Trois ans après la parenthèse musicale Tralala, Arnaud et Jean-Marie Larrieu effectuent leur retour sur grand écran avec Le Roman de Jim, l’adaptation du roman éponyme de Pierric Bailly portée par Karim Leklou, Laetitia Dosch, Sara Giraudeau et Bertrand Belin, se centrant sur la relation entre un homme et le fils de sa compagne, qu’il va très vite considérer comme la chair de sa chair…
Pour leur neuvième réalisation, les frères Larrieu poursuivent leur analyse de la cellule familiale, un de leur sujet phare, à travers un drame évoquant la parentalité avec tact, Le Roman de Jim évitant tout pathos pour faire vibrer la corde sensible du spectateur en se consacrant sur l’essentiel, l’amour.
En jetant leur dévolu sur le roman éponyme de l’écrivain Pierric Bailly, paru en 2021, notre tandem trouve un écrin de choix pour analyser ce sentiment qu’est l’attachement, pouvant amener n’importe qui à déplacer des montagnes ou au contraire à accepter l’impensable pour préserver ceux qui lui sont proches, comme l’évoque sans équivoque l’intrigue centrale ici portée à l’écran. Soit le parcours d’Aymeric, un mec bien sous tous rapport ayant un goût pour les situations compliquées, quitte à en souffrir. Un protagoniste éminemment sympathique, ses maladresses et sa résilience servant de moteur à l’odyssée intime se dessinant pour ce dernier, s’apprêtant à se laisser emporter par le tourbillon de la vie.
Quand les liens du cœur ont davantage de poids que les liens du sang, les peines et les joies n’ont pas la même saveur, comme va l’apprendre à ses dépends Aymeric, qui, au gré d’une rencontre fortuite va voir son existence bouleversée à plus d’un titre. En entamant une relation avec Florence, une ancienne collègue enceinte de six mois, ce dernier va devenir un amant mais également le père de substitution de son bébé à venir. Jim. Un heureux événement marquant pour notre homme, dont la relation avec son fils va lui servir de boussole…jusqu’au jour où ce rôle se voit remis en question par le retour d’une figure du passé de sa compagne. En posant avant tout leur regard sur ce père de substitution, Arnaud et Jean-Marie Larrieu trouvent un point de focus de premier choix pour dérouler leur récit, qui avance pas à pas sur une ligne de crête fragile, jusqu’à la dégringolade.
Ainsi, lorsque Aymeric voit son cocon se fracturer et son rôle lui échapper inéluctablement des mains, Le Roman de Jim gagne en profondeur et parvient à émouvoir avec facilité, la caméra de nos réalisateurs se plaçant la bonne distance pour laisser libre cours à la performance de la distribution (évoluant dans les paysages buccoliques du Jura), principalement Karim Leklou qui, à travers de simples regards laissent transparaître la peine de son personnage – devenant par la force des choses spectateur de sa propre existence, de sa séparation avec Florence mais surtout Jim. Une impuissance donnant du corps au récit, qui préfère les moments suspendus, les silences aux grandes gesticulations propres au mélodrame, ce qui se révèle salutaire.
De quoi instiller une atmosphère douce-amère pour conclure cette histoire d’amour inconditionnel, tout aussi belle que délicate, soulignant l’impact des décisions d’adultes sur l’équilibre (senti)mental des enfants.
