Tandis que sa carrière continue d’être au beau fixe au cinéma, comme en témoigne les bons résultats de son dernier film en date Sur les chemins noirs (réalisé par Denis Imbert), Jean Dujardin revient à son premier amour, la télévision. Ainsi, plus de deux décennies après Un gars, une fille, l’acteur se réessaye à l’exercice de la série en prenant part à l’adaptation hexagonale de Zorro, supervisée par le tandem Benjamin Charbit/Noé Debré pour le compte de Paramount + et France TV. Comprenant au casting Audrey Dana, Grégory Gadebois, Eric Elmosnino, Baltasar Espinach, Salvatore Ficarra ou encore André Dusollier, celle-ci nous présente un Don Diego de la Vega devant ressortir la cape de son alter-ego justicier après des années d’inactivité…
Imaginé il y a plus d’un siècle par Johnston McCulley, Zorro aura su devenir une figure populaire de la littérature avant de cavaler vers d’autres horizons avec le succès que l’on connaît. Que ce soit sur le petit ou le grand écran, l’anti héros aura été une source inépuisable d’inspirations, avec pas moins d’une quarantaine de longs-métrages produits de 1920 à nos jours et diverses séries développées – la plus importante étant la version de Disney, porté par Guy Williams à la fin des années 50, qui aura eu un large impact sur la popularité du personnage, principalement auprès du jeune public.
Si passé le reboot orchestré par Martin Campbell, à savoir le diptyque Le Masque de Zorro/La Légende de Zorro, l’univers créé par McCulley s’est plutôt fait discret – malgré les tentatives d’Hollywood de relancer la propriété intellectuelle dans le milieu du septième art, sans grand succès. Si les majors patinent à donner un nouveau souffle à ce renard rusé faisant la loi, les choses bougent davantage au sein de l’industrie télévisuelle. Plus particulièrement du côté de l’Europe, puisque quelques mois seulement après la diffusion d’une relecture espagnole portée par Miguel Bernardeau, nous voici gratifiés de la relecture made in France imaginée par Benjamin Charbit et Noé Debré, qui se dévoile dans un premier temps sur Paramount + avant d’être proposée sur France 2 en fin d’année.
Connaissant les précédents travaux de ce binôme, l’un ayant pris part à l’écriture des séries Les Sauvages ou encore Sous Contrôle tandis que le second a officié sur Parlement , il y avait fort à parier que leur pas de deux se ferait sur un tempo comique. Ce qui s’avère en grande partie exact, leur version de Zorro mêlant aventure avec humour, avec un petit sens de la dérision ne manquant pas de panache – lorsque l’écriture suit. Que les puristes se rassurent, pas de réel pastiche à l’horizon, le but n’étant pas de se la jouer OSS 117, ce qui aurait été tentant avec Dujardin en tête d’affiche mais une véritable proposition – avec son lot de bons et mauvais points. Ici, l’idée d’éviter l’origin story se révèle pertinente, permettant à nos showrunners de se concentrer sur un Don Diego de la Vega ayant rangé son épée et son costume depuis près de deux décennies. Marié et s’apprêtant à prendre le relais de son père en tant que maire de Los Angeles, notre protagoniste semble avoir le deuil de sa carrière de justicier.
Mais en obtenant les clés de la ville, ce dernier se retrouve dans une position délicate, ne pouvant que constater son impuissance dans une société capitaliste où l’argent reste le nerf de la guerre. Par la force des choses, ou plus particulièrement par les actions douteuses d’un homme d’affaires local sans scrupules, le bien-nommé Don Emmanuel, Zorro doit faire régner la justice. Ou du moins essayer. Car ce retour aux affaires se veut volontairement foutraque, notre renard rusé devant retrouver son rythme et son style pour restaurer l’ordre dans les rues de Los Angeles. Mais à courir plusieurs lièvres à la fois, cette première saison ne se disperse t-elle pas plus que de raison ? À l’image de la dualité entre Don Diego et Zorro, l’équipe créative se retrouve rapidement à la croisée des chemins quant à la marche à suivre pour leur série. Soit prendre le pas du western spaghetti ou se laisser charmer par la douce mélodie de la comédie romantique.
Au gré des huit épisodes proposés, une tendance prend le pas sur l’autre, initiant une sorte de tango entre ces deux influences, à la chorégraphie balbutiante. Si l’on aime voir notre fine lame croiser le fer avec les forces de l’ordre dont l’inénarrable Sergent Garcia, les scénariste préfèrent quant à eux s’amuser du triangle amoureux se formant entre Diego, son double masqué et sa femme Gabriella. Une intrigue passionnelle aidant à creuser la personnalité du couple de la Vega, s’éloignant sentimentalement parlant avec le poids des années. Sauf qu’en faisant traîner en longueur cette histoire de ‘triolisme », l’intensité de ce vaudeville s’essouffle une fois arrivé à mi-parcours, après avoir atteint son apogée dans un quatrième épisode en huis-clos pour le moins inspiré. Par la suite, la place de Zorro dans l’équation pose problème, que ce soit au sein de sa cellule familiale ou dans la rue, une interrogation légitime pour la série vu son ancrage temporel – avec un anti-héros vieillissant. Sauf que dans cette ultime ligne droite, le fil rouge détricoté par Benjamin Charbit, Noé Debré et leur co-scénariste Emmanuel Poulain-Arnaud s’effiloche, le panache des débuts n’étant plus à l’ordre du jour.
Quoiqu’il en soit, si elle se cherche dans sa seconde partie, cette saison de Zorro a deux atouts de taille dans sa manche, à commencer par sa distribution, qui s’éclate clairement à l’écran que ce soit Jean Dujardin mais également Audrey Dana, Grégory Gadebois et Eric Elmosnino. Un esprit bon enfant règne et cela est dû à l’alchimie entre ces camarades de jeu, qui prennent du plaisir à se donner la réplique dans cette cour de récré. La seconde qualité du show réside dans sa direction artistique, en particulier la réalisation de Jean-Baptiste Saurel et Emilie Noblet (qui se partagent les épisodes) donnant un cachet indéniable à l’univers ici dépeint, sachant saisir la beauté des décors naturels offerts par les régions d’Almería et de la sierra Alhamilla en Espagne pour nourrir cet aspect western voulu par les créateurs.
Sous la supervision de Benjamin Charbit et Noé Debré, Zorro ressurgit hors de la nuit sous les traits de Jean Dujardin pour une aventure télévisée made in France, se partageant entre humour et romance avec plus ou moins de panache. Si ce galop d’essai en huit épisodes suit un rythme inégal, l’abattage du casting aide à se laisser un minimum divertir par les tribulations intimes de notre justicier sur le retour – en quête de sens.
