Six ans après avoir transposé à l’écran Millenium : Ce qui ne me tue pas, Fede Alvarez renoue avec l’horreur en prenant le relais de Ridley Scott à la réalisation du nouvel opus de la saga Alien que ce dernier aura initié – puis reprise en main. Comprenant au casting Cailee Spaeny, David Jonsson, Archie Renaux, Isabela Merced, Aileen Wu ou encore Spike Fearn, ce septième épisode nous fait suivre un groupe de jeunes colons prenant une décision périlleuse pour espérer vivre de meilleurs lendemains loin des griffes d’une certaine compagnie, la Weyland-Yutani…
Si nous pensions que la mise en œuvre de la suite d’Alien : Covenant était dans la logique des choses, Ridley Scott s’est finalement décidé de confier momentanément les rênes de sa franchise phare à Fede Alvarez, qui se plaît à revisiter des propriétés intellectuelles populaires. Après avoir produit le remake d’Evil Dead ainsi que le requel de Massacre À La Tronçonneuse, notre homme s’est ainsi assis au poste de réalisateur pour témoigner son amour pour cet univers mêlant horreur et S-F existant depuis plus de quatre décennies.
Mais entre hommage et réel envie de renouveau, le cœur du cinéaste balance, ses hésitations empêchant son Alien : Romulus de muscler son jeu malgré de bonnes idées ci-et-là. Il faut dire qu’en plaçant son intrigue entre les deux premiers films, Alvarez et son co-scénariste Rodolfo Sayagues se retrouvent sur un terrain des plus balisés, ne leur laissant que peu de place pour s’exprimer. Piégé par son ancrage chronologique, le long-métrage ne peut provoquer un changement de taille au sein de la mythologie, se retrouvant à devoir composer avec les pièces d’un puzzle dont on connaît le visuel. Le temps que cette chère Ellen Ripley dérive dans l’espace (il s’écoule cinquante-sept ans entre Alien et Aliens : Le Retour), notre équipe créative nous rappelle la nocivité de la Weyland-Yutani – un monstre plus pervers que le Xenomorphe – en se centrant sur la quête de jeunes mineurs cherchant à s’extirper d’une vie de dur labeur sur une colonie dirigée par la néfaste compagnie, afin de s’envoler vers un avenir moins sombre.
Un postulat à consonance sociétal prometteur, pointant du doigt le capitalisme et l’esclavagisme moderne, bifurquant rapidement vers un survival en bonne et due forme – se reposant malheureusement sur ses lauriers. Une fois ce contexte pertinent quant à l’exploitation et au manque de perspective des travailleurs (souvent issus de milieu modeste) utilisé comme élément déclencheur pour réunir notre troupe de doux rêveurs hors de l’atmosphère de la colonie Jackson’s Star, direction une épave de vaisseau, le script suit un circuit calibré, multipliant les appels du pied au passé de la saga afin d’avancer vers l’obscurité et l’inévitable bain de sang à venir. D’Alien à Prometheus en passant le jeu-vidéo Alien : Isolation, Fede Alvarez se fait clairement plaisir en termes de clin d’œil, appuyant ses références pour démontrer qu’il est un fan pur et dur d’Alien.
Soit, mais en raccrochant les wagons avec les précédents épisodes pour que son film ne dénote pas avec ce qui a été produit jusqu’ici, ce dernier limite ses ambitions scénaristiques. Un point dommageable car l’empêchant de s’approprier la marque, d’apposer avec fermeté sa patte, d’autant plus que sur ce coup-là nous sommes face à un ‘one-shot’. Là où il plaçait le curseur au maximum pour proposer une autre vision que Sam Raimi sur Evil Dead – à grands renforts d’effets gore – notre réalisateur suit cette fois le sillage creusé par Ridley Scott et James Cameron, quitte à se montrer plutôt ‘sage’ question violence et horreur. Lorsque l’on assiste à une séquence telle que celle reposant sur l’action de la gravité zéro, on se dit qu’il est regrettable d’avoir passé tant de temps à jouer la carte du déjà-vu.
Surtout avec le tandem central formé par Andy et Rain, l’atout cœur d’Alien : Romulus, la relation filiale ici tissée aidant à donner du corps aux faibles enjeux de ce volet tout en permettant à Cailee Spaeny de s’imposer aux côtés de David Johnsson, la belle surprise de ce Alien 1.5 – parvenant avec retranscrire avec aisance les ambivalences de son personnage tout en chair synthétique et circuits imprimés. Outre la performance de nos deux acteurs, notons une excellente direction artistique, la mise en scène nerveuse de Fede Alvarez couplée à la photographie léchée de Halo Olivares étant une véritable plus-value, rehaussant d’un niveau cette parenthèse cauchemardesque face à nos belliqueux Facehuggers, Xenomorphes et membres de la Weyland-Yutani.
Visuellement, il n’y a rien à dire, ça claque. Question écriture, brosser dans le sens du poil les aficionados de la première heure paraît moins judicieux, surtout quand la redite empêche tout effet de surprise quant aux retournements de situations de l’histoire. En résulte une œuvre tiède, ne se faisant pas suffisamment confiance pour déborder du cadre fixé mais restant un minimum divertissante – dès que l’horreur (et le Xeno) pointe le bout de son nez.
