Trois ans après Pig, Michael Sarnoski effectue son retour derrière la caméra pour mettre en scène Sans un Bruit : Jour 1, qui comprend au casting Lupita Nyong’o, Joseph Quinn, Alex Wolff mais également Djimon Hounsou et – comme l’indique son titre – plonge le spectateur à l’origine de l’invasion extra-terrestre qui obligera le monde à se terrer dans le silence pour espérer survivre…
En 2018, Sans Un Bruit permit à John Krasinski de prendre du galon en tant que réalisateur. Reposant sur un concept efficace, le long-métrage porté par notre comédien, sa femme Emily Blunt ou encore Millicent Simmonds et Noah Jupe s’articulait sur le parcours d’une famille devant naviguer dans un monde post-apocalyptique où le silence est d’or. Soit le début d’un périple chaotique pour nos personnages et le lancement d’une franchise en bonne et due forme, le public ayant plébiscité cette proposition. Ainsi, après un second volet sorti en pleine pandémie, ce qui ne l’empêcha pas de s’en tirer avec les honneurs en termes de recettes, l’heure est venue de s’intéresser en détails au jour où tout a basculé. Et pour s’y faire, Krasinski a laissé les rênes de son bébé à Michael Sarnoski, ce dernier ayant le champ libre pour lever le voile sur cette rencontre du troisième type aux conséquences cataclysmiques. Mais comment éviter la redite et rester pertinent lorsque l’on connaît déjà les codes de la saga ? Telle est la question.
Comme aperçu dans la scène introductive de Sans un Bruit II, la soudaineté de cette attaque venue des étoiles aura pris tout le monde de court, créant en un éclair la panique parmi la population. De cette base, le cinéaste repéré avec Pig s’en sert pour alimenter un drame où l’humain prime, offrant de ce fait un contraste avec l’échelle d’action choisie. En l’occurrence New York la ville qui ne dort jamais, ni ne se tait. Un environnement bouillonnant, ne pouvant que devenir un piège à ciel ouvert pour les habitants de la Grosse Pomme, s’apprêtant à se faire dévorer jusqu’au trognon. Ce que va constater notre protagoniste, Sam, une poétesse n’ayant plus le temps de croquer la vie à pleine dents, celle-ci arrivant tragiquement à son terme. Atteinte d’un cancer en phase terminale, la jeune-femme attend avec une certaine causticité que la grande faucheuse vienne parachever son œuvre. C’était sans compter une visite en plein cœur de la ville, qui l’amène à se retrouver au milieu d’un champ de bataille où les décibels peuvent se montrer mortelles si elles résonnent aux oreilles sensibles des assaillants Aliens tombés du ciel.
De ce contraste entre un personnage devant composer avec sa fin imminente naviguant aux abords d’un cadre sombrant dans les abîmes se construit une intrigue sur la mort et la difficulté à y faire face, un sujet accentué par l’effondrement de la société dont les grandes lignes ont déjà été esquissées lors des deux films précédents. Un choix créatif aidant Michael Sarnoski à se détacher progressivement du chemin tout tracé par ce type de productions, où la destruction se devait d’être davantage mise en avant – préquel oblige. Ici, l’effet de surprise n’étant plus au rendez-vous, les premières séquences de panique collective n’ont pas l’impact nécessaire pour provoquer une véritable tension, la finalité étant désormais bien connue dès qu’un son se fait lourdement entendre. Se concentrer sur un groupe très restreint de personnages (dont un connecté au second volet) se veut alors judicieux, afin que l’on se connecte à eux.
Sur ce point, le scénario ne se loupe pas, surtout concernant Sam, son fidèle chat Frodon – la mascotte du long-métrage – et son compagnon d’infortune rencontré en cours de route, Eric. Un duotrio se retrouvant à faire un bout de chemin ensemble dans cet enfer silencieux que devient New York, se serrant les coudes en dépit de leurs peurs, de leurs craintes. Face à une situation sans issue, peut-on entrevoir une lueur d’espoir ? Une interrogation servant de moteur à la trajectoire de ces âmes esseulées, étant finalement là l’un pour l’autre, comme le souligne le dernier acte de ce Jour 1, qui prend le pari de l’intimisme (que ce soit dans l’écriture ou dans la mise en scène, qui se resserre sur les visages de Lupita Nyong’o et Joseph Quinn) pour mieux conforter nos héros à leur sort respectif, avant un baroud d’honneur clôturant cette parenthèse avec une douce amertume. Michael Sarnoski sait donner la part belle à la direction d’acteur, comme il l’avait prouvé avec Nicolas Cage dans Pig et en apporte une preuve supplémentaire avec ce préquel de Sans un Bruit, qui se distingue pour ses moments suspendus, où les effets spéciaux sont moindres, où le calme prend le pas sur l’action.
Si sa caution de préquel laissait craindre une emphase sur la destruction plus que tout autre chose, Sans Un Bruit : Jour 1 peut compter sur Michael Sarnoski pour que la sensibilité ne soit pas réduit au silence face à l’action, le réalisateur mettant du cœur à l’ouvrage pour dériver légèrement d’un cahier des charges très calibré.
