moyen raccrocher les wagons pour amener Lydia, sa belle-mère et sa fille à croiser à nouveau le chemin de son bio-exorciste ‘préféré’ s’avère plus compliqué que prévu pour nos scénaristes, qui multiplient les arcs narratifs pour que les chemins de chacun s’entrecroisent dans un univers comme dans l’autre. Si l’élément déclencheur à ce retour à Winter River est habile (cela permettant à l’équipe de se passer de Jeffrey Jones – pour des raisons évidentes) il faut par contre passer par une longue phase de gestation avant que l’intrigue ne tire profit de sa mythologie.
Une fois les enjeux fébrilement posés, soit à mi-parcours, le script lâche finalement les rênes en profitant de la cacophonie ambiante inhérente aux atermoiements de tout ce beau monde sur Terre et dans l’Après-vie, les allers et venues entre ces deux pôles se multipliant, parfois avec l’aide d’un Beetlejuice heureux de jouer les troubles fêtes. Une ambiance chaotique alimentant les deux derniers actes du film, donnant ainsi lieu à un divertissement bon enfant, les digressions se multipliant sur l’autel de la gaudriole – se partageant entre blagues macabres et numéros musicaux. En s’abandonnant à ce grand n’importe quoi, Beetlejuice Beetlejuice trouve sa raison d’être, la farce fonctionnant et ce grâce à l’abattage du casting ainsi qu’à la mise en scène de Tim Burton, qui déborde quelque peu du cadre, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps.
Si Monica Bellucci et Willem Dafoe aurait gagné à avoir plus de temps de présence (grapiller l’espace offert à Justin Theroux, qui campe un second-rôle assez insupportable, aurait été judicieux), Winona Ryder, Catherine O’Hara, Jenna Ortega et Michael Keaton sortent heureusement du lot, leur prestation aidant à se laisser finalement prendre au jeu ici proposé.
S’il doit composer avec un scénario foutraque, Tim Burton retrouve (en partie) son mojo avec Beetlejuice Beetlejuice, farce macabre offrant un terrain de jeu divertissant pour sa distribution, qui s’éclate à l’écran.

1 a réfléchi à «[Critique] Beetlejuice Beetlejuice, farce d’outre-tombe»