Une décennie après Beware The Batman. le Chevalier Noir vit à nouveau des aventures animées en solo sur le petit écran, grâce à l’impulsion d’un trio de choc. À savoir Bruce Timm, J.J. Abrams et Matt Reeves, qui ont joint leurs forces pour Batman : Caped Crusader, série nous plongeant dans le Gotham City des années 40 pour suivre un Bruce Wayne venant de faire ses premiers pas en tant que justicier…
Restant une figure populaire malgré ses quatre-vingt-cinq printemps, Batman a pourtant eu des difficultés pour reprendre la lumière à la télévision. En effet, il s’en est fallu de peu pour que Caped Crusader devienne réalité. En vérité, il y a même eu un temps où ce projet fût mis au placard, suite à la volonté de David Zaslav, grand manitou de Warner Bros. Discovery, de couper court à celui-ci dans un soucis d’économie. Heureusement, Amazon est venu à la rescousse de ce programme, la firme commandant non pas une mais deux saisons de cette réinvention de la mythologie initiée par Bob Kane et Bill Finger, chacune composée de dix épisodes.
Attachés à sa production, notamment J.J. Abrams et Matt Reeves, qui ont un rôle important à jouer au sein de DC Studios, le second ayant déjà fait ses preuves aux yeux des fans avec The Batman. Mais le nom que l’on retient surtout est celui de Bruce Timm, producteur exécutif du show, synonyme un gage de qualité en ce qui concerne la mythologie DC. En effet, notre homme n’est autre que le co-créateur de Batman : La Série Animée aux côtés d’Eric Radomski, série culte des 90s et fer de lance du DC Animated Universe. En trente ans d’activités, le showrunner/scénariste/animateur a notamment supervisé Superman : La Série Animée, Batman Beyond, Justice League ou encore Green Lantern et pour cette nouvelle incursion dans un univers qu’il connaît sur le bout des doigts, ce dernier opère à un retour aux origines en termes d’ancrage et d’atmosphère.
Se voulant proche des premiers comics mettant en scène notre héros de l’ombre Batman : Caped Crusader plonge ainsi le spectateur au cœur des années 40, offrant une ambiance rétro ainsi qu’un éclairage particulier sur les talents de détective du personnage, qui a moins de technologie à sa disposition pour combattre ses ennemis, devant davantage se fier à son instinct et sa force physique. Ce qui se révèle être un choix pertinent dans la mesure où cela renforce la volonté de l’équipe créatif de s’orienter vers le polar, notre héros n’étant pas seul à tenter de faire règner la justice dans les sombres ruelles de Gotham, avec la mise en avant de protagonistes tels que le commissaire Gordon mais surtout sa nièce Barbara et Renée Montoya, appuyant l’aspect judiciaire du show – le Chevalier Noir pouvant compter sur des alliés de poids pour combattre le crime mais aussi la corruption au sein des rangs de la GCPD.
Si ce genre est prédominant lors de cette première saison, ce qui fait clairement son charme, la série s’autorise de temps à autres une parenthèse fantastique au cours des dix épisodes pour le moment mis à disposition. L’occasion de redonner du crédit à Gueule d’Argile par exemple (dans un hommage aux films de la Hammer) ou de ressortir du placard le Gentleman Ghost, afin de naviguer aux frontières du réel. En parlant de la galerie de vilains de la mythologie Batman, Bruce Timm s’amuse à en réinventer certains, Le Pingouin et Harley Quinn se présentant sous un nouveau jour, tandis que Catwoman apparaît avec son look sorti tout droit de l’âge d’or des comics, histoire d’éviter la redite pure et simple par rapport à ce qu’il a produit par le passé.
Preuve de cette envie de se démarquer de Batman : La Série Animée, la mise en place d’un fil rouge d’un bout à l’autre de cette saison inaugurale, où derrière les enquêtes de notre fin limier se dessine une intrigue politique avec la campagne d’un certain Harvey Dent pour l’accession pour la mairie, montant en puissance (et en pression) dans ses deux derniers épisodes, offrant une conclusion satisfaisante à ce chapitre. Seule ombre au tableau, les moyens alloués au programme, qui semblent limités lorsque l’on observe certains séquences quelques peu figées en termes d’animation, des éléments 3D se mariant moyennement avec les dessins en 2D ou encore des arrières-plans en mate-paintings manquant d’envergure. Malgré les restrictions budgétaires, les équipes des Studio IAM et Studio Grida ont su retranscrire à l’écran les intentions du showrunner et des producteurs, avec une réalisation surlignant l’aspect noir recherché, donnant un style plus adulte à cette itération.
Maintenant que les bases sont posées, solidement, Batman : Caped Crusader peut lâcher les rênes et se révéler le digne successeur de la cultissime série des années 90. Nous avons hâte de voir sur quel terrain Bruce Timm, J.J. Abrams et Matt Reeves veulent nous amener par la suite.
